Trump révoque l'autorisation de sécurité de l'ancien chef de la CIA Brennan: la guerre au sein de la classe dirigeante s'intensifie

Par Patrick Martin
18 août 2018

À mesure que le conflit au sein de l'appareil d'État américain s'intensifie, le caractère des divisions qui opposent deux factions profondément réactionnaires de l'élite dirigeante capitaliste et de son État devient encore plus clair.

La guerre a franchi une nouvelle étape mercredi avec la décision du président américain Donald Trump de révoquer l'autorisation de sécurité de l'ex-directeur de la CIA John Brennan, citant sa «conduite et son comportement erratiques», ses «commentaires fous» dans les médias et sur Twitter, et ses «crises d’hystérie sur Internet et à la télévision».

L'action posée contre Brennan a provoqué une opposition généralisée au sein de l'appareil militaire et de renseignement, du Parti démocrate et des médias. La plupart des démocrates du Congrès et certains républicains ont critiqué l'action de Trump, tandis que d'anciens responsables des services de renseignement et de sécurité ont protesté publiquement.

Le New York Times, le principal porte-parole du Parti démocrate dans les médias, a immédiatement ouvert ses pages éditoriales à Brennan pour répondre à l'action de Trump. Dans un commentaire publié jeudi, Brennan se concentre entièrement sur la promotion du mythe de l'intervention russe dans les élections américaines, dénonçant les démentis russes comme de la «foutaise» et qualifiant Trump de quelqu’un qui collabore consciemment avec «notre principal adversaire principal mondial», autrement dit, de traître.

La Maison-Blanche a d'abord soulevé le mois dernier de façon voilée la révocation de l'autorisation de sécurité de Brennan, et la déclaration qui annonçait l'action est datée du 26 juillet, indiquant que l'action avait été décidée il y a trois semaines, mais n'a pas été rendue publique jusqu'à ce que Trump ait estimé qu'elle contribuerait à détourner l'attention publique de la crise croissante au sein de son administration.

Il semble que l'annonce a été faite parce que Trump se sentait sous la pression croissante de la campagne générée par son ancienne assistante, Omarosa Manigault-Newman, qui a publié une série d'enregistrements de conversations avec Trump, le chef d'état-major John Kelly, l'assistante de campagne Katrina Pierson et la belle-fille du président Lara Trump.

Manigault-Newman a également déclaré qu'elle avait entendu un enregistrement de Trump, en la possession d’une autre personne, où il exprime la pire insulte raciale contre les Afro-Américains pendant qu’il était animateur de l'émission de téléréalité «The Apprentice». Cette accusation a été effectivement confirmée par une série de tweets de Trump de plus en plus offensants, aboutissant à l’insulte dirigée contre son ancienne assistante, qu’il a traitée de «laideron». L'un des enregistrements comprenait une discussion entre des assistants de Trump sur ce qu'il fallait faire si un enregistrement de Trump qui utilisait une insulte à caractère racial était rendu public.

Tel est le caractère de la politique américaine, qui sombre de toutes parts dans l’infamie et la criminalité.

Trump, d’une part, personnifie la dégradation culturelle et morale de la classe dirigeante. Que son vocabulaire comprenne le langage du KKK est entièrement en conformité avec non seulement l'homme, mais les forces sociales pour lesquelles il parle, une faction de l'aristocratie financière qui cherche à cultiver un mouvement fascisant pour le mobiliser contre l'opposition sociale et politique de la classe ouvrière.

Sur fond de la guerre intestine à Washington, l'administration Trump intensifie sa persécution des travailleurs immigrés, maintenant presque entièrement délaissée par les médias, qui inclut la construction de camps de concentration modernes pour les détenus.

Par ailleurs, Brennan est devenu naturellement le principal porte-parole des critiques de Trump parmi la classe dirigeante. Il est l’ancien chef de la guerre des drones pour l’administration Obama, chef de l’organisation des assassins officiels, des voyous et des menteurs professionnels de la Central Intelligence Agency (CIA).

Brennan a eu une carrière de trois décennies avec la CIA, où il a servi, entre autres, en tant que chef de station en Arabie Saoudite, avant de passer la plupart des 20 dernières années au siège de la CIA à Langley, en Virginie, ou dans la Maison-Blanche d'Obama.

Depuis qu'il a quitté la CIA en janvier 2017, Brennan a tiré parti de sa carrière dans le renseignement avec un poste lucratif en tant qu'«analyste» et commentateur pour NBC News. Il a joué un rôle de premier plan dans la campagne menée par des sections de l'appareil militaire et de renseignement, appuyées par les médias et le Parti démocrate, pour attaquer Trump pour être trop concilient avec la Russie. L’objectif n’est pas seulement de faire changer la politique étrangère de l’administration Trump, mais de créer un cadre pour criminaliser l’opposition au pays et censurer l’Internet.

Comme l'a déclaré le Parti de l'égalité socialiste dans la principale résolution adoptée par son Cinquième Congrès national le mois dernier, les deux parties du conflit, Trump et ses adversaires, sont toutes deux des ennemies de la classe ouvrière.

[blockquote]La rupture d'avec les formes démocratiques de gouvernement s’accompagne de conflits féroces au sein de l’appareil étatique. Chaque jour, le président crache ses tirades verbales, tandis que les démocrates exposent leurs fantasmes néo-maccartistes des Russes qui «sèment la discorde» en Amérique. Il n’y a rien de progressiste, et encore moins digne, dans l’opposition à Trump menée par le Parti démocrate et des sections des médias. Ils représentent une autre faction réactionnaire de la classe dirigeante. Ils s'opposent à Trump principalement au motif que sa politique étrangère – en particulier par rapport à la Russie – sape les intérêts stratégiques de longue date de l'impérialisme américain.[/blockquote]

Il est à noter que la chronique de Brennan dans le New York Times, écrite en langage maccartiste, présente les formes démocratiques elles-mêmes comme la principale faiblesse d’une lutte mondiale contre la Russie. Brennan écrit: «La politique électorale dans les démocraties occidentales présente une cible particulièrement attirante, puisque toute une série de personnages politiques, de partis politiques, de médias, de groupes de réflexion et de faiseurs d'opinions sont facilement manipulés, en connaissance de cause ou sans le vouloir, ou même sont achetés purement et simplement par des agents de renseignement russes. Les services de renseignement russes exploitent les libertés que chérissent les démocraties libérales occidentales et que craignent les autocraties ...»

En parallèle, mais à l’opposé des intrigues de révolutions de palais et de la guerre politique au sein de l'État, une force sociale tout à fait autre est en train d'émerger sous la forme d'une série de grèves qui ont commencé à se libérer des syndicats propatronaux et d’une opposition et d’un mécontentement croissants qui se font sentir parmi toutes les sections des travailleurs. Des sondages récents ont confirmé un effondrement du soutien au capitalisme chez les jeunes et un large soutien au socialisme.

Bien que totalement ignorée par les médias capitalistes, il y a une activité frénétique dans les coulisses concernant l'entreprise de livraison de colis UPS et le syndicat des Teamsters, avec l'État, afin de trouver un moyen de réprimer l'opposition de masse à un contrat de trahison qui doit être soumis au vote dans les prochaines semaines. La classe dirigeante est terrifiée à l'idée que toute éruption de lutte de classe puisse déclencher une explosion sociale.

Cette opposition doit trouver une expression politique consciente. Quelle que soit la faction de la classe dirigeante au pouvoir, la tendance lourde va vers des formes de gouvernement de plus en plus autoritaires et dictatoriales. Il est urgent de construire une direction socialiste dans la classe ouvrière, c'est-à-dire le Parti de l'égalité socialiste, d'unifier les différentes formes de la lutte des classes et de protestation sociale dans un mouvement révolutionnaire pour renverser l'appareil d'État tout entier et le système de profit capitaliste qui il soutient.

(Article paru en anglais le 17 août 2018)