Macron interdit la manifestation des Gilets jaunes à Paris, les grèves s’étendent

Par Alexandre Lantier
24 novembre 2018

Face à l’interdiction du rassemblement des Gilets jaunes Place de la Concorde à Paris aujourd’hui par le ministère de l’Intérieur, les grèves et les manifestations de soutien aux manifestants se sont généralisées à travers la France hier.

La mobilisation des "gilets jaunes"

Pour l’heure les pages Facebook des Gilets jaunes passent outre et maintiennent l’appel à manifester Place de la Concorde. Des dizaines de milliers de manifestants sont attendus dans la capitale en provenance de villes à travers la France pour le deuxième samedi de mobilisation, alors que des rumeurs se répandent que les cheminots permettront aux manifestants de se rendre gratuitement à Paris en train. A Paris, les manifestants confronteront un dispositif de milliers de CRS et de policiers organisé par le gouvernement Macron.

Dans un communiqué sur la manifestation, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a indiqué qu’il est «exclu qu’elle se déroule place de la Concorde pour d’évidentes raisons de sécurité». La place de la Concorde est à côté de l’ambassade des Etats-Unis en France et de l’Elysée, la résidence du président français. Castaner a également menacé que «la réponse judiciaire sera intraitable en cas de troubles.»

De même, le préfet de Bordeaux Didier Lallement a pris un arrêté interdisant les Gilets jaunes de manifester au centre de la ville.

Les menaces de l’État suscitent largement la colère et le rejet de travailleurs en France, en Belgique où des mobilisations «Gilets jaunes» se déroulent aussi, et à l’international. Depuis la première mobilisation le 17 novembre, il est devenu évident que la mobilisation contre la hausse des taxes sur le carburant par Macron était une première expression d’un mécontentement social explosif parmi de larges couches de travailleurs et des classes moyennes à travers l’Europe.

Après des blocages organisés sur les routes par des Gilets jaunes à l’extérieur de divers lieux de travail, des grévistes se mobilisent pour soutenir la contestation de Macron.

Alors que des grèves à Amazon se déroulent en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni, des travailleurs Amazon en grève au centre de Lauwin-Planque dans le nord de la France ont rejoint un groupe de Gilets jaunes près de leur lieu de travail, dont le blocage filtrait la circulation. Des routiers klaxonnaient en passant pour témoigner de leur soutien.

Après que les forces de l’ordre ont cassé les blocages de Gilets jaunes à l’extérieur de la raffinerie de Fos, un mouvement de grève secoue six des sept raffineries que compte la France.

La Confédération générale du travail (CGT) stalinienne, dont la direction est ouvertement hostile envers les Gilets jaunes qu’elle a traités de néo-fascistes, insiste que c’est une mobilisation syndicale n’ayant rien à voir avec les revendications des Gilets jaunes et l’opposition à Macron. Et hier, le chef de la CGT Philippe Martinez a de nouveau attaqué les Gilets jaunes et averti que le mouvement contient des «éléments d’extrême-droite.»

«Des négociations salariales annuelles de branche se sont ouvertes aujourd’hui. C’est un jour de mobilisation sur tous les sites face aux menaces des suppressions d’emplois», a déclaré un responsable cégétiste à la raffinerie de La Mède, Fabien Cros à l’AFP. Toutefois, Cros a dû avouer qu’environ 150 grévistes à La Mède bloquaient le rond-point d’accès au site avec une cinquantaine de Gilets jaunes et distribuaient des tracts. «Aucun produit pétrolier n’entre ou ne sort du dépôt», a-t-il ajouté.

Contacté par téléphone, un gréviste CGT à la raffinerie a expliqué: «On n’oppose pas les luttes, tout est bon contre Macron. Il y a un ras-le-bol total.»

Ces déclarations soulignent que les appareils syndicaux, soutenus par les partis politiques tels que le Nouveau parti anticapitaliste ou La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, freinent des quatre fers pour essayer de protéger Macron. Mais ils se trouvent bousculés par l’entrée rapide de larges couches de travailleurs en lutte contre le gouvernement.

Pour tenter de canaliser le mécontentement des travailleurs et d’éviter d’être débordés, certains chefs syndicaux retournent leur veste et appuyent les Gilets jaunes. Les syndicats CGT des ports et docks ont voté leur soutien aux Gilets jaunes, a expliqué le responsable Hervé Caux: «Beaucoup de nos salariés sont des gilets jaunes et le gouvernement est indécent. Pour le faire plier, il faut qu’on soit ensemble.»

Dans l’île de La Réunion, où Macron a menacé de faire intervenir les militaires contre les Gilets jaunes, les dockers ont rejoint les Gilets jaunes pour bloquer le Port Est, alors que seize blocages étaient encore recensés sur les principales routes de l’île.

Entretemps, hier, des milliers de Gilets jaunes continuaient à organiser des blocages à travers la France et en Belgique. Ils bloquaient des autoroutes près de Montélimar dans la Drôme, en Bretagne en Normandie, et dans les régions d’Agen, de Toulouse, de Narbonne et de Béziers. Ils bloquaient des grandes surfaces à Carpentras ainsi qu’à plusieurs sites en Belgique pour marquer le «Black Friday».

La question décisive est l’orientation de la lutte vers la classe ouvrière internationale qui entre en lutte à, et l’organisation des luttes de manière indépendante des syndicats. Les travailleurs sont confontés non à une lutte syndicale, mais à une lutte politique contre Macron et derrière lui l’ensemble de l’Union européenne. Pour cela, il est nécessaire avant tout de former l’avant garde marxiste des travailleurs.

Alors que Macron tente de faire réprimer les Gilets jaunes et d’imposer le retour au service militaire pour inciter au nationalisme et au militarisme, la lutte pour une orientation internationaliste, socialiste et révolutionnaire est critique. Car face à la détermination de l’aristocratie financière et de leurs représentants politiques d’imposer leur diktat à l’ensemble de la société, le développement des luttes dans la classe ouvrière posera inévitablement de plus en plus directement la question du transfert du pouvoir à la classe ouvrière.

La mobilisation des Gilets jaunes conserve pour l’heure un caractère politiquement hétérogène. Des forces de droite voire d’extrême-droite y interviennent, comme l’on a vu quand des Gilets jaunes dans la Somme ont dénoncé six migrants cachés dans la citerne d’un camion à la gendarmerie.

Mais à mesure que la classe ouvrière se mobilise de plus en plus contre Macron, les soutiens de droite des Gilets jaunes commencent à les abandonner. Laurent Wauquiez, le dirigeants des Républicains qui a rejoint la manifestation de samedi dernier, a fait savoir qu’il ne participerait pas à la manifestation aujourd’hui.

En même temps, certaines figures des Gilets jaunes prennent leurs distances publiquement de l’extrême-droite, à l’instar d’Eric Drouet, le chauffeur routier qui a lancé un des appels sur Facebook à l’origine du mouvement.

Il a écrit sur Facebook: «Il est important que chaque personne voulant participer à notre mouvement puisse le faire, qu’importe sa couleur, son origine, son orientation sexuelle, son sexe, sa religion. … Non les Gilets jaunes ne sont pas les moutons des nationalistes, fascistes et autres mouvances de tous les extrêmes au même titre que notre mouvement n’est représenté par aucun parti politique ou syndicat. Nous dénonçons que le gouvernement taxe les plus démunis pour enrichir les quelques ultra-riches.»