Il y a 25 ans : la Belgique secouée par la grève générale

Par WSWS
29 novembre 2018
La gare de Bruxelles déserte durant la grève générale

La plus grande grève générale du pays depuis 1936 a paralysée la Belgique le vendredi 27 novembre 1993, dans le contexte d’une vague de luttes ouvrières dans toute l’Europe occidentale. La grève générale a été organisée par des syndicats sociaux-démocrates et chrétiens contre les mesures d’austérité du gouvernement de coalition qui réunissait les partis démocrate chrétien et social-démocrate. La grève a été particulièrement efficace dans l’arrêt des transports publics. Les trains internationaux ont dû être déviés, dans la plupart des hôpitaux il n’y avait qu’un service d’urgences qui fonctionnait. Les routes menant à l’aéroport de Bruxelles ont été coupées, et la plupart des vols ont été fortement perturbés. Le port d’Anvers était déjà bloqué le jeudi.

Les travailleurs ont organisé des piquets de grève devant les grandes usines, et organisés des manifestations massives dans les principales autres villes comme Charleroi, Liège, Limbourg et Anvers. De nombreuses grandes surfaces et écoles ont été affectées. La plupart des journaux ne sont pas parus et les chaînes de radio et de télévision n’ont maintenu que des programmes réduits.

Le gouvernement du Premier ministre Jean-Luc Dehaene, un social-démocrate, cherchait à obtenir l’accord des syndicats pour un « pacte social » qui contenait des propositions pour un gel des salaires de trois ans et des attaques massives sur la sécurité sociale et les retraites. Parmi ces mesures, il y avait l’introduction d’un contrôle des allocations familiales, ainsi qu’un recul du temps de travail nécessaire pour que les jeunes aient droit au chômage après leur premier emploi, passant de 6 mois à 9 mois ; dans un contexte d’augmentation de 50 % du chômage en 2 ans.

Craignant de perdre le contrôle de leur base, les syndicats ne pouvaient pas accepter un train de mesures aussi ouvertement anti-ouvriers. Ils ont quitté les négociations en appelant à une série de grèves et le gouvernement a déclaré qu’il ferait passer le projet unilatéralement.

La fédération syndicale « socialiste » FGTB/ABVV a clairement dit qu’elle n’essaierait pas de faire tomber le gouvernement. Le dirigeant du syndicat Robert Vorhamme a déclaré que cela ne ferait qu’ouvrir la porte à l’opposition parlementaire de droite, le Parti libéral, déclarant à la presse « nous disons explicitement que nous ne faisons pas grève pour que le gouvernement soit remplacé par un autre gouvernement plus conservateur. Certainement pas ! Ce que nous voulons c’est que le gouvernement écoute ce que nous disons. »

« Nous sommes prêts à faire notre part dans cette opération, nous sommes prêts à ce qu’il n’y ait pas d’augmentation de salaires en 1995 et 1996. Nous sommes prêts à certaines coupes dans la sécurité sociale. Nous sommes prêts à des mesures sur le chômage, mais en face de cela, les employeurs ne proposent rien sur le plan fiscal, ce n’est pas juste. »

D’autres grèves et manifestations ont éclatées dans une demi-douzaine d’États européens, dont l’Espagne ou des centaines de milliers de manifestants ont défilé contre les mesures d’austérité ; l’Italie où les cheminots ont organisé une grève de 24 heures, la France où les travailleurs de 16 entreprises publiques parmi lesquelles Renault et Elf-Aquitaine ont manifesté contre les coupes sociales et les projets de licenciements massifs ; ainsi que des manifestations en Allemagne, en Autriche et en Grande-Bretagne.

(Article paru d’abord en anglais le 26 novembre 2018)