La provocation de l'Ukraine en mer d'Azov

Par Clara Weiss et Andre Damon
30 novembre 2018

Dimanche, des navires de guerre ukrainiens sont entrés dans les eaux revendiquées par la Russie près de la Crimée, ce qui a amené les garde-côtes russes à tirer sur trois navires ukrainiens et à les saisir. Le président ukrainien Petro Porochenko a réagi en déclarant la loi martiale et en mettant l’armée en état d’alerte, déclarant que «l’Ukraine est sous la menace d’une guerre totale avec la Russie».

La crise actuelle est la confrontation militaire directe la plus importante entre la Russie et l’Ukraine, les deux plus grandes armées permanentes d’Europe, depuis le début de l’année 2014, lorsque le coup d’État d’extrême droite à Kiev, orchestré et financé par l’Union européenne et l’impérialisme américain, plongea la région dans une crise perpétuelle.

L’impasse dans la mer d’Azov est la dernière d’une série de provocations organisées par l’impérialisme américain et ses alliés – depuis le coup d’État en Ukraine jusqu’aux nombreuses prétendues attaques au gaz en Syrie, en passant par l’empoisonnement de l’ancien agent double Skripal en Angleterre et la prétendue «ingérence» russe dans les élections américaines – visant à créer le prétexte à des sanctions et une agression militaire contre la Russie.

Comme à chaque provocation du régime Porochenko contre la Russie ces dernières années, l’OTAN, l’UE et les États-Unis ont immédiatement pris le parti de l’Ukraine dans l’affrontement actuel, dénonçant l’action de la Russie comme un acte «d’agression» et une «violation du droit international».

L’hypocrisie de Washington ne connaît pas de limites. Un jour plus tôt, l’Administration Trump avait blanchi le meurtre effronté du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, déclarant qu’il n’y avait aucune preuve que le prince héritier saoudien avait fait quelque chose de mal.

Porochenko a annoncé que le secrétaire d’État américain Mike Pompeo lui avait assuré que Washington lui fournirait «un soutien total, une assistance complète, y compris une assistance militaire».

La provocation de l’Ukraine survient quelques jours à peine avant une rencontre prévue entre le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine lors du sommet du G20 en Argentine, qui se tiendra vendredi et samedi.

Les médias alignés sur le Parti démocrate, qui mènent depuis plus de deux ans une campagne hystérique contre Trump sur la base de sa prétendue position «molle» à l’égard de la Russie, ont immédiatement saisi l’incident pour faire pression sur le président américain afin qu’il «résiste à Poutine», comme le New York Times le disait.

Dans un éditorial publié mercredi, le Times a appelé les États-Unis et leurs alliés à «imposer des sanctions plus sévères, à interdire à leurs navires d’entrer dans les ports russes en mer Noire ou en mer d’Azov ou à accroître leur soutien militaire à l’Ukraine». Il a reconnu que «ces actions comportent toutes des risques», sans préciser le danger d’une confrontation militaire qui pourrait rapidement impliquer les deux plus grandes puissances nucléaires du monde.

Le Washington Post, pour sa part, a déclaré: «L’agression de M. Poutine devrait affecter l’accueil qu’il reçoit de M. Trump au sommet du G20 à Buenos Aires... M. Trump pourrait envoyer un message en refusant de rencontrer M. Poutine; s’il va de l’avant avec une réunion bilatérale, il devrait commencer par dire au dirigeant russe que son agression contre l’Ukraine est inacceptable et aura des conséquences».

Des éléments au sein de l’État américain et des médias d’entreprise sont déterminés à empêcher la répétition du Sommet d’Helsinki de cet été, qui a déclenché des dénonciations de Trump en tant que «traître» et «agent russe». Depuis lors, l’Administration Trump s’est retirée du Traité sur les missiles intermédiaires (INF) avec la Russie, qui interdisait aux deux pays de développer des missiles nucléaires à courte et moyenne portée.

Porochenko a fabriqué cette crise quelques mois seulement avant les élections présidentielles en Ukraine, que le président impopulaire est presque certain de perdre. La déclaration de la loi martiale donne à Porochenko et aux militaires des pouvoirs étendus, y compris le droit de perquisitionner dans les appartements et de fouiller les voitures, de restreindre la liberté de la presse, de censurer Internet et d’interdire les manifestations. Les actions de Porochenko visent autant la population ukrainienne que la Russie.

À la suite des événements de cette semaine, l’Ukraine et la Russie sont maintenant au bord d’une guerre majeure qui pourrait rapidement impliquer les puissances impérialistes. Le magazine Time a écrit que la crise de la mer d’Azov avait le potentiel de devenir une deuxième crise du golfe du Tonkin, qui fut le prétexte en 1964 pour l’implication directe de l’armée américaine au Vietnam.

Mercredi, la Russie a annoncé qu’elle allait déployer un autre système de missiles sol-air S-400 en Crimée. Les médias russes ont mis en garde contre une «guerre majeure» qui coûterait des milliers de vies humaines des deux côtés.

La crise de la mer d’Azov confirme pleinement l’avertissement lancé par Le Comité international de la Quatrième Internationale en 1991 que la dissolution de l’Union soviétique ouvrirait une nouvelle période historique de guerres impérialistes. L’affaiblissement de l’influence de la Russie dans la région de la mer Noire, qui a toujours été d’une importance géostratégique majeure pour la Russie en tant que porte d’entrée vers la Méditerranée et le Moyen-Orient riche en énergie, a été un élément central des efforts de l’impérialisme américain pour mettre sous son contrôle direct toutes les ressources de la vaste masse terrestre précédemment couverte par l’URSS.

Si, en 1991, la Turquie était le seul État membre de l’OTAN bordant la mer Noire, aujourd’hui tous les États bordant la mer Noire, à l’exception de la Russie elle-même, sont soit des membres de l’OTAN, soit des régimes de droite, anti-russes, et proaméricains, qui ont été instaurés par des «révolutions de couleur» (Ukraine et Géorgie) organisées par les impérialistes.

Le régime de Poutine n’a aucune réponse à la pression sans cesse croissante de l’impérialisme, si ce n’est de combiner des tentatives de parvenir à un accord et l’incitation au nationalisme et au militarisme dans son pays. Conséquence directe de la destruction stalinienne de l’Union soviétique, ce régime, qui représente une oligarchie criminelle, craint un mouvement de la classe ouvrière russe plus que toute autre chose, y compris une attaque potentielle de l’impérialisme.

La témérité extraordinaire des va-t-en-guerre impérialistes et de leurs laquais d’extrême droite en Europe de l’Est ne peut s’expliquer que par la crise profonde du capitalisme américain et mondial et la croissance de la lutte des classes. Cette année a vu une recrudescence des luttes de la classe ouvrière en Iran, en Inde, en Europe et aux États-Unis, le centre de l’impérialisme mondial.

Ces luttes fournissent la base matérielle pour s’opposer aux objectifs de guerre de l’impérialisme américain. Ce qu’il faut, c’est la construction de sections du Comité international de la Quatrième Internationale, y compris en Ukraine et en Russie, comme leaders d’un mouvement socialiste antiguerre de la classe ouvrière internationale.

(Article paru en anglais le 29 novembre 2018)