L'attaque de Macron contre les étudiants non-européens vise tous les étudiants

Par Francis Dubois
26 novembre 2018

L‘annonce par le premier ministre Édouard Philippe il y a une semaine que le gouvernement imposera aux étudiants étrangers extra-européens une augmentation faramineuse de leurs droits d‘inscription, témoigne de sa volonté d'en finir avec tous les acquis fondamentaux de la classe ouvrière. Il poursuit une politique d‘extrême-droite.

A partir de la rentrée 2019, ces étudiants devront débourser 2770 euros au lieu de 170 pour s‘inscrire en licence, et 3770 euros pour un master ou un doctorat contre 243 et 380 euros jusque là. La mesure impactera surtout les étudiants africains qui représentent près de la moitié des 100.000 étudiants frappés par ces hausses.

Philippe n'a pas caché vouloir attirer en France les étudiants les plus riches tout en se débarrassant de ceux qui travaillent pour financer leurs études et dont les familles font d'énormes sacrifices. Sa stratégie était d‘ «opérer une forme de révolution pour que notre attractivité ne soit plus tant fondée sur la quasi-gratuité que sur un vrai choix... celui de l’excellence.» Un label, cyniquement baptisé «Bienvenue en France», doit être attribué aux universités qui recruteront les étudiants étrangers fortunés.

L‘annonce de la décision a catastrophé les étudiants africains, qui viennent surtout du Maghreb et d‘Afrique occidentale et subsaharienne. «Beaucoup d’étudiants nous ont sollicités,... ils sont très inquiets. Certains ne pourront pas poursuivre leurs études en France, et on va se retrouver avec des jeunes qui vont soit rentrer chez eux, soit rester ici sans papiers.…» a dit un représentant de l‘Union des étudiants algériens de France.

«Ça m’inquiète, beaucoup d’étudiants étrangers vont renoncer à des études en France», a expliqué au site web 20 Minutes, Camara, étudiant guinéen de l'université d'Artois, en France depuis trois ans. Le lanceur d‘une pétition en ligne écrit qu’ «en réalité, cette réforme va avoir une seule conséquence: fermer les portes de l’université à tous les étudiants qui comme moi n’ont pas les moyens de payer aussi cher!»

Nombreux sont ceux qui relèvent le caractère xénophobe de ces mesures.«Les choses sont claires maintenant: ils ne veulent plus de nous», a dit Oumar, un étudiant guinéen de 21 ans. «C’est la panique, ajoute-t-il. Les plus défavorisés se demandent s’ils vont devoir faire leur valise.»

Brahim, un étudiant tchadien a déclaré dans une vidéo sur le web qu'«avec cette décision, il est clair que beaucoup d'étudiants africains, mais pas seulement, sont interdits de venir étudier en France.» Il a ajouté, «c‘est absolument discriminant ».

Mais le principe avancé par le gouvernement Macron va beaucoup plus loin que la seule hausse des frais universitaires pour les étrangers hors UE. Il signifie que chacun doit à présent financer ses propres études et sa propre éducation. Il entraîne la fin de l‘enseignement supérieur universel et public et des études financées par l‘État et finalement du droit de tous aux études. La brèche taillée dans ce droit sera élargie à l‘enseignement public et gratuit en général.

Cette politique éliminera des universités et des grandes écoles tous les étudiants à revenus modestes qui, s‘ils veulent étudier, devront s'endetter massivement. Elle créera un vaste secteur financier basé sur l‘usure (plus l‘endetté met de temps à rembourser, plus sa dette augmente) créant une population d‘ «esclaves de la dette» dont la vie est un cauchemar.

Le modèle de cette politique est celle introduite par les travaillistes en Angleterre sous Tony Blair, qui ont cassé la quasi-gratuité des universités. Ils ont introduit les deux premières hausses massives de frais universitaires au début des années 2000, après avoir fait de bourses d‘études largement répandues des «emprunts» à rembourser, produisant une hausse massive de l‘endettement étudiant. En 2009, le gouvernement conservateur de David Cameron a d‘un coup triplé les frais, les portant de 3000 à 9000 livres (10200 euros) et interdisant de facto l’accès à l‘université tous les ans à des dizaines de milliers d‘étudiants.

Selon l‘IFS (Institute for Fiscal Studies), les étudiants sortent de l‘université avec une dette entre 43.000 et 57.000 livres (65.000 euros) en moyenne. La seule charge des intérêts peut aller jusqu‘à 40.000 livres (45.500 euros) avec des échéances de plus de trente ans. En 2017, la dette étudiante britannique dépassait 100 milliards de livres.

Aux Etats-Unis, 44 millions d'Américains sont endettés dû au financement de leurs études. Près d'un cinquième doivent plus de 100.000 dollars. L‘impact sur la vie des jeunes diplômés est terrible, une personne endettée ne pouvant ni obtenir de logement, ni fonder une famille, ni souvent trouver un emploi correspondant à ses diplômes. L'augmentation des frais, les taux d'intérêt massifs et les difficultés à trouver un emploi adéquat ont fait que huit millions d'étudiants sont «insolvables». Aux Etats-Unis, la dette étudiante a dépassé les 1.500 milliards de dollars en 2018.

Un rapport de la Cour des comptes thématisé le 21 novembre par Le Monde et intitulé «Les droits d’inscriptions dans l’enseignement supérieur public» montre que c‘est bien là la politique poursuivie par le gouvernement Macron. Cette institution propose une augmentation drastique, pour les étudiants français et européens, des droits d’inscription, d‘abord en master. Ils passeraient de 243 à 965 euros en master et de 380 à 781 euros en doctorat.

La politique de l‘UE, de réduction brutale des dépenses publiques et de privatisation de tous les secteurs essentiels de la vie sociale, fait que tous les gouvernements capitalistes européens, quelque soit leur couleur, se dirigent vers l‘abolition de la gratuité de l‘enseignement, un acquis essentiel de la classe ouvrière. Confrontés à une opposition croissante de la population travailleuse, ils se dirigent tous vers des politiques xénophobes et fascisantes.

Dans le Land allemand de Bade-Würtemberg, les Verts et la CDU (conservatreurs) ont instauré en mai 2017, avec les mêmes prétextes absurdes que le gouvernement Philippe aujourd‘hui, une hausse drastique des droits universitaires des étudiants extra-européens avec en même temps, pour tous, des frais de 650 euros par semestre pour un second cursus.

Dans le projet de loi, les étudiants étrangers étaient présentés comme des «personnes n‘entretenant pas de relations solides ni de relation organique étroite avec le milieu culturel et de vie allemand.» La mesure correspondait à une revendication de longue date du parti d’extrême droite AfD, que les étudiants étrangers hors-UE paient toutes leurs études, c’est à dire pour 10 semestres 150.000 euros. Un des objectifs était de monter les étudiants allemands contre les étudiants étrangers. L‘AfD d'autres Lands où de telles mesure sont envisagées fait à présent un éloge ardent du parti Vert.

Devant les protestations croissantes contre ces mesures, les principaux syndicats étudiants Fage et Unef ont fait quelques critiques du gouvernement, mais se sont bien gardées d’avertir les étudiants et la population de ce qui les menace et de mobiliser contre ces mesures. Ils avaient tous deux appelé à voter pour Emmanuel Macron en mai 2017. L‘UNEF s‘était rencontrée avec le gouvernement dès son élection en Mai 2017. Ils veulent, comme le reste de l’élite dirigeante, ménager le gouvernement Macron en plein mouvement des Gilets jaunes.