Défendre Julian Assange contre les accusations américaines !

Par James Cogan
19 novembre 2018

Un document juridique daté du 22 août a été rendu public jeudi soir, confirmant que le ministère de la justice des États-Unis a déjà préparé des charges criminelles sous scellés contre le fondateur et éditeur de WikiLeaks, Julian Assange. Dès qu’il sera contraint de quitter l’ambassade d’Équateur à Londres, où il avait demandé l’asile politique en 2012 et où il est actuellement privé du droit de toute communication avec le monde extérieur par le gouvernement équatorien, un mandat sera délivré pour son extradition vers les États-Unis.

Le document juridique, qui portait sur une affaire n’ayant aucun lien avec Assange, contenait deux paragraphes citant son nom. Il a rapporté que l’acte d’accusation était sous scellé « parce que… aucune autre procédure n’est susceptible de préserver la confidentialité du fait que Assange a été inculpé ». Il a demandé que les charges portées contre lui restent scellées « jusqu’à ce que Assange soit arrêté pour ces accusations criminelles et ne puisse donc plus fuir ou éviter l’arrestation et l’extradition dans cette affaire. »

Julian Assange

Le ministère de la justice a seulement tenu à préciser aux médias que le nom d’Assange figurait dans le document « par erreur ». Il n’a pas nié que des charges portées contre lui avaient été déposées et mises sous scellé. Des sources ont déclaré au Washington Post qu’elles ont été assurément déposées.

Indépendamment de la manière dont l’existence des accusations a été révélée, elle confirme tous les avertissements d’Assange ainsi que de ses avocats et défenseurs politiques depuis que les procureurs suédois ont lancé un mandat d’arrêt contre lui, en novembre 2010, prétendument pour lui poser des « questions » au sujet d’allégations d’infractions de nature sexuelle.

Les allégations suédoises furent fabriquées contre Assange dans des conditions où WikiLeaks avait publié des fuites explosives révélant les crimes de guerre perpétrés par les États-Unis en Afghanistan et en Irak et les intrigues impérialistes dans le monde entier.

Ces allégations avaient deux objectifs. Premièrement, elles étaient destinées à nuire à Assange en tant qu’individu et à saper le soutien du public à WikiLeaks. Deuxièmement, elles devaient être utilisées pour le contraindre à se rendre en Suède, d’où il aurait été extradé aux États-Unis pour faire face à des accusations d’espionnage.

La décision d’Assange de demander l’asile politique à l’ambassade équatorienne est la seule raison grâce à laquelle il a évité une longue peine de prison ou même potentiellement une peine de mort.

Le document juridique confirme ce qui était évident depuis que les procureurs suédois ont finalement abandonné leur poursuite sans fondement contre Assange en mai 2017, sans jamais le mettre en accusation. La seule « plainte pénale » restant contre Assange est l’accusation britannique selon laquelle il aurait enfreint les conditions de sa libération sous caution lorsqu’il avait demandé l’asile politique par nécessité. Le plan de l’État américain a été d’attendre jusqu’à ce qu’il soit emprisonné par les autorités britanniques, puis d’émettre son acte d’accusation contre le journaliste et éditeur.

Le fait que l’existence d’accusations ait maintenant été rendue publique pourrait bien indiquer que l’Équateur a accepté d’abandonner Assange.

Le document juridique ne révèle pas la nature des accusations américaines. Outre les accusations d’espionnage relatives aux fuites de 2010, il est également possible qu’Assange ait été inculpé de « conspiration ».

En 2016, WikiLeaks publia des courriels divulgués qui révélaient comment le Comité national démocrate avait cherché à saper la campagne de Bernie Sanders à l’avantage de Hillary Clinton. Les documents ont également fourni la preuve des relations sordides de Clinton avec les banques de Wall Street.

Dans le cadre de la campagne hystérique au sein de l’establishment américain visant à imputer à « l’ingérence russe » la défaite électorale de Clinton, l’enquête du procureur spécial Robert Mueller a laissé entendre, sans la moindre preuve crédible, que c’étaient les services secrets russes qui avaient fourni à WikiLeaks les documents révélés et que WikiLeaks les avait publiées afin d’aider à l’élection de Donald Trump.

En fait, Assange a publiquement comparé le choix présenté aux électeurs américains de Trump ou de Clinton comme un choix entre « la gonorrhée ou la syphilis ». Dans un communiqué publié à la veille des élections de 2016, Assange souligna qu’ayant reçu les fuites du Parti démocrate – d’une source qu’il nia avoir aucun lien avec la Russie – WikiLeaks se sentait obligé de les publier.

Assange a écrit : « Le droit de recevoir et de communiquer des informations véridiques est le principe directeur de WikiLeaks, une organisation qui a une équipe et une mission propre bien au-delà de ma personne. Notre organisation défend le droit du public à être informé.

Assange a déclaré que WikiLeaks « reste déterminé à publier des informations qui informent le public, même si de nombreuses personnes, en particulier celles au pouvoir, préféreraient ne pas les voir […] Il faut publier à nos risques et périls.

La persécution incessante d’Assange ne visait pas uniquement à empêcher WikiLeaks de publier la vérité. Cela fait partie d’une tentative de la classe dirigeante d’intimider et de faire taire tous les journalistes et organisations médiatiques critiques et indépendantes, ainsi que les lanceurs d’alertes potentiels du monde entier.

La tentative de qualifier Assange de criminel est la pierre angulaire d’une censure radicale et d’une atteinte aux droits démocratiques fondamentaux en cours dans le monde entier. Le virage à droite vers des formes de pouvoirs dictatoriales est animé par la peur des oligarques capitalistes et de leurs gouvernements qu’un mouvement de masse de la classe ouvrière ne se développe au niveau international contre l’inégalité sociale grandissante et le danger croissant que de conflits économiques et stratégiques entre les grandes puissances conduisent à la guerre.

Comme le nota Léon Trotsky en 1937, « les vrais criminels se cachent sous le manteau des accusateurs ».

Toutefois, sous les gouvernements Obama et Trump, l’État américain n’a pu mener et maintenir sa vendetta contre Assange qu’en raison du soutien honteux dont sa campagne a bénéficié à l’échelle internationale.

Les médias institutionnels, en particulier les publications telles que The Guardian et le New York Times, se sont totalement alignés sur l’effort visant à détruire WikiLeaks et à réprimer toutes les autres publications indépendantes.

Les gouvernements travaillistes et conservateurs australiens successifs ont refusé de défendre Assange, un citoyen australien. L’ensemble de la classe politique et des médias australiens, y compris les Verts, les « indépendants » parlementaires et les syndicats, l’ont livré en pâture. Aucune organisation n’a soutenu le rassemblement organisé par le Parti de l’égalité socialiste et adressé le 17 juin dernier par le réalisateur John Pilger, qui exigeait que le gouvernement utilise ses pouvoirs juridiques et diplomatiques pour garantir la liberté d’Assange et son droit de retourner en Australie.

En Grande-Bretagne, le rôle du chef du parti travailliste, Jeremy Corbyn, a été particulièrement pernicieux. Corbyn, qui avait jadis exprimé son soutien à WikiLeaks, a refusé de demander publiquement que le gouvernement conservateur renonce à son mandat d’arrêt lié à la liberté sous caution d’Assange, garantisse qu’il ne sera pas extradé vers les États-Unis et l’autorise à quitter l’ambassade équatorienne et le Royaume-Uni s’il le souhaite.

Le gouvernement équatorien, sous la présidence actuelle de Lenin Moreno, s’en est pris à Assange afin d’être dans les bonnes grâces de Washington. En mars de cette année, Assange a été privé de toute capacité de communication et des mesures vindicatives supplémentaires ont été prises visant à lui faire quitter l’ambassade.

Le plus frappant, cependant, a été l’abandon d’Assange par pratiquement toutes les organisations de pseudo-gauche de la classe moyenne aux États-Unis, en Australie, en Grande-Bretagne et dans le monde entier. En conséquence de leur soutien à la politique d’identité fondée sur le sexe et l’ethnie et en faveur des intrigues impérialistes en Ukraine et en Syrie qu’Assange a démasquées et auxquelles il s’est opposées, ils maintiennent un silence assourdissant sur sa persécution ou se sont ralliés la diffamation contre l’éditeur de WikiLeaks le traitant de « violeur », ou de « pantin » de la Russie ou de Trump – alors même que l’administration de Trump a intensifié les efforts américains pour le faire taire.

Les forces rangées contre lui ne font que souligner que la défense d’Assange, de WikiLeaks et de tous les droits démocratiques nécessite la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière internationale contre l’ensemble de l’establishment politique existant et le système capitaliste qu’il sert.

Tous les efforts doivent être déployés pour alerter les travailleurs et les jeunes sur les immenses conséquences de la persécution de Julian Assange et sur la nécessité de mener une campagne de grande envergure pour réclamer sa liberté immédiate et inconditionnelle.

(Article paru en anglais le 17 novembre 2018)