Opposition généralisée envers les Teamsters pour avoir rejeté le vote des travailleurs d’UPS

Par Par nos reporters
17 octobre 2018

Cela fait maintenant plus d'une semaine que le syndicat des Teamsters a déclaré, le 5 octobre dernier, qu'il ratifiait son contrat de capitulation avec United Parcel Service (UPS) et qu'il ignorait le «non» voté dans une proportion de 54% par des dizaines de milliers de travailleurs aux États-Unis.

La colère est répandue parmi les travailleurs. Un chauffeur d'UPS à Detroit, au Michigan, nous a dit que les travailleurs qui parlent du contrat illégitime sont menacés de représailles de la part de la direction. Les travailleurs d'autres usines rapportent que les responsables locaux des Teamsters racontent des mensonges aux travailleurs et nient que la convention est ratifiée, afin de dissiper la colère.

Afin d'éviter une rébellion des travailleurs de la base, la bureaucratie des Teamsters s'appuie sur sa prétendue aile dissidente, Teamsters United et Teamsters for a Democratic Union (TDU), qui se démène pour contenir la colère des travailleurs dans l'appareil des Teamsters. Ils insistent pour que les travailleurs fassent appel aux forces mêmes qui ont fait fi de leur vote en signant des pétitions adressées au président syndical James P. Hoffa et au Conseil exécutif général des Teamsters. (Voir: «TDU, Teamsters United capitulate to Hoffa’s override of UPS workers’ “no” vote»)

Dans le but de fournir une feuille de vigne pseudo-juridique pour faire fi du vote majoritaire des travailleurs d'UPS, les Teamsters s'appuient sur une clause obscure et antidémocratique qui a été insérée dans sa constitution il y a 30 ans. Selon cette disposition inédite, il faut un vote des deux tiers pour rejeter une entente appuyée par le syndicat si moins de la moitié des travailleurs participent au vote.

Le syndicat prétend que 44 % des travailleurs ont voté et a cyniquement cherché à blâmer les travailleurs qui n'ont pas voté pour ses propres actions despotiques. Mais au cours de la semaine qui a suivi, les accusations portées par les travailleurs selon lesquelles la direction et le syndicat les intimidaient et utilisaient d'autres méthodes pour manipuler le taux de participation et le décompte des voix ont augmenté. Il s'agissait du premier contrat dans le cadre duquel les Teamsters ont utilisé un système de vote électronique, et de nombreux travailleurs ont déclaré n'avoir jamais reçu leur bulletin de vote.

Ed, un chauffeur de plus de 30 ans originaire du sud de la Californie, nous a expliqué que deux travailleurs de son usine lui avaient dit de leur côté que la direction d'UPS avait fait pression pour voter «oui». «Les superviseurs se tenaient près de la porte de sortie et demandaient aux gens qui travaillaient dans leur centre, tenant un iPad, comment ils votaient», dit-il. «Si vous ne leur disiez pas comment vous aviez voté, ils supposaient que c'était un “non” et disaient, «OK, si vous voulez changer votre vote, j'ai des codes pour que vous le fassiez.»

«La seule façon d'y mettre fin, c'est qu'il doit y avoir un vote sur papier et que ce sont les gens qui peuvent compter le vote», a dit Ed. «Il doit y avoir des gens parmi les travailleurs pour compter le vote.» Il a ajouté que «nous faisions confiance au syndicat», mais «je ne compterais plus jamais sur le syndicat pour compter les votes. Les gens que j'ai payés pour me représenter et m'assurer que le vote soit équitable ont perdu ma confiance.»

Ed a ajouté qu'il ne croyait pas que tous les travailleurs avaient reçu des bulletins de vote. «J'ai payé des cotisations pendant plus de 30 ans, jusqu'à 93 $ par mois, et ils ont apparemment oublié mon nom et mon numéro pour m'envoyer un bulletin de vote. Combien d'autres personnes n'ont pas eu le leur?», a-t-il demandé.

Ed a dit que le fait que le syndicat des Teamsters annule le résultat du vote des travailleurs «me rend tellement furieux que je peux à peine parler. Les autres travailleurs à qui je parle détestent ça aussi. Personne ne sait quoi faire, parce que le groupe sur lequel nous avons compté nous a bernés. Nous leur payons nos cotisations syndicales pour nous représenter, mais ils ne le font pas.»

«Nous leur avons donné un vote de grève», a-t-il ajouté, faisant référence à l'autorisation de grève de 93% accordée par les travailleurs au début de juillet – un autre vote que les Teamsters ont ignoré. «Ils ne l'ont pas utilisé. Ensuite, même UPS a dit après le vote sur la convention qu'elle prévoyait retourner à la table pour négocier. Et ce sont les Teamsters qui ont dit: «Non, c'est bon.» Ed a noté que l'agent d'affaires des Teamsters payé pour faire avaler le contrat aux travailleurs «gagne entre 90.000 $ et 107.000 $ par année» et «c'est essentiellement un employé d'UPS».

Les Teamsters ont déclaré qu'ils sont en train de renégocier les conditions de cinq ententes locales supplémentaires qui ont été rejetées par plus des deux tiers des voix ou avec une participation de 50 % ou plus. Ils ont utilisé la même clause antidémocratique pour ratifier cinq autres ententes locales qui ont été rejetées par les membres.

En même temps, la section locale 705 des Teamsters, basée à Chicago, s'efforce de maîtriser le mécontentement des 8500 travailleurs d'UPS de la région de Chicago qui ne sont pas visés par l'entente-cadre nationale.

La convention a expiré à la fin du mois de juillet, comme l'accord-cadre, mais le syndicat a maintenu les travailleurs divisés du reste de la main-d'œuvre d'UPS et a forcé les travailleurs à rester au travail sans contrat. Après avoir attendu que les Teamsters aient conclu leur entente de capitulation, les dirigeants de la section locale 705 déclarent maintenant qu'ils pourraient tenir un vote d'autorisation de grève le 21 octobre prochain.

D'autres travailleurs ont publié des déclarations dans le Bulletin des travailleurs d'UPS s'opposant aux actions des Teamsters. «J'ai 10 ans d'ancienneté et je suis toujours à temps partiel», a déclaré Irene, de Californie. «Nous formons la majorité d'UPS. Je me suis sacrifié pour gagner leur argent pour eux. Et nous, alors ? Nous sommes la colonne vertébrale et nous devons nous unir. Les Teamsters se battent contre nous. Ils prennent notre argent, mais se battent pour UPS.»

Un autre travailleur du Michigan a déclaré: «C'est scandaleux. On se démène, on court de plus en plus, et c'est nous qui faisons faire de l'argent à l'entreprise.»

Le Bulletin des travailleurs d'UPS du WSWS exhorte les travailleurs à prendre eux-mêmes la direction de leur lutte. Des comités de la base, contrôlés démocratiquement par les travailleurs eux-mêmes et indépendants des Teamsters, devraient être mis sur pied dans tous les lieux de travail pour organiser l'opposition au contrat, s'opposer aux efforts des Teamsters pour imposer leur convention illégitime, et discuter des revendications et préparatifs pour une grève dans tout le pays.

(Article paru en anglais le 15 octobre 2018)