La Grèce sort du plan de sauvetage mais l'UE exige plus d'austérité

Par Robert Stevens
22 août 2018

Lundi à minuit, la Grèce est officiellement sortie de huit années de programmes d'austérité de l'Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI).

Depuis 2010, quatre gouvernements grecs ont supervisé trois programmes d'austérité brutaux en échange de prêts ostensiblement destinés à rembourser une dette nationale grecque de 330.57 milliards d'euros en 2010. Mais pas un seul centime des 289 milliards d'euros dépensés en opérations de sauvetage des banques n'a été utilisé pour réduire la dette de la Grèce. Près de dix ans après, cette dette est passée à près de 350 milliards d'euros, soit plus de 180% du PIB du pays. Les prêts ont servi à rembourser les créanciers de la Grèce, en particulier les banques allemandes, françaises, italiennes et espagnoles.

Comme on pouvait s'y attendre, les responsables de l'Union européenne (UE) ont essayé de présenter l'échéance comme la promesse de jours meilleurs. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a tweeté: « Vous y êtes arrivés! Félicitations à la Grèce et à ses habitants pour avoir mis fin au programme d'aide financière. Avec de gros efforts et la solidarité européenne, vous avez saisi l'occasion. »

Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques et financières, a déclaré: « La Grèce peut enfin tourner la page d'une crise qui dure depuis trop longtemps. Le pire est derrière nous. »

La vérité, cependant, c'est que les banques escomptent que la Grèce sera encore en train de rembourser ces centaines de milliards d’euros dans 42 ans, c'est-à-dire qu’elle paiera jusqu'en 2060. La sortie du programme de sauvetage signifie seulement que l'UE s'attend à ce que le gouvernement grec sera en mesure d'emprunter de l'argent auprès de prêteurs privés pour financer ses dettes, au lieu de dépendre de l'UE. En fait, c'est un vote de confiance des marchés financiers envers le fait que l'on peut compter sur le gouvernement Syriza (« Coalition de la gauche radicale ») pour piller les travailleurs grecs afin de rembourser les banques.

Toute amélioration des conditions des travailleurs en Grèce dépendra, maintenant comme avant le plan de sauvetage, de la mobilisation de la classe ouvrière contre l'UE et du gouvernement réactionnaire pseudo de gauche de Syriza.

Le Premier ministre de Syriza, Alexis Tsipras, devait prononcer hier un discours en faveur de la sortie du plan de sauvetage de l'UE. Fait significatif, il n’a pas fait de déclaration publique lundi sur la sortie du plan ni tenté de la présenter comme un pas en avant pour la Grèce.

Le gouverneur de la banque centrale grecque, Yannis Stournaras, a déclaré à Kathimerini que la voie à suivre était de poursuivre à perte de vue l'austérité de l'UE. « La Grèce a encore un long chemin à parcourir », a-t-il dit, avertissant que s'il y avait un recul par rapport à « ce que nous avons convenu, maintenant ou dans l'avenir, les marchés vont nous abandonner et nous ne serons pas en mesure de refinancer des prêts arrivant à échéance avec des conditions de dette réalisables ».

Quelques chiffres donnent une indication des conditions brutales imposées en Grèce:

. Depuis 2010, des mesures d'austérité de 72 milliards d'euros ont été imposées à une petite population d'environ 11 millions de personnes seulement, soit l'équivalent d'environ 40% de la production économique annuelle totale de la Grèce. Le PIB réel de la Grèce a chuté de 25% et est inférieur de près de 64 milliards d'euros à ce qu'il était avant le début de l'austérité de masse.

• Les revenus des ménages ont diminué de plus de 30%, et plus de 20% des gens n’ont pas les moyens de payer les dépenses de base telles que le loyer, l’électricité et les prêts bancaires.

• Aujourd'hui, le travailleur grec moyen perçoit 23% de salaire de moins qu'il y a huit ans. Une personne sur trois ayant un emploi travaille à temps partiel ; le salaire minimum de la Grèce a été réduit de 22%, passant de 751 misérables euros à 586 euros ; il a été baissé de 32 pour cent à 511 euros pour les travailleurs de moins de 25 ans.

• Les retraites furent diminuées jusqu'à 50% et des milliers de travailleurs ont été licenciés à mesure que les dépenses et les allocations de l'État étaient décimées.

• Les dépenses du secteur public ont été réduites de 26%, le budget de la santé publique de 50%, les dépenses publiques d'éducation de près de 36%; les dépenses d'aide sociale ont été réduites de 70%.

• Officiellement, plus d’un tiers de la population est menacée de pauvreté ou d’exclusion sociale. En 2012, environ 400 000 Grecs avaient recours à la soupe populaire tous les jours.

• De septembre 2009 à juillet 2013, près de 1,1 million d'emplois ont été perdus. Aujourd'hui, 740 000 Grecs sont au chômage depuis que la crise a commencé. Vingt-cinq pour cent des travailleurs du secteur public ont été licenciés. Un tiers des familles ont au moins un membre au chômage. Près de sept chômeurs sur dix le sont depuis plus d’un an et un quart de million de personnes sont classées comme « sous-employées » et ne peuvent trouver un emploi régulier à plein temps. Quelque 122 000 travailleurs sont considérés comme « découragés » et ont renoncé à chercher un emploi. La plupart des nouveaux emplois sont à temps partiel avec des salaires de misère. Il y a aujourd'hui près de 360 000 emplois à temps partiel, soit 100 000 de plus depuis le début de la crise.

• Environ 500 000 jeunes ont fui le pays dans des conditions où le chômage officiel est supérieur à 20%, le taux le plus élevé de la zone euro ; ce taux est deux fois plus élevé pour les jeunes.

Klaus Regling, le directeur général du Mécanisme européen de stabilité (MES) auquel la Grèce doit beaucoup de sa dette, a promis de continuer de surveiller étroitement l'austérité dans le pays: « Les États membres du MES et le MES en tant qu'institution prennent très au sérieux le respect des engagements. Nous sommes un créancier très patient. Mais nous voulons être remboursés. Nous suivrons donc de très près l'évolution de la situation en Grèce ».

En d'autres termes, les inspecteurs de l'UE continueront à visiter régulièrement le gouvernement Tsipras pour imposer les politiques d'austérité et veiller à ce que la Grèce extraie des excédents budgétaires massifs de la population sur les pochaines décennies.

Syriza est haï par les travailleurs grecs, mais pour l'aristocratie financière mondiale en revanche, le gouvernement Tsipras est une réussite sans précédent. Il a effectué des coupes de dizaines de milliards d’euros supplémentaires que même les gouvernements de droite précédents n’avaient pas été capables d’imposer.

Trois ans sont passés depuis que Syriza est entré en fonction en janvier 2015 avec un soutien massif, le parti s'étant engagé à mettre fin à l'austérité de l'UE. Syriza a foulé au pied ces promesses électorales. Depuis juillet 2015, il planifie et impose cette austérité. Le mois dernier, le gouvernement Syriza a approuvé de nouvelles coupes sociales en échange d'une tranche d'environ 15 milliards d'euros qui couvrira à peine les obligations de remboursement de la dette grecque dans les deux prochaines années.

En même temps que de nouvelles coupes des retraites signifiant des réductions supplémentaires de €314 par mois pour certains retraités à partir de l'an prochain, ce parti monstrueux de l'élite dirigeante projette la distribution d’une véritable manne aux plus riches. Cela inclut des réductions d'impôts de 700 millions d'euros pour les entreprises et une réduction de 29% à 26% du taux d'imposition sur les bénéfices. La réduction d’impôt pour les revenus individuels les plus élevés entraînera un allégement fiscal de 877 millions d’euros pour 2020 et de 997 millions d’euros pour 2021 et 2022.

Syriza a si bien exécuté le diktat des super-riches que des discussions sont en cours dans les milieux dirigeants sur la façon de le maintenir au pouvoir à tout prix, en dépit de son effondrement rapide dans les sondages.

Le quotidien grec To Vima a rapporté vendredi dernier les commentaires du député européen de Nouvelle Démocratie, Giorgos Kyrtsos, disant que les responsables de l'UE ayant de l’influence dans les questions concernant la Grèce examinent une collaboration post-memorandum des deux plus grands partis. Ce journal écrit: « M. Kyrtsos a déclaré qu'une question soulevée sans cesse par ses collègues à Bruxelles, est ‘Comment peut-il y avoir une collaboration entre Nouvelle Démocratie et Syriza?’ »

Il a révélé que « l'un des scénarios que nos partenaires européens examinent en tant que solution à de nombreux problèmes concernant le programme grec est un gouvernement de coalition »

L'auteur recommande également:

Syriza et l'UE projettent des décennies d'austérité et de privatisations [28 juin 2018]

(Article paru en anglais le 21 août 2018)