Les responsables du gouvernement polonais marchent avec l’extrême droite

Par Clara Weiss
14 novembre 2018

Dimanche, des responsables du gouvernement du parti « Pour la loi et la justice » (PiS) ont tenu à marcher aux côtés des forces néo-fascistes pour célébrer les 100 ans depuis le Jour de l’indépendance de la Pologne. La « Marche de l’indépendance » à Varsovie a attiré quelque 250 000 personnes, selon la police polonaise. Cela en ferait la plus grande marche de l’histoire de Varsovie, une ville de 2 millions d’habitants. De plus petites manifestations ont eu lieu dans tout le pays.

Le 11 novembre 1918, la Pologne obtint officiellement son indépendance de ce qui était alors la Russie soviétique, l’Allemagne et l’Autriche. L’indépendance faisait suite à 123 années au cours desquelles l’ancien État Polono-Lituanien a été divisé entre l’empire des Habsbourg, l’empire russe et le royaume de Prusse. Au cours des 21 années qui ont suivi, jusqu’à l’invasion nazie de 1939, la Pologne est devenue un rempart majeur de l’impérialisme français et américain dans leur lutte contre l’Union soviétique.

Le jour de l’anniversaire est exploité depuis de nombreuses années par les nationalistes et les fascistes polonais. Cependant, le Jour de l’indépendance a également été revendiqué par d’autres forces de tout le spectre politique, y compris l’opposition libérale, qui a longtemps adhéré à la glorification du régime autoritaire de Piłsudski qui a dirigé la Pologne pendant une grande partie de la période de l’entre-deux-guerres.

L’année dernière, le 11 novembre a été l’occasion d’un rassemblement international des forces d’extrême droite. Avec environ 60 000 participants, y compris des suprémacistes blancs des États-Unis et d’Europe, il s’agissait de la plus grande manifestation d’extrême droite de l’histoire européenne de l’après-guerre. Les bannières du rassemblement, qui ont envoyé des ondes de choc dans le monde entier, comprenaient : « L’Europe blanche des peuples frères ! » « L’Europe sera blanche ou dépeuplée ! » « La Pologne pure, la Pologne blanche ! » « Mort aux ennemis de la patrie ! » « Priez pour l’holocauste islamique ! » et « Réfugiés dehors ! » (Voir : « Soixante mille fascistes défilent à Varsovie »)

L’annonce que des responsables gouvernementaux, y compris le président, Andrzej Duda, et le Premier ministre, Mateusz Morawiecki, se joindraient à la marche avec des groupes nationalistes de l’extrême droite tels que le Camp radical national (ONR) n’est venu que vendredi. L’ONR est une organisation ouvertement néo-fasciste. Il porte le nom de l’organisation d’entre-deux-guerres la plus étroitement liée à la terreur fasciste contre les organisations de travailleurs et les juifs qui ont balayé la Pologne dans les années 1930. Avant l’invasion de la Pologne par les nazis, l’ONR s’est distinguée par sa fascination et son admiration pour Adolf Hitler et l’Allemagne nazie, en particulier par sa politique anti-juive, qui a inspiré son propre programme politique.

Un autre coorganisateur était la « Jeunesse polonaise » d’extrême droite (Młodzież Wszechpolska), nommée en l’honneur d’une organisation de jeunesse et d’étudiants du même nom qui existait pendant l’entre-deux-guerres et qui était responsable des agressions antisémites et des meurtres perpétrés dans les universités. Sur son compte Twitter, l’organisation a publié une photo de sa procession avec le commentaire « La vie et la mort pour la nation ».

Des responsables gouvernementaux auraient tenté de former une coalition d’organisateurs regroupant le gouvernement, l’opposition libérale et l’extrême droite. Cependant, cela a échoué et les partis d’opposition libéraux ont fini par boycotter la marche. La semaine dernière, le maire sortant de Varsovie, du parti d’opposition : Plate-forme civique (PO), a tenté d’interdire la manifestation.

La participation de Duda et de Morawiecki à la marche visait également à souligner le fait qu’ils ne participaient pas aux célébrations de la fin de la Première Guerre mondiale à Paris le même jour.

La police militaire a été déployée pour protéger les manifestants et des soldats polonais se sont tenus côte à côte avec des membres de l’ONR et du parti néonazi italien Forza Nueva. Au début de la marche, Duda s’est adressé à la foule de l’extrême droite et a déclaré : « Je veux que nous marchions ensemble sous nos banderoles blanches et rouges [les couleurs du drapeau national polonais] avec un air de joie. Honorer ceux qui se sont battus pour la Pologne et être heureux qu’elle soit libre, souveraine et indépendante ». Il a ensuite dirigé la foule en chantant « Gloire et louanges aux héros » et a chanté l’hymne national avec eux.

La plupart des participants portaient des drapeaux polonais, mais certains arboraient également la « falanga », symbole du fascisme européen dans les années 1930 et principal symbole de l’ONR, ainsi que des symboles de la suprématie blanche tels que la croix celtique. Des chants racistes ont été rapportés. À un moment donné, un drapeau de l’UE aurait été brûlé par des militants de droite criant « À bas l’Union européenne ».

Les porte-parole de Duda et du gouvernement ont tenté de minimiser l’implication des forces d’extrême droite dans la marche, mais il est clair que l’alignement ouvert du gouvernement sur l’extrême droite était un geste politique calculé. Elle a été encouragée par le mouvement général à droite de toute la classe dirigeante en Europe et vise à intimider les travailleurs et les jeunes Polonais et Européens opposés à la politique de guerre et à l’austérité de la bourgeoisie.

Quelques jours avant que le PiS annonce sa manifestation avec l’extrême droite, le président français Emmanuel Macron a salué le dictateur fasciste du régime collaborationniste de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale, Philippe Pétain, comme un « grand soldat ». En Allemagne voisine, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) d’extrême droite entretient des liens étroits avec les principaux dirigeants de l’État. Il a été promu par l’ensemble des médias et des milieux politiques et placé dans la position officielle du principal parti d’opposition au parlement. Aux États-Unis, l’Administration Trump a systématiquement encouragé le racisme et l’antisémitisme d’extrême droite, ce qui a provoqué plusieurs attaques violentes avant les élections de mi-mandat, notamment le massacre de 11 personnes dans une synagogue de Pittsburgh.

En Pologne, le PiS encourage depuis des années l’extrême droite et l’a intégré dans l’appareil d’État. Le ministre de la défense, Antoni Macierewicz (un antisémite notoire), a créé une énorme milice paramilitaire sous sa supervision. Cette force repose en grande partie sur l’extrême droite organisée.

Le gouvernement a encouragé l’antisémitisme et le racisme envers les réfugiés pendant des années. Plus tôt cette année, il a adopté une loi censurant des discours sur l’holocauste qui fait référence aux citoyens polonais impliqués dans le meurtre des Juifs. Dernièrement, un vidéo a été publié sur Internet qui mettait en lumière des propos antisémites du Premier ministre, Mateusz Morawiecki, datant de 2014.

Au-delà d’un chevauchement important d’opinions politiques, le gouvernement PiS s’appuie sur l’extrême droite pour préparer la guerre contre la Russie et la répression de la classe ouvrière chez lui. Avec le soutien du gouvernement Trump, il poursuit la relance de la stratégie de l’intermarium, « la Fédération entre mers » de l’entre-deux-guerres à travers laquelle le régime Piłsudski, avec le soutien de sections des élites française et britannique, cherchait à saper en même temps l’Union soviétique et l’Allemagne grâce à une alliance de régimes nationalistes droitiers dans l’Europe de l’Est et Centrale. De manière similaire aujourd’hui, avec le soutien des États-Unis, le gouvernement du PiS cherche à construire une alliance des régimes nationalistes d’extrême droite dans l’Europe de l’Est et du Centre afin de contrer la menace de révolution, de miner la position de l’Allemagne en Europe et de préparer la guerre à la Russie.

La haine du fascisme est répandue parmi les travailleurs et les jeunes de toute l’Europe, y compris de la Pologne, devenue un centre de terreur fasciste et de destruction sous l’occupation nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. La Pologne fut le centre géographique du génocide de 6 millions de Juifs européens, dont plus de 3 millions vivaient en Pologne avant la guerre.

Dans le cadre du système politique actuel, cependant, cette opposition à la guerre et au fascisme ne trouve pratiquement aucune expression. Pour lutter contre les préparatifs de la bourgeoisie en vue de la guerre et de la guerre civile et promouvoir son extrême droit, les travailleurs et les jeunes doivent se tourner vers un programme internationaliste et socialiste.

(Article paru d’abord en anglais le 13 novembre 2018)