Hans-Georg Maassen: Un extrémiste de droite à la tête des services secrets allemands

Par Peter Schwarz
9 novembre 2018

Le développement récent dans le cas de Hans-Georg Maassen montre que les services de renseignements nationaux allemands sont dirigés par un extrémiste de droite depuis six ans et demi.

Maassen devait être démis de ses fonctions à la tête de l'Office fédéral de la protection de la Constitution (BfV, Verfassungsschutz) il y a deux mois, après avoir soutenu une manifestation néonazie à Chemnitz, dans l'est de l'Allemagne. À ce moment-là, le gouvernement décida de lui confier un poste de direction au ministère de l'Intérieur, mais il est demeuré à son ancien poste. Maintenant le ministre allemand de l'Intérieur, Horst Seehofer, l'a mis à la retraite.

Dimanche, il a été révélé que Maassen s'était servi de son poste de chef des services secrets pour maintenir sa défense de la manifestation néonazie à Chemnitz tout en dénonçant ses détracteurs présumés au gouvernement comme étant des «radicaux de gauche». Dans une allocution d'adieu prononcée devant les dirigeants des services de renseignement européens à Varsovie le 18 octobre, il s'est décrit comme victime d'un complot des «forces radicales de gauche» au sein du parti social-démocrate (SPD). Le discours a ensuite été affiché sur l'intranet du BfV pour être lu par les employés de Verfassungsschutz.

Même si tout indique le contraire – puisqu'il existe des preuves accablantes que des néonazis ont attaqué des immigrés, fait le salut hitlérien et vandalisé un restaurant juif – Maassen a maintenu sa version des événements de Chemnitz lors de la réunion de Varsovie.

L'affirmation selon laquelle les néonazis auraient «poursuivi» des étrangers à Chemnitz était «fictive», a-t-il déclaré. «J'ai déjà été témoin de nombreuses manipulations des médias allemands et de la désinformation russe. Mais que les politiciens et les médias inventent librement une "chasse", ou du moins, propagent cette désinformation de manière incontrôlée, représente pour moi un autre niveau de faux reportages en Allemagne.»

Il avait fièrement déclaré aux commissions parlementaires allemandes compétentes qu’«une lutte contre l'extrémisme de droite ne justifie pas d'inventer des crimes extrémistes de droite». En réponse, «les médias, les politiciens Verts et de gauche» avaient appelé à son renvoi, car ils estimaient qu’«à cause de moi, ils avaient été démasqués avec leurs faux reportages».

Maassen a ajouté que son cas constituait une occasion pour les «forces radicales de gauche au sein du SPD» de «provoquer l'éclatement de ce gouvernement de coalition». Il avait également été contraint de quitter ses fonctions par ses opposants politiques et certains médias, parce qu’il était «connu en Allemagne pour être critique d'une politique de sécurité et d'immigration idéaliste, naïve et de gauche».

Lundi après-midi, le ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer, a mis Maassen en retraite temporaire, après l'avoir remercié pour ses «bons services». Jusque-là, Seehofer l'avait toujours défendu. En tant que haut fonctionnaire à la retraite, Maassen touchera 72% de son salaire précédent pour les trois prochaines années et au moins 35% pour le reste de sa vie. Seehofer aurait pu le renvoyer en raison d'un manquement grave à son devoir.

Le départ de Maassen et les manifestations d’indignation de certains politiciens du gouvernement et du camp d’opposition au sujet de ses récentes déclarations servent avant tout à couvrir leurs propres traces. Les opinions extrémistes de droite de Maassen étaient non seulement bien connues, mais également souhaitées. Sa tâche consistait à ouvrir la voie à l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) d'extrême droite afin d'imposer la politique antisociale et militariste du gouvernement face à l'opposition croissante de la classe ouvrière et de la jeunesse.

Maassen faisait partie du complot politique au moyen duquel les élites dirigeantes appliquent des politiques extrêmement impopulaires.

Cela est particulièrement évident dans le rapport annuel officiel des Services secrets que Maassen a présenté cet été aux côtés du ministre de l'Intérieur, M. Seehofer. L'AfD et ses milieux d'extrême droite sont ignorés dans le rapport, tandis que toute critique du capitalisme est qualifiée d'«extrémisme de gauche».

La «base idéologique» des «extrémistes de gauche», affirme-t-il, est «le rejet du système capitaliste» dans son ensemble. Le rapport indique notamment que les «extrémistes de gauche» imputent au capitalisme «tous les maux de la société et de la politique tels que l'injustice sociale, la “destruction” du logement, les guerres, l'extrémisme de droite et le racisme, ainsi que les catastrophes environnementales».

Le Parti de l'égalité socialiste (SGP) apparaît pour la première fois dans le rapport comme un «parti extrémiste de gauche» et un «objet d'observation», car il s'oppose à «l'UE, le prétendu nationalisme, l'impérialisme et le militarisme».

Aucune organisation politique hormis le SGP n'a protesté contre ce rapport, qui place toute opposition au capitalisme et à ses conséquences – la guerre, les inégalités sociales, l'extrémisme de droite et le nationalisme – dans la catégorie trouble de «l'hostilité à la constitution» et la menace de criminalisation. Il est maintenant clair que Maassen, qui avait rencontré les principaux représentants de l’AfD et rédigé le rapport avec eux, soutient lui-même la ligne politique de l’AfD.

Ce n’est pas sans ironie qu’il dénonce maintenant le SPD comme «extrémiste de gauche», le même parti qui a toujours défendu avec vigueur le Verfassungsschutz et ses méthodes antidémocratiques et qui lui fournit son président depuis de nombreuses années.

Maassen a travaillé pour le ministère de l'Intérieur depuis 1991 et était un proche collaborateur d'Otto Schily (SPD), qui a dirigé le ministère de 1998 à 2005. En 2002, sous le régime de Schily, Maassen a veillé à ce que Murat Kurnaz, qui avait grandi dans la ville allemande de Brême, soit détenu pendant trois ans plus longtemps que nécessaire dans le centre de détention américain de Guantanamo Bay, bien que Kurnaz n’eut commis aucun crime.

Les Verts et le Parti de gauche ont également soutenu Maassen. En 2013, le Parti de gauche l'a invité à prendre la parole lors d'une réunion publique, au cours de laquelle des politiciens du Parti de gauche ont bavardé joyeusement avec le chef des services secrets allemands sur un canapé.

Un personnage de droite comme Maassen n'a pu rester à la barre du BfV pendant six ans et demi que grâce à un large soutien à l'intérieur des services secrets et des principaux milieux politiques.

Même à l'heure actuelle, aucun des partis n'a appelé à la dissolution des services secrets ni même à la purge de ses dirigeants, bien qu'il soit notoire que non seulement Maassen, mais également nombre de ses employés sont politiquement proches de l'AfD et que le Verfassungsschutz gère et finance dans les faits la scène néonazie en Allemagne à travers ses agents d'infiltration.

Au lieu de cela, tous les partis sont impatients de poursuivre la politique de droite de Maassen sans lui. Son successeur, Thomas Haldenwang, ancien vice-président du BfV, a travaillé en étroite collaboration avec Maassen.

Le député du Parti Vert, Konstantin von Notz, a fait les meilleurs éloges de Haldenwang. «Je suis impatient de travailler avec vous», a-t-il déclaré. «Je souhaite au nouveau président une main ferme pour aborder les choses avec détermination et rétablir la confiance perdue.»

Peu d’informations ont transpiré du rassemblement des chefs des services de renseignement européens à Varsovie, mais on peut supposer, sur la base des propres paroles de Maassen, que son plan de droite avait leur soutien. Il avait «bien aimé écouter ce cercle» et avait senti «un haut degré de collégialité et de solidarité», a-t-il déclaré. «J’ai constaté que nous avons les mêmes objectifs, partageons les mêmes valeurs et luttons contre les mêmes adversaires de la liberté et de la démocratie.»

Maassen a également laissé entendre au rassemblement de hauts responsables du renseignement qu'il envisageait de se lancer lui-même en politique, mais n'a pas indiqué pour quel parti. L'AfD était quant à elle en liesse. «C’est un fonctionnaire hors pair qui adhère à une éthique professionnelle rigoureuse et a le courage de prononcer des vérités même inconfortables», a déclaré le chef de l’AfD, Jörg Meuthen. «Bien sûr, s'il s'avérait qu'il voulait nous rejoindre, il serait le bienvenu.»

(Article paru en anglais le 7 novembre 2018)