Les enseignants de l'État de Washington exigent la grève et de fortes augmentations de salaire

Par Nancy Hanover
29 août 2018

Les enseignants de l'État de Washington, au nord-ouest des États-Unis, ont voté massivement en faveur d’une grève, alors que des milliers d'éducateurs exigeaient des augmentations salariales à deux chiffres avant la rentrée des classes. Dans leur lutte pour inverser des années de compressions budgétaires, ils expriment la colère et à la détermination des éducateurs et de tous les travailleurs aux États-Unis.

Rassemblement d’enseignants à Tumwater, Washington, la semaine dernière

La menace de grève des enseignants de tout l'État de Washington se produit alors que la colère des travailleurs monte partout aux États-Unis et qu’une crise sans précédent a lieu au sein de l'élite dirigeante. Les conditions mûrissent pour une conjonction des luttes des éducateurs et de centaines de milliers de travailleurs dont les conventions collectives finissent, comme les travailleurs de l’United Parcel Service (UPS), de l’United States Postal Service, de la sidérurgie, des télécommunications et d’autres industries. Les ouvriers du bâtiment de la région de Seattle sont déjà en grève (article en anglais).

Le principal obstacle à une action commune des travailleurs est l'appareil syndical, qui s'efforce d'empêcher les actions de grève ou d'isoler et de mettre un terme aux luttes lorsqu'elles éclatent.

Jeudi dernier, les éducateurs de Longview furent les premiers membres de l’Association d’éducation de Washington (WEA) à débrayer. Environ 400 enseignants et leurs partisans se sont rassemblés devant les bureaux de l’administration locale manifestant un fort soutien à la grève.

Tous les accords salariaux d'enseignants du Washington ont été remis à plat après la décision de la Cour suprême de l’État (jugement McCleary), le résultat du procès intenté en 2012 par des parents indignés des attaques contre l'éducation publique. Alors qu'une quarantaine de districts scolaires auraient conclu des accords pour des augmentations de salaire aussi élevées que 25-35 pourcent, plus de 200 ont jusqu'ici refusé de satisfaire les revendications des enseignants, dont Seattle, le plus grand district scolaire.

Des rassemblements et votes de grève ont eu lieu à Highline, Centralia, Evergreen, Kent, Battle Ground, Washougal, Hockinson, Vancouver et Ridgefield, et d'autres sont prévus cette semaine. Tacoma, le troisième plus grand district, a proposé aux enseignants une augmentation insultante de 3,1 pour cent, tout comme plusieurs autres districts. À la suite du jugement McCleary et de l'ampleur des compressions budgétaires imposées aux écoles de Washington, les législateurs ont été contraint d'allouer 7,3 milliards de dollars au système scolaire l'an dernier. Un autre milliard de dollars a été ajouté cette année pour les salaires des enseignants.

Enseignants de Longview en grève

L'écart de salaire entre les enseignants du Washington et les autres travailleurs détenteurs de diplômes équivalent est parmi les plus forts des États-Unis, plaçant Washington en sixième position. Les éducateurs y gagnent 32 pour cent de moins que les autres diplômés universitaires. En outre, le coût du logement dans l’État est extrêmement élevé, ce qui rend de plus en plus impossible aux enseignants de vivre dans les quartiers où ils enseignent.

Un appel à «débrayer dans tout l’État pour soutenir TOUS les districts» et/ou une manifestation au Capitole de l’État à Olympie le Labor Day (jour férié du travail), a suscité un grand intérêt sur les réseaux sociaux.

Si les législateurs de l’État ont manqué de financer les écoles, l’État déborde d’argent. C’est là où résident les deux personnes les plus riches du monde, le PDG d'Amazon Jeff Bezos (150 milliards de dollars) et le cofondateur de Microsoft, Bill Gates (91 milliards de dollars). Son employeur privé le plus important est de loin le constructeur d’avions commerciaux et militaires Boeing qui a augmenté ses bénéfices de 100 pour cent l’an dernier.

En 2013, la législature de l'État a accordé à Boeing une manne fiscale estimée à 8,7 milliards de dollars, la plus importante réduction d'impôts de l'histoire des États-Unis.

La principale préoccupation du gouverneur démocrate Jay Inslee, qui a signé l’accord, et de ses collègues à la législature était et continue d’être les besoins de Boeing, Amazon et d’autres grandes entreprises, et pas ceux des enfants. Les mêmes allégements fiscaux accordés à Boeing ont été généralisés en 2017, avec un soutien bipartite, à tous les industriels de l’État, tandis que les taxes foncières ont été augmentées pour les maisons des travailleurs.

En exigeant des salaires décents, les éducateurs de l’État de Washington expriment non seulement leur colère refoulée, mais aussi celle des éducateurs, travailleurs scolaires et parents à travers les États-Unis, qui subissent les effets d'une politique bipartite de réductions budgétaires et de privatisation de l'éducation au niveau national. Le jugement McCleary a peut-être fait déborder le vase, mais l’action des enseignants fait partie d’une radicalisation générale des travailleurs à l'échelle nationale et internationale.

Enseignants et pompiers à Tumwater

Quelque 26 000 enseignants de Los Angeles travaillent actuellement sans convention collective et votent sur la question d’une grève. Les éducateurs de Caroline du Nord se sont rassemblés vendredi dernier au Capitole pour demander un financement adéquat pour les écoles et interviennent dans les mairies de l’État pour mobiliser le soutien. Les enseignants d’Alaska se sont rassemblés la semaine dernière pour leur première journée de grève protestant contre leur deuxième année de travail sans convention collective. Au début du mois, des milliers d'enseignants de Porto Rico ont organisé une journée de grève pour s'opposer à la fermeture de près d'un tiers des écoles sur ce territoire américain ravagé par les ouragans.

Une décennie après le krach financier mondial, des grèves d’enseignants ont éclaté au plan international, avec notamment des grèves de masse cette année au Mexique, en Argentine, en Slovénie, au Bangladesh, au Royaume-Uni et en Inde.

Les syndicats d'enseignants, politiquement alignés sur le Parti démocrate, font tout ce qu'ils peuvent pour empêcher le développement d'une lutte nationale et internationale des éducateurs. Tout comme l’Association nationale d’éducation (NEA) et la Fédération américaine des enseignants (AFT) se sont efforcé de réprimer, limiter et trahir les grèves des enseignants en Virginie occidentale, Oklahoma et Arizona au printemps, la NEA fait de même dans l’État de Washington.

Sous la pression extrême des enseignants, le WEA a « recommandé » des augmentations de salaire de 15 pour cent aux enseignants certifiés et de 36,7 pour cent aux directeurs d’établissements, tout en essayant désespérément d’étouffer la colère. Mais même à la suite d'une proposition minuscule de 3,1 pour cent et d'un vote de grève écrasant, la présidente de la Kent Education Association, Christie Padilla, a par exemple déclaré: «Nous ne voulons absolument pas faire grève. » Si la NEA était une organisation de lutte et pas de briseurs de grèves, elle aurait déjà appelé à une grève dans l'État.

La lutte pour renverser la politique nationale bi-partisane consistant à éviscérer l’éducation publique tout en allouant des réductions d’impôt massives aux riches exige une nouvelle perspective, tant sur le plan organisationnel que politique. La NEA et l'AFT ont soutenu, en défenseurs acharnés du capitalisme qu’ils sont, le programme anti-école publique et pro-privatisation des démocrates et des républicains, ce pour quoi leurs échelons supérieurs ont été largement récompensé.

Des groupes comme l’Organisation internationale socialiste (ISO) et les Socialistes démocratiques d’Amérique sont venus à la rescousse des syndicats pour réprimer la lutte des classes. Jesse Hagopian, membre de l'ISO et enseignant à Seattle, est un des porte-parole de ces organisations qui font partie de l'appareil syndical et occupent des postes clés dans plusieurs syndicats d'enseignants. L'ISO s’est fait l’écho de l'appel de la WEA en faveur d'une augmentation extrêmement insuffisante de 15 pour cent et qualifie même une augmentation de 13 pour cent de « victoire ».

Le Bulletin dinformation des enseignants du WSWS encourage vivement les travailleurs à briser la mainmise des syndicats anti-ouvriers corrompus en formant des comités de base pour prendre la lutte dans leurs propres mains. Ces comités, issus des écoles et des quartiers, devraient élaborer des revendications qui serviront de base à une grève nationale, réunissant éducateurs, parents, étudiants et toutes les autres catégories de la classe ouvrière.

L’affirmation des démocrates et des républicains qu’il n’y a pas d’argent pour financer adéquatement l’éducation est un mensonge visant à camoufler le vol des ressources sociales par les riches. La lutte des enseignants pose directement la question de savoir quelle classe détient le pouvoir et décide de la répartition des ressources de la société: la classe ouvrière qui produit toute la richesse par son travail ou l’oligarchie de l’entreprise et de la finance.

La fortune de Bezos, de Gates et leurs acolytes de Wall Street doit être expropriée et utilisée pour créer des emplois bien rémunérés, subvenir aux besoins de l'éducation, des soins de santé et du logement pour tous. Boeing, ainsi que le reste de la machine de guerre impérialiste, doit être fermé ; de telles industries doivent être transformées en services publics pour reconstruire des infrastructures en ruine, avec des écoles modernes de haute technologie dans chaque quartier.

La défense de l'éducation publique est devenue une revendication révolutionnaire car elle nécessite une lutte contre l'ensemble de la structure économique et politique capitaliste. Nous encourageons vivement les enseignants à contacter le Parti de l'égalité socialiste et à entreprendre la lutte pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 27 août 2018)