Aux États-Unis, la paye des PDG augmente de 17 pour cent alors que les salaires des travailleurs stagnent

Par Mathew Taylor et Barry Grey
20 août 2018

La rémunération moyenne des dirigeants des 350 plus grandes entreprises américaines a augmenté de 17,6 pour cent en 2017 par rapport à l’année précédente, atteignant 18,9 millions de dollars. Les salaires des travailleurs, eux, ont continué à stagner, augmentant de 0,3 pour cent.

Ces indices de la croissance incessante des inégalités économiques figurent dans une nouvelle étude publiée jeudi par l'Economic Policy Institute (EPI), un groupe de réflexion de Washington.

L'augmentation de la rémunération des PDG aux États-Unis porte à 312 contre 1 le taux de rémunération des PDG par rapport au salaire des ouvriers. Cela signifie que le PDG typique d'une grande entreprise réalise presque en une journée ce que gagne un employé ordinaire au cours d'une année entière. En 1965, ce taux était de 20 contre 1.

La montée en flèche des salaires des PDG est largement due à la hausse record des cours boursiers, les chefs d'entreprise bénéficiant de rachats massifs d'actions, de hausses des dividendes et d'autres formes de parasitisme financier. La politique de la Réserve fédérale et des administrations démocrates et républicaines au cours des quatre dernières décennies a été conçue pour faire monter les cours boursiers, permettant au marché boursier d’être le principal mécanisme de redistribution de la richesse depuis la classe ouvrière vers l’élite patronale des grandes entreprises – les 5 pour cent des revenus les plus élevés et, en particulier, le 1 pour cent, le 0,1 pour cent et le 0,01 pour cent le plus riche.

La redistribution des richesses s’est énormément accélérée sous le gouvernement Obama, qui a réagi au krach de 2008 en instituant des politiques dont le résultat net a été le plus grand transfert de l’histoire de richesse des couches inférieures de la société vers le haut. Ces mesures comprenaient des renflouements bancaires à hauteur de milliers de milliards de dollars, des taux d’intérêt proches de zéro et la planche à billets appelée «assouplissement quantitatif». Ces mesures ont injecté des milliards de dollars dans les marchés financiers et fourni aux banques et fonds spéculatifs des crédits à taux quasiment gratuit, leur permettant de monter de nouvelles opérations spéculatives similaires à celles qui avaient déclenché la crise financière et la grande récession de 2008.

La vaste inflation des actions et autres actifs financiers a été rendue possible par la répression continue de la lutte des classes et des salaires des travailleurs par les syndicats, qui ont pratiquement interdit les grèves à la suite du krach de Wall Street. L'abaissement des salaires et la création d'emplois à temps partiel et temporaires peu rémunérés à la place d’emplois bien rémunérés anéantis lors de la grande récession ont considérablement réduit la position sociale de la classe ouvrière. Cela s’est accompagné de réductions dans les soins de santé, les retraites, l'éducation, le logement, les bons alimentaires et dans d'autres programmes sociaux essentiels.

L’orgie de l’enrichissement personnel de l’oligarchie financière s’est poursuivie et accélérée grâce à Trump avec la promulgation en décembre dernier d’un ensemble de réductions d’impôts de plusieurs milliers de milliards de dollars pour les grandes entreprises et les riches. Les réductions d'impôts de Trump ont déclenché une nouvelle série de fusions et acquisitions, de rachats d'actions et de versements de dividendes qui augmenteront la richesse des PDG et des investisseurs d'environ 2,5 mille milliards de dollars d'ici la fin de 2018.

Selon l'EPI, la rémunération moyenne des dirigeants américains a augmenté de 71,7 pour cent depuis 2009, tandis que la rémunération du travailleur moyen n'a augmenté que de 2,1 pour cent au cours de la même période.

La rémunération du PDG documentée dans le rapport de l'EPI est 586 fois supérieure à la rémunération annuelle d'un magasinier UPS prévue par l’accord salarial au rabais que le syndicat des Teamsters cherche à faire passer en force contre l’opposition de la base ouvrière. Cet accord limite la rémunération des employés d'entrepôt à 15,50 $ l'heure.

En 2017, la compensation totale des dirigeants des 350 plus grandes entreprises du pays était de 6 615 000 000 dollars. Ceci est suffisant pour accorder à chacun des 230 000 travailleurs d'UPS aux États-Unis une prime de 28 760 dollars.

Entre 1978 et 2017, selon l'EPI, la rémunération des chefs d'entreprise a augmenté aux États-Unis de 1 070 pour cent. L'indemnisation des travailleurs typiques au cours de ces 39 années n'a augmenté que de 11,2 pour cent. Cela met en évidence le facteur le plus important de la croissance colossale des inégalités sociales au cours de cette période : la suppression de la lutte des classes par les syndicats.

La période de 1978 à 2017 correspond à peu près à la période où les syndicats ont commencé à collaborer aux réductions salariales et autres abandons d’acquis aux entreprises etoù, après avoir trahi une série de grèves acharnées contre les baisses de salaire et la répression syndicale dans les années 1980, ils ont presque mis fin aux grèves aux Etats-Unis.

La suppression de la lutte de classe par les syndicats fut particulièrement étendue au lendemain de la crise financière de 2008. En 2017, les grèves importantes aux États-Unis sont tombées à sept, le deuxième niveau le plus bas depuis le début du décompte en 1947. Cela a permis à la classe dirigeante de restructurer fondamentalement les relations de classe, la part du revenu national des travailleurs, hors agriculture, passant de 66,4 pour cent en 2000 à 58,9 pour cent en 2018, un transfert de richesse de 1,400 milliards de dollars pour la seule année 2018.

Un deuxième facteur de suppression des salaires est la consolidation et la concentration considérable du pouvoir des grandes entreprises, en particulier aux États-Unis. Dans un article publié vendredi sur la conférence annuelle des banquiers centraux la semaine prochaine à Jackson Hole, Wyoming, le Financial Times a indiqué qu’un des principaux sujets serait le rôle accéléré de la monopolisation des grandes entreprises dans la stagnation des salaires, la faible productivité et le ralentissement des investissements.

L'article cite une mesure de la concentration des entreprises – l'indice Herfindahl-Hirschman – en hausse de 48 pour cent depuis 1996. Il note une concentration accrue dans environ 75 pour cent des industries américaines au cours des deux dernières décennies.

Bien que cela ne fasse pas partie du programme officiel, on peut être certain que les banquiers qui se réuniront à Jackson Hole seront avant tout animés par la résurgence des mouvements sociaux aux États-Unis et à l’étranger. Au cours des six premiers mois de 2018, il y a eu 12 grandes grèves aux États-Unis, impliquant 444 000 travailleurs, soit plus que le nombre total de grévistes au cours des six dernières années.

La montée en puissance des grèves et le fait que les enseignants de Virginie-Occidentale, de l'Oklahoma et de l'Arizona aient entamé leurs grèves à l'échelle de l'État indépendamment des syndicats ont fait peur à la classe dirigeante américaine et internationale.

Dans toutes ces luttes, les travailleurs ont affronté non seulement l'intransigeance de la classe capitaliste, mais aussi la trahison de la bureaucratie syndicale, qui cherche à réprimer, contenir et faire échouer toute action des travailleurs mettant en péril la position privilégiée des dirigeants syndicaux agissant comme policiers de la classe ouvrière.

Cela n’est nulle part plus évident que dans les négociations en cours entre UPS et le syndicat des Teamsters. En juin, 93% des travailleurs d'UPS ont voté en faveur d'une grève nationale à l'expiration de leur contrat le 31 juillet. Plutôt que de se préparer à une grève et de faire appel à d'autres travailleurs, les Teamsters ont prolongé indéfiniment le contrat pour user l’opposition au nouveau contrat.

Le nouvel accord salarial quinquennal «négocié» par le syndicat maintient des salaires de misère pour les magasiniers, dont 70 pour cent sont à temps partiel. Il crée également une nouvelle catégorie de chauffeurs «hybrides» qui livrent à la fois les colis et travaillent dans les entrepôts, gagnant 6 dollars de moins par heure que les chauffeurs habituels.

Les conditions se développent rapidement pour une éruption massive de la résistance ouvrière aux États-Unis. En plus de l’accord couvrant 230 000 travailleurs d'UPS, des accords de travail expireront dans les prochains jours pour des centaines de milliers de travailleurs de l’US Postal Service et de la sidérurgie, des télécommunications et du spectacle. En même temps, les enseignants vont rentrer dans leurs salles de classe dans des conditions où aucun des problèmes à l’origine des grèves de Virginie-Occidentale, de l’Oklahoma, de l’Arizona et d’autres États n’a été résolu.

La montée de la combativité ouvrière s’accompagne d’un dégoût croissant à l’égard du capitalisme et d’un intérêt pour le socialisme. Ce qu'il faut, c'est une lutte pour briser l'emprise des syndicats nationalistes pro-entreprises et la mobilisation de la classe ouvrière contre tout l'establishment politique et les oligarques patronaux qu'il représente.

Le Parti de l'égalité socialiste encourage vivement les travailleurs d'UPS, les travailleurs postaux, les enseignants et tous les autres travailleurs à créer de nouvelles organisations de lutte indépendantes des syndicats – c’est-à-dire des comités d’usine, du lieu du travail, et des quartiers pour organiser des grèves et développer la lutte pour des salaires et des conditions de travail décents, tant sur le plan national qu’international.

Cette offensive du travail doit être combinée à une nouvelle stratégie politique pour unir toutes les différentes luttes – pour l'emploi, les salaires, l’éducation, les soins de santé, le logement, et contre la guerre – dans un mouvement politique unifié contre le système de profit capitaliste et tous ses représentants politiques. Nous encourageons vivement les travailleurs à contacter le SEP (Parti de l’égalité socialiste) et le World Socialist Web Site pour mener à bien cette lutte.

(Article paru en anglais le 18 août 2018)