Près de 1300 personnes sont toujours portées disparues

Incendies en Californie: Le bilan risque de s’alourdir considérablement

Par David Brown
20 novembre 2018

Le bilan des incendies de forêt en Californie pourrait s'élever à plus de 1000 morts, ce qui en ferait l'une des catastrophes les plus meurtrières et les plus horribles de l'histoire américaine moderne. Alors que le nombre officiel de morts causés par le brasier «Camp Fire» en Californie du Nord est passé à 76 au cours du week-end, près de 1300 personnes sont portées disparues, dont beaucoup sont des personnes âgées.

Le nombre de décès confirmés n'a augmenté que d'environ huit par jour, alors que les enquêteurs passent méticuleusement au peigne fin les décombres. Compte tenu de la destruction de près de 10.000 maisons et du chaos de l'évacuation, le nombre final de victimes sera presque certainement beaucoup plus élevé. Il faut ajouter à cela les conséquences indescriptibles sur la santé causées par la pollution atmosphérique extrême qui s'est répandue dans le nord de la Californie.

En raison de l'intensité de l'incendie, dans de nombreux cas, les seuls restes récupérés sont des dents ou des os, ce qui rend difficile l'identification des victimes. De nombreux résidents de la petite ville californienne de Paradise ont vécu les derniers moments de leur vie de la manière la plus horrible, alors que les flammes envahissaient leur maison ou leur résidence pour personnes âgées lorsqu'ils étaient encore au lit.

Samantha

 

Samantha, dont le père et la belle-soeur ont tous les deux perdu leur maison familiale dans l'incendie, a déclaré dimanche au World Socialist Web Site: «Il n'y a pas eu d'avertissement ou quoi que ce soit du genre. Quant au nombre de morts, elle a dit: «Je pense que ce sera avec une virgule», c'est-à-dire plus de 1000.

Pour tenter de sauver la face, le président Donald Trump s'est joint au gouverneur démocrate Jerry Brown et au gouverneur élu démocrate Gavin Newsom pour visiter les zones touchées samedi. Mis à part les platitudes habituelles et les promesses vagues au sujet de l'aide fédérale, aucun des politiciens n'a dit quoi que ce soit de substantiel au sujet de la catastrophe.

Trump se fixe pour objectif de «ratisser» les forêts pour dégager les broussailles et prévenir les incendies. Brown a déclaré que les Californiens vivant dans des zones à haut risque doivent «construire une sorte d'abri souterrain». Ni l'une ni l'autre de ces idées n'a de fondement en matière de gestion des incendies ou de sécurité en cas d'urgence.

Dans un tour de passe-passe politique, Brown a salué la réponse de M. Trump, qui a menacé la semaine dernière de couper le financement fédéral de l'État. «Le président a non seulement signé une déclaration présidentielle accordant un financement substantiel à la Californie, mais il a également déclaré et s'est engagé très spécifiquement à continuer à nous aider, qu'il nous couvrait», a déclaré Brown dimanche dans le cadre du programme «Face the Nation» de CBS. «Et je crois que c'était une chose très positive.»

L'establishment politique et les médias sont extrêmement nerveux face aux conséquences sociales et politiques de la catastrophe. L'indignation populaire augmente au fur et à mesure qu'apparaissent les détails pointant vers la culpabilité des géants de l'énergie de l'État et des représentants du gouvernement pour avoir créé les conditions de ce brasier fatal.

Bien que les vents forts et la faible humidité aient contribué à la propagation rapide de l'incendie, il n'y a rien de naturel dans cette catastrophe. Le bilan humain est le produit des décisions prises par les élus, les organismes de réglementation gouvernementaux et les services publics privés pour maximiser les profits en risquant la vie et les biens des travailleurs ordinaires.

La cause précise de l'incendie «Camp Fire» est toujours à l'étude, mais les pompiers ont d'abord répondu à 6 h 45 à un incendie causé par des lignes électriques endommagées à Poe Dam, propriété du monopole local Pacific Gas & Electric (PG&E), à 15 km de Paradise.

L'action de la société s'est d'abord effondrée en raison des craintes des investisseurs qui craignaient que la société ne soit tenue responsable des pertes en vies humaines et des milliards de dollars de dommages. PG&E fait déjà face à une responsabilité pouvant atteindre 17,3 milliards de dollars pour 16 incendies de forêt provoqués par son équipement l'an dernier qui ont détruit des milliers de maisons et en ont tué 44 personnes. Dans 11 de ces cas, il a été établi que PG&E avait enfreint les règlements de sécurité.

Lors de la catastrophe de San Bruno en 2010, l'une des canalisations vieillissantes de PG&E fonctionnant sous un quartier résidentiel a explosé, tuant huit personnes.

Michael

Michael, un travailleur des services de soutien à domicile de Paradise, a exprimé la colère de plusieurs lorsqu'il a dit aux WSWS: «C'est insensé que nous n'ayons pas reçu un avertissement.» Quant au géant de l'énergie PG&E, Michael a dit: «Je les haïssais avant cet incendie, je les hais après cet incendie, je les haïrai jusqu'à la fin de ma vie.»

Michael et sa famille vivent actuellement dans une tente de fortune à l'extérieur d'un Walmart. Ceux qui n'ont pas de famille à proximité pour les accueillir vivent dans de tels villages de tentes ou dans des abris surpeuplés dans le comté de Butte. Les conditions dans les refuges sont difficiles et les survivantes ont été immédiatement frappées par une épidémie de norovirus qui a forcé l’hospitalisation d’au moins 25 d’entre eux.

Les représentants du gouvernement ont réagi en tentant de défendre l'entreprise. Michael Picker, président de la Commission des services publics de la Californie (CPUC), a tenu une réunion privée avec des investisseurs et des analystes annonçant que l'État ne permettrait pas à PG&E de faire faillite et limiterait plutôt sa responsabilité et lui permettrait de couvrir ses pertes en augmentant les tarifs à la consommation.

Picker a ensuite publié une déclaration publique annonçant qu'en tant qu'organisme de réglementation, la CPUC devait défendre les profits de PG&E parce que «l'un des éléments essentiels pour fournir un service électrique sécuritaire est la capacité financière de prendre des mesures de sécurité». Les actions de PG&E ont rebondi vendredi après la publication des nouvelles, en hausse de 40 %.

Picker s'est basé sur le projet de loi sénatorial 901 récemment adopté par le gouverneur démocrate Jerry Brown. Le projet de loi 901 demande aux autorités de réglementation de réduire la responsabilité des services publics en raison des conditions météorologiques et de tenir compte de la «situation financière» de l'entreprise lors de l'évaluation des dommages. PG&E a triplé ses dépenses de lobbying à 1,7 million de dollars au cours des trois mois précédant le vote.

Un groupe de secouristes

Outre le rôle de PG&E, l'indignation de la population à l'égard de l'absence de planification gouvernementale d'une catastrophe à la fois prévisible et prévue ne cesse de croître. Les autorités ont émis un premier ordre d'évacuation pour la partie la plus à l'est de Paradise à 7h45 et un ordre d'évacuation pour plus de 26.000 personnes dans toute la ville une heure plus tard. Les responsables des services d'urgence n'ont jamais émis une alerte d'urgence sans fil à l'échelle du système, se fiant plutôt à un programme privé d'alerte rouge qui ne prévenait que les résidents qui s'y étaient abonnés.

Le directeur des opérations d'urgence de Paradise a déclaré au Los Angeles Times que pas plus de 30% des résidents avaient choisi cette option. Beaucoup de gens n'ont jamais reçu d'avis officiel et ont dû entendre les voisins ou voir le feu qui approchait avant d'essayer de s'échapper, pour se rendre compte que les voies d'évacuation étaient congestionnées.

Comme d'innombrables autres catastrophes, les fonctionnaires connaissaient le risque de catastrophe et n'ont rien fait. En 2008, l'incendie de Humboldt s'est approché de Paradise par le sud-ouest et a fermé trois des routes de la ville, laissant les résidents paniqués devant une unique route en montagne à deux voies pour essayer de s'échapper. Une enquête du grand jury a été convoquée en 2009 pour guider la planification du gouvernement et prévenir une catastrophe. Le rapport soulignait l'absence de voies d'évacuation dans cette zone.

Malgré le rapport, aucune amélioration n'a été apportée pour résoudre le problème. Sur les quatre routes au sud de Paradise, une seule, le Skyway, a plus de deux voies. Le reste serpente à travers les montagnes sans épaulement et est entouré d'une végétation qui brûle facilement. Au moment où l'ordre d'évacuation générale a été donné, l'une de ces routes était déjà bloquée par le feu. Le Skyway a été conçu pour ne transporter que 1200 voitures à l'heure. Quand des dizaines de milliers de personnes ont essayé de s'en sortir, beaucoup ont été piégées.

Chaque mort causée par les incendies est une mise en accusation du système capitaliste. La société ne manque pas de richesses pour gérer les feux de forêt en toute sécurité et mettre en place des systèmes d'intervention d'urgence. Cependant, cette richesse est actuellement entre les mains d'une petite oligarchie. La Californie abrite 144 milliardaires, le plus grand nombre de tous les États: une richesse combinée de 725 milliards de dollars.

(Article paru en anglais le 18 novembre 2018)