La perquisition chez Mélenchon et la montée mondiale de la répression

Par Alexandre Lantier
21 octobre 2018

Jeudi, des millions de personnes autour du monde ont connu des détails horrifiants de la torture et du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans le consulat saoudien à Instanboul. 

Des enregistrements du consulat confirmeraient qu’un commando saoudien a battu, torturé, tué et découpé le cadavre du journaliste, un opposant du prince héritier Mohammed ben Salman. Les détails sont abominables. On ne sait, selon le New York Times, «si M. Khashoggi est mort avant qu’on lui ôte ses doigts et démembre son corps.» Après sa mort, un spécialiste médical saoudien envoyé exprès à Istanboul a aidé les autres à découper le cadavre et ainsi cacher la dépouille, en leur recommandant «d’écouter de la musique» pour se détendre en faisant leur travail. 

La colère et le dégoût sont légitimes face à la décision de la pétromonarchie saoudienne d’avoir recours au meurtre pour réduire un opposant politique au silence. Mais ce meurtre n’est que l’expression la plus grotesque d’un recours de plus en plus généralisé par les élites dirigeantes à la répression et à l’installation d’un État policier pour initimider toute opposition politique. 

Mardi matin à Paris, à des milliers de kilomètres d’Istanboul, un commando de policiers armés et portant des gilets pare-balles se sont introduits chez Jean-Luc Mélenchon, le chef de la France insoumise. Une quinzaine d’autres commandos descendaient au même moment chez d’autres dirigeants LFI et au siège de l’organisation. Quand Mélenchon est arrivé au siège de LFI, où les policiers confiscaient des matériels et aspiraient toutes les données de l’organisation, ils ont refusé à Mélenchon et à d’autres dirigeants LFI leur droit de surveiller la perquisition, au mépris de la loi. 

Quand Mélenchon et les autres députés LFI ont forcé la porte, le commando de police les a confrontés et a mis à terre un membre de LFI quand Mélenchon a exigé qu’ils partent. 

Le lendemain, une campagne orchestrée a débuté dans les médias qui dénonçait Mélenchon pour s’être comporté en «martyr politique», comme écrivait Libération, et la justice a lancé des enquêtes contre Mélenchon. 

Le WSWS et le Parti de l’égalité socialiste (PES) dénoncent sans équivoque cet assaut outrageant. L’attaque contre LFI, qui a des centaines de milliers de sympathisants et a reçu les voix de millions d’électeurs de gauche aux présidentielles de 2017, vise à intimider l’opposition à la politique sécuritaire et austéritaire de Macron. C’est intervenu après deux semaines pendant lesquelles Macron, le très détesté «président des riches», a tenté sans succès de remanier son gouvernment: les personnalités sollicitées refusaient de devenir ministres, craignant l’impopularité du président. 

Le PES a des différends politiques fondamentaux avec Mélenchon, qu’il a documenté en détail. Mais Mélenchon est un politique dirigeant qui dispose toujours d’un soutien réel. Son droit à mener son travail politique, et de protéger le siège de LFI est d’une importance fondamentale. 

La décision du ministère de l’Intérieur d’envoyer des policiers lourdement armés chez Mélenchon, comme si c’était un terroriste préparer à tirer sur eux, menace des masses de gens en France et au-delà. Une décennie après le krach de 2008, les élites dirigeantes savent que leurs richesses grotesques et leurs politiques d’austérité et de guerre sont haïes. Les gouvernents faibles prennent des mesures fortes, et à présent ils dégainent les pouvoirs d’État policier, établis sous prétexte de protéger les citoyens contre le terrorisme, contre l’opposition politique. 

Comme le régime saoudien, Macron et les autres dirigeants européens, craignant la colère sourde des masses, passent aux actes. En 2017, Madrid a envoyé des milliers de policiers en Catalogne pour violenter des milliers d’électeurs pacifiques qui participaient au référendum d’indépendance catalane. Après avoir suspendu l’administration élue en Catalogne, Madrid a emprisonné des responsables dirigeants catalans pour avoir organisé le référendum ou appelé à des manifestations pacifiques.

Et, juste après la perquisition chez Mélenchon et des manifestations antifascistes de masse à Berlin dirigées contre son gouvernement à Berlin, la chancelière Angela Merkel a annoncé une escalade majeure de la surveillance dirigée contre les partis d’opposition. Elle a dit qu’elle établirait «des règles pour des partis qui diffusent activement de fausses informations dans leurs campagnes», afin de resserrer la «sécurité intérieure.» 

La cible principale de cette censure et de la répression policière est l’opposition politique naissante dans la classe ouvrière internationale au capitalisme. Un diplomate a dit au Washington Post que le régime saoudien, qui assassine à présent ses critiques, sait que «si on ne crée pas des emplois réels pour la population saoudienne jeune et éduquée, et si l’économie pétrolière n’est pas diversifiée, ‘ils sont condamnés.’» 

Et dans les pays capitalistes les plus avancés, la radicalisation des travailleurs est en marche. Sur fond de chômage de masse après le krach de 2008, l’Union européenne a organisé un sondage en 2017 qui a découvert que la plupart des jeunes européens voudraient participer à un soulèvement contre l’ordre social. En Amérique, des sondages similaires ont découvert que les jeunes travailleurs préfèrent le socialisme et le communisme au capitalisme. 

Les perquisitions contre Mélenchon sont un avertissement: si les élites dirigeantes utilisent de telles méthodes contre Mélenchon, un ancien ministre et politicien en vue, ils agiront brutalement contre les travailleurs et les jeunes. 

La tâche central aujourd’hui est la construction d’un mouvement international contre le militarisme et la répression policière. Face à virage universel des États vers l’espionnage et la répression par des oligarchies capitaistes qui défendent désespérément leurs privilèges, la voie pour aller de l’avant pour les travailleurs et de défendre les droits démocratiques en une lutte pour le socialisme. 

Le tournant unanime des médias français contre Mélenchon constitue un avertissement. Les couches sociales autour du mouvement étudiant petit-bourgeois post-soixantehuitard, qui ont dominé la «gauche» officielle sont allées très loin à droite et se sont rangées derrière l’État policier.  La lutte pour défendre les droits démocratiques exige avant tout la lutte pour l’indépendance politique des travailleurs contre ces autres forces de classe. 

En particulier, si le WSWS et le PES défendent sans conditions et sans équivoque Mélenchon contre la répression macronienne, ils maintiennent ses critiques de sa politique, qui a joué un rôle non négligeable dans la création de l’État policier. Son parti, qui promeut sans relâche le nationalisme français, a voté après les attentats de 2015 l’état d’urgence qui a suspendu les droits démocratiques et augmenté massivement les pouvoirs de police. Sa promesse de s’allier à la droite pour défendre la République contre Macron n’a fait que renforcer les forces de police qui, à présent, veulent sa peau. 

En tant qu’alternative, le PES présente ces principes fondamentaux pour la lutte contre la dictature policière:

*La lutte contre la dictature policière doit se fonder sur la classe ouvrière, la grande force révolutionnaire dans la société, et unir derrière elle tous les éléments progressifs de la société.

*Cette lutte doit être anticapitaliste et socialiste, car on ne peut sérieusement défendre la démocratie sauf en lutte pour mettre fin à la dictature du capital financier ainsi qu’au système économique qui est la cause essentielle du militarisme et de la répression.

*Cette lutte doit donc être complètement indépéndante et hostile envers les partis et organisations politiques de la classe capitaliste.

*Cette lutte doit, avant tout, être internationale et mobiliser la vaste puissance de la classe ouvrière  dans une lutte mondiale unifiée contre l’impérialisme.