Trump se prépare à intensifier la menace tarifaire contre la Chine

Par Nick Beams
3 août 2018

L'administration Trump étudie activement de faire passer les tarifs proposés sur une valeur additionnelle de 200 milliards de dollars de produits chinois de 10 % à 25 %. Après que des rapports ont fait état de la discussion sur la hausse, de hauts responsables de l'administration ont confirmé mercredi que Trump avait demandé au représentant américain au commerce, Robert Lighthizer, de l'examiner.

Les États-Unis ont déjà imposé un droit de douane de 25 % sur 34 milliards de dollars de produits chinois. Des taxes sur un montant additionnel de 16 milliards de dollars devraient être promulguées dans quelques jours ou quelques semaines.

Les mesures tarifaires supplémentaires sont en réponse aux tarifs chinois imposés en représailles contre les prélèvements américains initiaux. Une décision ultime n'est attendue qu’avant la fin de ce mois, à la suite des audiences publiques prévues du 20 au 23 août. Les mesures, si elles sont promulguées, couvriront les biens de consommation et la nourriture ainsi que les composants industriels.

Le Wall Street Journal a rapporté que les conseillers économiques justifiaient cette hausse, car la monnaie chinoise a fortement chuté par rapport au dollar américain ces derniers mois et est maintenant en baisse de 6 % par rapport à son niveau de fin mai.

Un responsable américain a toutefois nié que l'augmentation était spécifiquement liée à la dévaluation du yuan, affirmant que la Chine s'était engagée «dans toute une série de choses qui montrent clairement qu'elle n'est pas intéressée à traiter tous les problèmes que nous avons soulevés». Trump aurait qualifié l'augmentation tarifaire proposée de 10 % de «trop faible».

«Une fois que l’on commence à imposer des tarifs douaniers pour nuire au Chinois, il faut dire 25 % plutôt que 10 %», a déclaré Derek Scissors au Wall Street Journal. Scissors est un spécialiste de la Chine à l’American Enterprise Institute, qui conseille l’administration Trump sur les questions commerciales.

En plus du prélèvement sur 200 milliards de dollars de marchandises chinoises supplémentaires, Trump a menacé de porter le chiffre à 500 milliards de dollars, ce qui couvrirait toutes les exportations de la Chine vers les États-Unis.

Le cabinet du secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, et celui du vice-premier ministre chinois, Liu He, continueraient à discuter en attendant une nouvelle réunion, mais les discussions restent à un stade «très préliminaire».

Le point de vue à Pékin est que les pourparlers avec Mnuchin ont peu de valeur parce qu’il n’a pas le dernier mot sur les négociations. Les tarifs sont imposés en vertu de l’article 301 de la Loi sur le commerce de 1974 qui relève de la compétence de Robert Lighthizer.

«La Chine et les États-Unis ont eu plusieurs séries de consultations et sont parvenus à un consensus important, mais malheureusement les États-Unis n’ont pas rempli leurs obligations», a déclaré lundi le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi. «Ils n’ont pas non plus fait des efforts concertés avec la Chine.»

Les Chinois ont été sérieusement échaudés en mai lorsque les pourparlers entre Mnuchin et Liu ont débouché sur un accord de la Chine visant à acheter jusqu’à 100 milliards de dollars d’exportations américaines supplémentaires. Mnuchin a déclaré que la guerre commerciale avait été «mise en attente», mais Trump a aussitôt annulé le tout quelques jours plus tard, affirmant que les négociations «devraient probablement utiliser une structure différente».

Pour Lighthizer et Peter Navarro, un conseiller économique clé, la question clé n’est pas le déficit commercial américain avec la Chine, mais les efforts de Pékin pour élargir sa base technologique et industrielle dans le cadre de son programme «Made in China 2025». Les États-Unis ont accusé la Chine d’acquérir la technologie américaine par le biais du vol et des transferts de technologie et ont également dénoncé les subventions de l’État aux entreprises chinoises.

Les questions sous-jacentes ont été révélées à la Commission sénatoriale des attributions budgétaires à Washington, jeudi dernier. Lighthizer a déclaré à l’audience que les États-Unis avaient un «problème chronique» avec la Chine parce qu’elle utilisait le «capitalisme d’État» pour profiter de l’ouverture de l’économie américaine, ce qui coûtait des emplois et de la richesse.

«Certaines questions seront traitées dans un court laps de temps», a-t-il déclaré. «En gros, nous allons avoir un problème avec la Chine durant des années.»

Au cours de l'audience, le sénateur démocrate d'Hawaii, Brian Schatz, a demandé à Lighthizer: «Comment pouvons-nous faire pression dans une situation où ils ont une patience sans fin et nous n'en avons pas? Il ne faut pas choisir de batailles stupides.»

Lighthizer a répondu: «Si votre conclusion est que le fait que la Chine s’empare de toute notre technologie et de l'avenir de nos enfants est une bataille stupide, alors vous avez raison, nous devrions capituler. Mon point de vue est que c'est ainsi que nous sommes arrivés là où nous sommes.»

Le conflit entre les deux parties a éclaté lors d'une réunion de l'Organisation mondiale du commerce à Genève la semaine dernière au cours de laquelle Dennis Shea, représentant adjoint du commerce américain, a dénoncé la Chine comme «l'économie mercantiliste la plus protectionniste du monde».

«La taille de la Chine amplifie les dommages causés par son approche mercantiliste dirigée par l’État en matière de commerce et d’investissement, et ce préjudice augmente chaque jour et ne peut plus être toléré», a-t-il déclaré.

Ceux qui lancent cette accusation de «mercantilisme» devraient se regarder dans le miroir. Toute la politique commerciale de l’administration Trump, basée sur «l’Amérique d’abord», repose sur l’affirmation que le commerce est essentiellement un jeu à somme nulle et que tout déficit des États-Unis représente un affaiblissement de leur puissance économique.

Le représentant chinois, Zhang Xiangchen, a riposté, affirmant que Pékin ne se plierait pas aux menaces américaines. «L’extorsion, la distorsion ou la diabolisation n’aident pas à résoudre les problèmes», a-t-il déclaré. «Faire pression sur nous n’a jamais fonctionné.»

Tout en affirmant qu’il ne cédera pas aux pressions américaines et que la Chine réagira aux actions des États-Unis, quel que soit le niveau de marchandises ciblé, Pékin est de plus en plus préoccupé par l’impact de la guerre commerciale américaine sur son économie.

Une réunion du Politburo de 25 membres mardi, présidée par le président chinois Xi, a indiqué que les décideurs politiques du gouvernement, tout en continuant à chercher à réduire la dette, prendraient des mesures pour favoriser la croissance économique.

La déclaration officielle publiée après la réunion n’a pas spécifiquement mentionné le conflit commercial avec les États-Unis. Cependant, on pouvait y lire que l’économie chinoise «fait face à de nouveaux problèmes et de nouveaux défis» et qu’il y avait «des changements évidents dans l’environnement externe».

La réunion a eu lieu alors que des reportages montraient que l’économie chinoise ralentissait, l’indice officiel des directeurs d’achat tombant à 51,2 en juillet contre 51,5 en juin, soit un niveau légèrement inférieur aux attentes des économistes. Alors que le niveau est encore supérieur à 50, ce qui montre que l’économie continue de croître, on craint que les mesures de guerre commerciale commencent à avoir un impact.

La réunion de haut niveau a réclamé des mesures pour augmenter les dépenses gouvernementales sur les autoroutes, les chemins de fer et d'autres projets d'infrastructure et a déclaré que les conditions de liquidité devraient être «raisonnables et adéquates». C'est un signe que les démarches pour alléger le crédit amorcé au cours du dernier mois se poursuivront.

La position des autorités économiques chinoises est précaire. D’une part, elles cherchent à réduire la dette du pays, d’autre part, elles essaient de soutenir les entreprises touchées par le conflit commercial.

Pour sa part, l’administration Trump se sent encouragée par les derniers chiffres de croissance aux États-Unis, qui ont atteint un taux annuel de plus de 4 % au deuxième trimestre, son meilleur résultat trimestriel depuis 2014. Elle a également été stimulée par l’accord établi avec l’UE la semaine dernière pour intervenir contre la Chine par l’intermédiaire de l’Organisation mondiale du commerce.

Le directeur du Conseil économique national, Lawrence Kudlow, a déclaré que l'accord entre les États-Unis et l'UE place la Chine «dans une position très difficile» et que la Chine est «en train d'être isolée».

Cependant, Pékin a trouvé des moyens de réagir, notamment en faisant dérailler un projet de rachat par le géant technologique américain, Qualcomm, de la société néerlandaise NXP. Le gouvernement chinois n'a pas signé l'accord en vertu de dispositions anti-monopole.

Il a été rapporté que Mnuchin était fortement impliqué dans les efforts de dernière minute pour essayer de sauver la transaction de 44 milliards de dollars, mais en vain.

(Article paru d’abord en anglais le 2 août 2018)