Podemos se fait l’écho des mensonges d’Etat sur les attentats de Barcelone

Par Alex Lantier
10 août 2018

Un an après les attaques terroristes du 17 août 2017 à Barcelone, le parti Podemos se fait l’écho des mensonges d’Etat sur les attentats en Espagne. S’il garde le silence sur les nouvelles révélations sur les liens entre l’État et l’État islamique (EI) en Irak et Syrie, la milice qui a mené les attentats, il exige que le roi d’Espagne, hué lors de la manifestation après l’attentat l’année dernière à cause de ses liens avec les islamistes, puisse se joindre à la marche projetée à Barcelone cette année.

De plus en plus de détails confirment que l’État avait une connaissance au préalable de l’attaque. L’année dernière, l’Agence nationale de renseignement (CNI) espagnol a confirmé à El Pais que l’imam qui a planifié l’attentat, Abdelbaki es-Satty, était un indic du CNI jusqu’à la veille de l’attaque. Le ministre de l’Intérieur français, Gérard Collomb, a confirmé que le renseignement français a suivi des membres de la cellule de Barcelone lors de leur visite en France moins d’une semaine avant l’attentat.

A présent, El Pais a révélé que la Guardia Civil (gendarmerie) et des membres du CNI ont rendu visite à Es-Satty quatre fois pour des «entretiens policiers» alors qu’il purgeait une peine de quatre ans de prison. C’était en avril, mai, et juin 2012, et en mars 2014, peu avant sa sortie de prison. Les identifiants numériques des agents qui lui ont rendu visite correspondraient à deux gendarmes de la Guardia Civil pour les trois premières visites et à deux agents de la CNI pour la dernière.

Les Mossos d’Esquadra, la police catalane, ont également recueilli tous les contacts téléphoniques d’es-Satty en prison et, selon El Pais, ont découvert les identités de «personnes pertinentes» à l’attentat. L’un d’eux était Bennaceur Ameskour, dont les empreintes digitales ont été retrouvées sur un dictionnaire dans la maison d’Alcanar où la cellule de l’EI préparait l’attaque. Les bombes dans cette maison ont explosé et tué Es-Satty, et la cellule EI est ensuite passé à l’acte.

Hier, on a su que le seul survivant de la cellule terroriste de Barcelone, Mohamed Houli, avait déclaré à la police qu’une autre cellule de l’EI existait en France. Selon lui, « huit ou neuf personnes... pensaient venir en Espagne via l’Andorre, acheter des armes et mener une attentat à Lloret del Mar », près de la frontière franco-espagnole. Houli l’aurait confirmé à plusieurs reprises aux Mossos d’Esquadra et au juge Fernando Andreu.

Ces révélations sont explosives. Une colère énorme monte à Barcelone contre la complicité de l’État dans les attentats qui ont fait 16 morts et 152 blessés. Il est largement reconnu que les milices islamistes jouissent du soutien tacite de l’OTAN et les cheikhs du golfe Persique, qui les utilisent pour tenter de renverser le régime du président syrien, Bachar al-Assar.

La participation du roi d’Espagne Felipe VI à une manifestation à Barcelone, juste après l’attaque, a provoqué une vaste éruption d’indignation populaire contre les guerres impérialistes qui ont engendré les réseaux islamistes qui mènent des attentats en Europe. 500.000 personnes manifestaient, et le roi a été accueilli aux cris de «Ta politique, nos morts», «Dégage!» Et «Felipe, si tu veux la paix, ne trafiques pas d’armes».

La réaction de Podemos à ces révélations et à la préparation de la manifestation de cette année met en lumière l’alignement de ce parti populiste de pseudo-gauche avec l’appareil policier. Il n’a fait aucun appel au sentiment antiguerre et à l’opposition à la criminalité d’État parmi les masses. Il exige que la population accueille le roi avec respect et déclare qu’il a un rôle légitime à jouer dans les commémorations de l’attentat.

Mardi, sur Telecinco, le porte-parole au Sénat de Podemos et secrétaire général de la région de Madrid, Ramón Espinar, a exigé que le roi mène la marche, qu’il voulait apolitique. Il a dit: «Puisque Felipe VI est le chef de l’État, il doit assister à ce type d’événement, qui concerne un sujet qui n’est pas politique».

Il a critiqué le président de la région catalane, Quim Torra, qui refuse d’inviter Felipe VI à Barcelone, en disant: «Il commet une autre erreur... Le sujet de la lutte politique est le terrain des idées, des valeurs et des projets, pas des souvenirs des victimes des attaques.»

L’hostilité de Podemos au sentiment antiguerre exprimé l’année dernière ne fait pas de doute. Espinar a dit qu’une telle manifestation «n’est pas le moment d’évoquer des différends.» C’est l’occasion, selon lui, pour «tout le monde, que ça soit le chef de l’État ou quiconque, de se solidariser avec les victimes quelle que soit leur idéologie ... Rentré chez toi, tu peux être monarchiste, républicain, sécessionniste ou très espagnol, à ta guise».

Il s’agit là d’une déclaration catégorique de soutien aux guerres de l’OTAN au Moyen-Orient et de l’opposition au sentiment antiguerre parmi les travailleurs. L’idée que les veillées pour commémorer des victimes des attentats sont « apolitiques » est une fraude. Les attentats de l’EI dont l’État avait été été du moins en partie averti ont servi à imposer en France l’état d’urgence, qui suspendait des droits démocratiques fondamentaux après les attentats de novembre 2015, à lancer des négociations pour imposer l’état de siège en Espagne l’année dernière, à et renforcer les pouvoirs de la police en Allemagne, en Belgique et en Grande-Bretagne.

La déclaration d’Espinar est d’autant plus significative que les milieux officiels s’inquiètent de ce qui se passera lors de la manifestation, cette année. Felipe VI a exigé avec férocité une répression brutale de masses d’électeurs pacifiques lors du référendum d’indépendance d’octobre 2017 en Catalogne. Il est encore plus largement méprisé à Barcelone qu’il y a un an.

Les partis populistes de pseudo-gauche comme Podemos jouent un rôle clé pour étouffer l’opposition croissante à la guerre et aux mesures d’Etat policier, en dissimulant la criminalité politique de la guerre syrienne qui sous-tend les attentats en Europe. Ralliant des couches aisées des classes moyennes dans les universités, les médias, le renseignement et l’armée, ces partis s’identifient instinctivement aux intérêts du militarisme européen.

En France, l’investigation de Lafarge a dévoilé ses liens avec l’EI. Les magistrats, qui accusent cette société du CAC-40 de financement du terrorisme et de complicité dans des crimes contre l’humanité ont montré que Lafarge a collaboré étroitement avec le renseignement français et l’Élysée pour faire passer des dizaines de millions d’euros à l’EI. L’allié de Podemos, La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon, maintient un silence assourdissant sur la criminalité d’État exposée par le scandale Lafarge.

Des rapports récents ont aussi montré que la guerre américano-saoudienne contre le Yémen se mène à travers une alliance avec Al-Qaïda, et que le régime fantoche américain en Afghanistan protège des troupes de l’EI.

Cela souligne l’importance de l’appel lancé par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) pour construire un mouvement anti-guerre international dans la classe ouvrière qui défend les droits démocratiques, et du travail du CIQI pour démasquer les liens entre l’OTAN et ses milices islamistes. En cela, le CIQI lutte contre toutes les organisations de pseudo-gauche et nationalistes qui soutiennent les guerres impérialistes au Moyen-Orient.

En Espagne, cela inclut les groupes nationalistes catalans qui composent le gouvernement Torra à Barcelone. Après avoir exigé des investigations sur les liens entre le CNI et es-Satty en février, pour tenter de calmer la situation, ils ont accepté le refus du CNI et, en mars, une proposition du CNI de répondre aux questions lors d’une audience à huis clos. Le député nationaliste catalan, Jordi Xuclá, est sorti de la séance de l’enquête et a déclaré benoîtement au public que tout avait été résolu.

Selon Xuclá, les précisions fournies par le renseignement espagnol étaient «substantielles et communiquées de manière absolument constructive.»