Le mensonge que les Gilets jaunes seraient des néofascistes violents s’effondre

Par Alexandre Lantier
28 novembre 2018

Autour de la manifestation à Paris, la France officielle a lancé un torrent d’invective politique contre les Gilets jaunes qui ont défilé samedi sur les Champs-Elysées. Les ministres, la police et la presse rivalisaient tous d’arguments pour dénoncer les dizaines de milliers de travailleurs, d’indépendants et de petits patrons qui manifestaient en portant des gilets jaunes comme étant «l’ultragauche», ou encore des néonazis. Il se fait que cette propagande était totalement fausse.

«Ce ne sont pas des Gilets jaunes qui ont manifesté, c’est la peste brune», a déclaré le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin, se faisant l’écho du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. Celui-ci avait traité les Gilets jaunes de «séditieux … qui ont répondu à l’appel de Marine Le Pen», la dirigeante néofasciste qui elle n’a ni manifesté sur les Champs-Elysées ni appelé à la violence.

La préfecture de police a justifié la brutalité de son dispositif en citant la menace posée par des «réseaux violents d’ultradroite et d’ultragauche». Marianne a dénoncé une «Ultradroite et ultragauche réunies, ces faux ‘gilets jaunes’ qui ont mis à sac les Champs-Elysées», alors que sur BFM-TV Ruth Elkrief s’inquiétait de «l’influence d’un certain nombre de partis … d’extrême droite et d’extrême gauche» sur les Gilets jaunes.

La presse de la pseudo-gauche petite-bourgeoise réactionnaire reprenait les mêmes insultes que Darmanin, afin de faire passer les Gilets jaunes pour des néofascistes virulents. Médiapart, proche du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) petit-bourgeois, attaque les Gilets jaunes pour avoir organisé «des manifestations très à droite», ou même pour être «un peu bruns.»

Samedi la police a lancé des arrestations en masse contre les manifestants prétendument les plus dangereux. Elle a épluché les vidéos des caméras de sécurité et les données électroniques récoltées par les hélicoptères qui survolaient exceptionnellement Paris. Ce week-end, 101 personnes étaient en garde à vue. Ceci devait permettre aux forces de l’ordre d’isoler le noyau dur des hordes d’antisémites génocidaires et d’anarchistes assoiffés de sang qui prenaient d’assaut la capitale dans l’imaginaire chauffé à blanc des ministres et des journalistes.

Qu’ont-ils découvert? Très simplement, rien. Les gardés à vue répondaient dans leur grande majorité au profil-type des Gilets jaunes: c’étaient des travailleurs venus manifester leur hostilité aux inégalités sociales et à la politique de Macron.

Le Figaro a avoué hier: «Aucun des gardés à vue arrêtés ce week-end à Paris lors de la fronde des Gilets jaunes n'était fiché, que ce soit à l'ultragauche ou à l'ultradroite. … Plusieurs tags et slogans laissés le long du parcours font d'ailleurs référence à l'ultragauche, notamment des logos anarchistes. Il faut cependant se rendre à l'évidence: la plupart ... sont en fait des coléreux ordinaires enhardis par l'anonymat de l'action collective. Ils sont ouvriers, mécaniciens, cuisiniers, charpentiers, maraîchers, plombiers, âgés pour beaucoup entre 20 et 30 ans.»

Parmi les Gilets jaunes jugés en comparution immédiate pour avoir prétendument présenté les plus grandes risques, un apprenti conducteur de bus de 25 ans, un surveillant de prison de 40 ans venu «manifester contre la dégradation du service public», et une mère célibataire qui aurait jeté de la peinture noire sur les forces de l’ordre.

Le risque existe sans doute que, dans l’absence d’une direction politique parmi les manifestants, des fractions de la bourgeoisie tentent d’y réagir en mettant en avant l’extrême-droite. Mais ce serait là une tentative de coiffer le mouvement d’une tête qui ne correspondrait aucunement aux aspirations à l’égalité, et à la préservation des droits démocratiques et des acquis sociaux, qui animent la vaste majorité des Gilets jaunes.

Pour le moment, les violences verbales déchaînées contre les Gilets jaunes par les ministres et les journalistes correspondent à la panique des milieux dirigeants face à un profond mouvement de colère ouvrière contre les inégalités sociales et contre Macron, le président des riches.

Entretemps, la presse découvre constamment des raisons pour effrayer les lecteurs avec des rumeurs que parmi les travailleurs surgissent les forces contre-révolutionnaires les plus sanguinaires. Est-ce que se cachaient, derrière les fleurs-de-lys d’un drapeau nationaliste breton, les fleurs-de-lys d’un drapeau monarchiste français? Marion Maréchal Le Pen, la dirigeante néo-fasciste proche de la très monarchiste Action française, est-elle allée sur les Champs-Elysées, et avec qui?

Nous ne dispons pas d’information concrètes sur ce sujet, mais Maréchal Le Pen a laissé en tout cas un témoignage dépité sur la manifestation des Gilets jaunes qui n’est pas sans intérêt. Arrivée sur les Champs-Elysées à 14h samedi, elle a conclu que l’avenue était occupée par des communistes dangereux: «Le mouvement était totalement phagocyté par des militants d'extrême gauche. On entendait des ‘A mort le capitalisme!’ Si c'est ça l'ultra-droite, elle a bien changé.»