Les syndicats négocient avec le gouvernement l’imposition de la privatisation de la SNCF

Par Anthony Torres
19 mai 2018

Alors que le gouvernement Macron fait face à une opposition importante des cheminots contre la réforme de la SNCF, les syndicats négocient avec le gouvernement des miettes pour espérer pouvoir mettre fin aux grèves et imposer le projet de réforme du gouvernement aux travailleurs.

Bousculés par une profonde radicalisation des travailleurs et une remontée de luttes comme celles des enseignants aux Etats-Unis qui ont éclaté en dehors du cadre des syndicats, ces derniers veulent bloquer une lutte politique des travailleurs contre Macron. Cependant la grève perlée contestée par les travailleurs et l’opposition de ces derniers à la réforme ne garantie pas au gouvernement et aux syndicats un arrêt facile des grèves et le risque est ensuite d’avoir à faire à un mouvement qui échappe à leur contrôle.

C’est pourquoi les centrales syndicales se lancent dans une série de manœuvres face au danger d’être débordés par un mouvement explosif de la classe ouvrière, comme il y a 50 ans, lors de la grève générale de Mai 68.

La CFDT et l’Unsa ont rencontré la ministre des Transport vendredi dernier pour présenter des amendements à la réforme de la SNCF. Sébastien Mariani, le secrétaire général adjoint de la CFDT a salué cette réunion : « Nous avons commencé un travail très précis dans un échange que l'on peut qualifier de négociation. Aujourd'hui, on est vraiment dans l'ouverture, on peut le dire. Nous avons pu examiner l'ensemble de nos 42 amendements, sur lesquels on va encore avoir beaucoup de discussions, toutefois, nous n'avons pas pu rentrer dans le détail de chacun d'entre eux».

Roger Dillenseger pour l’Unsa a affirmé que « Nos projets d'amendements ont été reçus et étudiés à la loupe. Maintenant, on est dans une phase de travail qui va se poursuivre tout le week-end parce que le calendrier est un peu serré». La CFDT et l’Unsa cherchent à trouver un accord avec le gouvernement sur des miettes qu’ils négocient afin de les présenter comme une victoire avant que la loi réformant la SNCF soit voté par le Sénat.

A la sortie de la réunion avec la CFDT et l’Unsa, la ministre des Transport, Borne a déclaré : «On a deux organisations syndicales qui souhaitent être forces de proposition, et avec lesquelles les échanges vont se poursuivre dans les prochains jours ». Elle en a profité aussi pour annoncer l'organisation d'une «réunion de travail spécifique pour bien expliquer la logique dans laquelle se place le gouvernement».

La CGT et Sud-Rail ont refusé de rencontrer la ministre des Transports pour se tourner vers le premier ministre Edouard Philippe cherchant une porte de sortie au conflit en semant l’illusion que des négociations avec Philippe directement permettraient d’obtenir de meilleur avancée qu’avec la ministre des Transports.

Ceci ne signifie pas une opposition de la part de la CGT ou de Sud-rail à la réforme de la SNCF. Ces organisations ont négocié les ordonnances sur la loi travail l’été dernier; s’ils étaient réellement opposés à la réforme de la SNCF, ils ne chercheraient pas à négocier avec Philippe. La tactique de la CGT et de Sud-Rail n’est pas sensiblement différente de celle de la CFDT et de l’Unsa.

Suite à la réunion lundi 7 mai entre les syndicats et Edouard Philippe, Laurent Brun, secrétaire général de la CGT Cheminot s’était félicité sur la chaîne France Info de cette réunion: «Le Premier ministre a confirmé aujourd'hui que c'était lui qui reprenait le dossier. C'est un élément pour nous très positif. Il a fait des ouvertures concernant les sujets périphériques comme la dette et la convention collective».

Brun poursuit: «les discussions n'en sont que plus claires et franches. On n'est pas d'accord, mais au moins c'est affirmé, et il semble que le gouvernement veuille clarifier un certain nombre de points, c'est une bonne chose. Évidemment, il joue la fermeté face aux grévistes, donc les grévistes devront montrer qu'ils sont déterminés à la fermeté eux aussi pour que gouvernement revienne sur son projet».

En acceptant de négocier avec les syndicats, Philippe a insisté que la conversion de la SNCF en société anonyme, la fin du statut des cheminots et l’ouverture à la concurrence ne faisaient plus partie des sujets dont il négocierait. C’est-à-dire que les syndicats ont déjà accepté les positions du gouvernement sur ces questions dans le dos des grévistes, et qu’ils ne font plus que négocier le financement de la dette de la SNCF.

Ceci souligne que la question centrale dans cette lutte pour les travailleurs est de prendre leurs propres luttes en main et de s’organiser indépendamment des appareils syndicaux. Ceux-ci s’avéreront incapables de défendre n’importe quel acquis social majeur de la classe ouvrière.

L’appel à un référendum d’entreprise par l’intersyndicale est une tentative de trouver un prétexte pour s’aligner sur une réforme de la SNCF. Bruno Poncet de SUD-Rail, avait déclaré sur LCI qu’il aurait préféré un format de référendum où les travailleurs auraient pu choisir quelle réforme «proposer», pour souligner le fait que les appareils syndicaux veulent eux aussi imposer aux cheminots une réforme qu’ils négocieraient avec Macron.

Lors de l’annonce du référendum d’entreprise par les syndicats, le WSWS lançait l’avertissement suivant : « Même si le «non» l’emporte, ceci laissera la voie ouverte aux négociations qu’entament les syndicats avec le premier ministre Edouard Philippe. Si le «oui» l’emportait, grâce par exemple à la participation des cadres au référendum ou à la démobilisation des travailleurs non-grévistes ou de grévistes qui souffrent déjà du manque à gagner, les syndicats s’en serviraient pour décréter la fin de la lutte à la SNCF. »

Selon les commentaires de Laurent Brun de la CGT au Monde, le référendum, prolongé qu 22 mai pour «permettre au plus grand nombre de cheminots de voter», connaît «un très fort succès, y compris parmi l’encadrement et malgré les entraves de la direction». Il y aurait «beaucoup de votants», «plus que ce qu’on avait pu imaginer», mais « certains établissements ou certaines directions refusent la présence physique des urnes dans les locaux de l’entreprise»..

La CGT se félicite de la participation des cadres et l’encourage parce qu’elle sait qu’en moyenne ils seront moins favorables à la lutte que les travailleurs grévistes.