Des milliers de salariés de General Motors vont perdre leur emploi en 2019

Par Jerry White
22 novembre 2018

De milliers d'employés salariés de General Motors aux États-Unis et au Canada seront licenciés au début de 2019 à mesure que le constructeur automobile de Détroit accélère sa campagne de réduction des coûts. Ces suppressions de postes de cols blancs, qui s’annoncent aussi chez Ford, font partie d'une vaste saignée, alors que les ventes baissent dans le monde et qu’une restructuration de l'industrie automobile mondiale est imminente.

Lordstown Assembly Complex

Des sources de GM ont informé le Detroit Free Press et le Detroit News qu’au moins 3 000 employés seraient licenciés, car trop peu d’entre eux avaient accepté les propositions de « départs volontaires » envoyées le mois dernier. La société cible 17 700 salariés ayant au moins 12 ans d'ancienneté, autrement dit plus du tiers de ses employés en Amérique du Nord.

Selon des sources internes qui ont parlé aux médias de Detroit, GM espérait obtenir l’accord d’au moins 7 000 cols blancs pour les départs volontaires avant lundi midi, mais les responsables ont informé les employés tard la semaine dernière que seulement 4 000 avaient signalé leur accord. « Cela signifie que 3 000 travailleurs salariés ou plus en Amérique du Nord pourraient être licenciés à partir de janvier si le constructeur optait en fait pour des licenciements secs, ce qui aurait été envisagé si les départs volontaires étaient insuffisants », a écrit le Free Press.

Les directeurs de GM ont tenu des réunions du personnel jeudi et vendredi derniers pour renforcer la pression sur les travailleurs salariés pour qu'ils acceptent les indemnités de départs qui incluent six mois de salaire et de couverture maladie. Il est peu probable que beaucoup d'autres choisissent cette option, car il s'agit exactement des mêmes indemnités de départ pour un employé de GM ayant 12 ans ou plus d'ancienneté et qui subit un licenciement sec.

Selon une source qui a parlé à Free Press, « GM achèvera les départs volontaires d’ici le 29 novembre. Les responsables auxquels nous avons parlé, rédigent déjà leur liste et choisiront où tombera le couperet en janvier. » Le 15 janvier, a-t-elle déclaré, GM annoncera les suppressions d’emploi involontaires et «mettra les gens à la porte».

Les analystes ont déclaré que les suppressions ciblant les ingénieurs, les concepteurs, les cadres moyens et autres ne sont que le prélude à la suppression de milliers d'emplois de travailleurs de la production. Jon Gabrielsen, conseiller de l'industrie automobile, a déclaré au Free Press: « Je suis tout à fait convaincu que 7 000 emplois représentent le nombre de salariés que GM va supprimer dans la région de Detroit au cours d'une baisse d’activité de l'industrie automobile dans les deux à trois prochaines années, auquel il faudrait rajouter jusqu’à 7 000 ouvriers de la production, en fonction de l’importance de la baisse des ventes », a-t-il déclaré.

Les constructeurs automobiles mondiaux subissent une pression énorme de la part de Wall Street pour augmenter leurs marges bénéficiaires et leurs dividendes aux actionnaires malgré la chute des ventes. Le mois dernier, GM a annoncé que ses bénéfices d’exploitation au troisième trimestre en Amérique du Nord ont augmenté de 37 pour cent, pour atteindre 2,8 milliards de dollars, en dépit d’une baisse de 11 pour cent de ses ventes au cours du trimestre sur le marché clé américain de la société.

Des travailleurs de Lordstown au dernier jour de la deuxième équipe en juin

Dans une note interne obtenue par le Free Press, envoyée aux cadres après l’annonce des profits, GM a déclaré: « Nous ne pouvons pas confondre progrès et gain. Aujourd’hui, nos coûts structurels ne sont pas alignés sur les réalités du marché ni sur les priorités de transformation devant nous. Nous devons prendre des mesures importantes dès maintenant, alors que notre entreprise et notre économie sont fortes pour réduire les coûts structurels et améliorer la rentabilité des véhicules. »

Alors que GM envisage de réduire ses coûts de 6,5 milliards de dollars, il a dilapidé plus de 10 milliards de dollars en rachats d’actions et en dividendes pour ses investisseurs les plus riches depuis 2017, et 25 milliards de dollars depuis 2012.

Plus tôt ce mois-ci, Ford avait annoncé qu'il réduirait d’un nombre indéterminé ses effectifs américains (70 000 salariés) dans le cadre de son plan de réduction des coûts de «remise en forme» de 11 milliards de dollars. Adam Jonas, analyste chez Morgan Stanley, prévoyait en août une réduction de 12 pour cent des effectifs mondiaux de Ford dans une note aux investisseurs: «Nous ne considérons pas la restructuration de Ford comme ‘agréable’[…] mais comme une étape cruciale pour rétablir l'activité mondiale sur de meilleures bases ».

En s'efforçant de supprimer des emplois, tous les constructeurs automobiles ont augmenté le nombre de cols blancs embauchés par le biais d'agences de travail intérimaire et qui perçoivent un salaire moins élevé et peu, voire pas du tout, de prestations de soins de santé ni de plan de retraite.

En même temps, les constructeurs automobiles de Détroit ont procédé à des mises à pied temporaires de travailleurs de la production et des réductions permanentes d'emplois et des fermetures d'usines sont à prévoir. Le mois dernier, Ford a arrêté la production de son usine de Kansas City (Missouri), mettant 2 000 travailleurs au chômage technique, et Fiat Chrysler, a fait de même dans ses usines de transmissions d'Indiana.

Avec la chute des ventes de son petit véhicule Chevrolet Cruze, il est à craindre que GM ferme son usine de montage à Lordstown, dans l’Ohio, à mi-chemin entre Cleveland et Pittsburgh. GM a licencié 1 200 travailleurs lors de la suppression de la troisième équipe de travail à l'usine l'année dernière et 1 200 autres travailleurs lorsque la deuxième équipe a été éliminée en juin.

Un travailleur de deuxième rang de l'usine d'assemblage de Fiat Chrysler à Belvidere, dans l'Illinois, a déclaré au WSWS Autoworker Newsletter que des menaces circulent selon lesquelles une équipe pourrait être éliminée à l’usine. « Un responsable m'a dit de consulter régulièrement le site WARN (avertissement) d'Illinois.gouv, au cas où un préavis de 60 jours de chômage technique serait mise en ligne », a t-il dit, ajoutant: «Notre délégué syndical a déclaré qu'il y avait de très bonnes chances que nous soyons mis au chômage technique pour une durée indéterminée. De plus en plus de propos sur l'élimination de la première équipe poussent les gens à changer de service et de poste dans l'espoir de sauver leur emploi. »

Des chômages techniques ont affectés plusieurs usines de Fiat Chrysler, notamment les usines de Belvidere Assembly et de Kokomo, dans l'Indiana.

Le syndicat UAW n’a même pas prétendu être opposé aux licenciements, reprenant ce que dit la direction, qu‘elles sont nécessaires pour assurer une rentabilité durable face au ralentissement des ventes. Les constructeurs automobiles ont pu réaliser d’énormes profits en Amérique du Nord, malgré la baisse des ventes, grâce à la connivence de l’UAW. Celle-ci a signé des accords réduisant les salaires des nouveaux embauchés, supprimant les indemnités pour chômage technique, augmentant le nombre d’intérimaires qui paient des cotisations syndicales mais n’ont aucun droit et n‘ont pas accès aux allocations de chômage complémentaires.

Les licenciements des salariés et des travailleurs de production sont clairement un coup de semonce aux travailleurs du secteur de l'automobile avant les négociations pour de nouvelles conventions collectives, après l'expiration des accords actuels en septembre 2019. La menace de fermeture d’usines et de licenciement collectif a déjà été utilisée par les constructeurs automobiles et l'UAW pour imposer des accords éliminant des conditions de travail et auxquels les travailleurs s’étaient opposés initialement dans des votes à Fiat Chrysler, lors du premier rejet en trois décennies d’un tel accord national appuyé par l’UAW.

Dans une lettre envoyée aux travailleurs, Terry Dittes, vice-président de l'UAW pour GM, a nettement signalé que le chantage aux emplois serait à nouveau de mise. «Remplir les carnets de commandes» serait la première priorité de l'UAW dans les négociations de l’accord salarial de 2019, a déclaré Dittes avant de reprendre le nationalisme de « l’Amérique d’abord » de Trump, critiquant vertement GM pour l’expansion de sa production au Mexique et en Chine.

Cela souligne la nécessité pour les travailleurs de l'automobile de créer de nouvelles organisations de lutte, comme des comités d'usine, contrôlés par les ouvriers de la base et indépendants du syndicat UAW, qui est au service du patronat, et pour mener une lutte collective contre les attaques prochaines sur les emplois et le niveau de vie. Une telle lutte doit unir les travailleurs du monde entier contre les constructeurs automobiles transnationaux et le système de profit capitaliste, qui enrichit l'élite des entreprises et de la finance aux dépens des travailleurs du monde entier.

«Ils répandent la peur sur la suppression d’une équipe et le licenciement de toute personne embauchée après 2011», a déclaré le travailleur de Belvidere à l’Autoworker Newsletter. « La menace de plus de licenciements, toutes les tactiques servent à amener les employés de deuxième rang à tout avaler ce qu’ils exigeront de nous aux prochaines négociations d’un nouvel accord.»

Le travailleur a évoqué le scandale de corruption qui a éclaté au sein de l’UAW et qui a révélé que les négociateurs syndicaux avaient empoché des millions de dollars en pots-de-vin pour signer des «accords favorables aux entreprises». «Les choses ont changé. L'UAW n'est plus de notre côté et il ne l’a pas été depuis longtemps. Plus ces cas sont dévoilés, plus cela devient évident. C'est très triste, mais c'est vrai ».

(Article paru en anglais le 21 novembre 2018)