La mobilisation des grévistes, lycéens et «gilets jaunes» ébranle Macron

Par Francis Dubois et Alexandre Lantier
1 décembre 2018

Alors que les «gilets jaunes» manifestaient hier en France et en Belgique, des milliers de lycéens ont bloqué leurs établissements en France. Les jours précédents, plusieurs grèves avaient éclaté dans les hôpitaux, le rail, le pétrole et le nucléaire. Avant un deuxième samedi de manifestations sur les Champs-Elysées aujourd’hui, la mobilisation s’est intensifiée et la panique du gouvernement a éclaté au grand jour dans la presse.

A Bruxelles, des centaines de «gilets jaunes» belges, mobilisés contre l’austérité et pour exiger la démission du premier ministre de droite, Charles Michel ont scandé: «Le peuple c’est nous, Charles Michel, t’es fini». Quand la police a voulu les disperser avec des lances à eau, des affrontements ont éclaté pendant lesquels deux véhicules de police ont brûlé. Vers 17h, le bourgmestre, Philippe Close, a interdit la manifestation et menacé d’arrêter tout manifestant dans le centre-ville. Les premiers reportages faisaient état de 74 arrestations et 12 policiers blessés.

En France, des lycéens ont bloqué une cinquantaine d’établissements pour marquer leur soutien aux «gilets jaunes», ainsi que leur opposition à la réforme universitaire et au rétablissement du service militaire. Louis Boyard, le président de l’Union nationale lycéenne, a dit: «Ce n’est pas une manifestation très parisienne, c’est une révolte rurale et provinciale des lycées abandonnés par la politique d’Emmanuel Macron. Les lycées qui bloquent aujourd’hui ne sont pas les lycées qui habituellement se mobilisent pour ce genre de manifestations.»

En même temps, de nombreuses grèves éclataient ou étaient en cours: des transports en commun à Lyon et au Mans, des agents municipaux à Marseille, de la raffinerie de La Mède, de la centrale nucléaire de Flamanville, des fonderies du Poitou, ainsi que de plusieurs hôpitaux.

Alors que des milliers de personnes se rendaient à Paris hier de toute la France, la capitale française était quadrillée par des milliers de policiers armés de fusils d’assaut et de matériel anti-émeute sous les ordres d’un gouvernement qui agit comme s’il était en état de siège.

Le justification officielle pour la répression des «gilets jaunes», que ceux-ci couvriraient une attaque sur la police par une alliance sournoise de «l’ultragauche» avec «l’ultradroite», n’est qu’une provocation absurde. Une lame de fond d’opposition des travailleurs de toute l’Europe à des décennies d’austérité et de militarisme ébranle les fondements de gouvernements réactionnaires en France, en Belgique et au-delà.

Sur les journaux télévisés en France, on citait des travailleurs qui dénonçaient les insultes du président-banquier Macron de contre les travailleurs, à présent gravées dans la mémoire de tous: que les opposants à sa politique sont des «fainéants», qu’un Français n’a besoin que de «traverser la rue» pour trouver un emploi, etc.

Les «gilets jaunes» revendiquent la hausse immédiate du pouvoir d’achat, l’arrêt du pillage de ceux qui travaillent par les super riches, la démission de Macron, la fin de la casse sociale et l’arrêt de son armée européenne. Cela leur vaut une écrasante popularité.

Selon les sondages officiels, 84 pour cent des Français comprennent la colère des «gilets jaunes», 81 pour cent estiment que Macron n’est pas à l’écoute de leurs revendications, et 75 pour cent soutiennent leur action. Sur BFM-TV, Thierry Arnaud a qualifié les sondages de «catastrophiques»; sur RTL, Alain Duhamel s’inquiétait que «le gouvernement a perdu la bataille de l'opinion».

Les dissensions d’un gouvernement en décomposition fuitent à présent dans tous les sens dans les médias. Jeudi, Macron se voulait encore intraitable et déterminé à passer en force sur la hausse des taxes ainsi que le reste de son programme austéritaire. «Si je cède, on dira que je recule», disait-il, avant de minimiser benoîtement la gravité de la crise: «Ce n’est pas grave de dépenser du capital politique, pourvu qu’on fasse des réformes».

Philippe avait encore asséné mercredi: «Oui, le 1er janvier les taxes vont augmenter. Le Président l'a dit, on a fixé un cap et on va tenir ce cap… On ne revient pas dessus, on assume». Ceci lui a valu le commentaire frustré d’un député de droite selon lequel Alain Juppé, le premier ministre impopulaire et cassant qui a dû démissionner suite à la grève des cheminots en 1995, est «plus malléable que lui».

Hier, l’inquiétude a monté d’un cran. Le chef du Modem, allié de Macron, François Bayrou, a ouvertement attaqué Macron: «À un moment, on ne peut pas gouverner contre le peuple». Et pourtant, c’est manifestement la seule chose que ce gouvernement sait faire.

La mobilisation des «gilets jaunes» a été une première étape dans une lutte bien plus large qui pointe entre les travailleurs et des gouvernements austéritaires et militaristes à travers l’Europe. Une confrontation de classe entre les travailleurs et l’aristocratie financière se profile; elle sera une lutte politique sans merci. Pour mener cette lutte, il sera indispensable pour les travailleurs de construire leurs propres organisations de lutte, indépendantes des appareils syndicaux.

50 ans après la trahison de la grève générale de Mai 68 par le PCF stalinien et la CGT, il est primordial pour les travailleurs qui entrent en lutte de s’opposer aux tentatives de divers appareils syndicaux et politiques petit-bourgeois de récupérer leurs luttes afin de les étrangler. Il n’est pas difficile pour les travailleurs en lutte, méfiants vis-à-vis de ces appareils, d’en identifier des exemples.

Soudain la CGT, dont le chef Philippe Martinez a dénoncé les «gilets jaunes» et déclaré qu’il lui serait impossible de les rejoindre, a annoncé une manifestation demain à Paris.

Le NPA veut subordonner les manifestants aux syndicats. «Le mécontentement social accumulé depuis des années semble en mesure de s’exprimer plus clairement, plus radicalement. Faisons converger les mouvements des gilets jaunes et syndical», a tweeté l’ex-candidat du NPA à la présidentielle Philippe Poutou. Bref il veut que l’opposition des travailleurs et des jeunes soient récupérée par les appareils qui ont approuvé la loi travail et la casse de la SNCF avec Macron, et qui négocient actuellement avec lui la casse des retraites et le retour au service militaire.

La ligne de Jean-Luc Mélenchon, l’allié du PCF au sein de La France insoumise, va dans le même sens. Il a proposé à Macron de rétablir L’impôt sur la fortune, mais seulement parce que sa suppression de l’ISF est «en train de mettre le feu aux poudres». Mélenchon a supplié Macron de rétablir «l’ordre public» grâce à plus de «justice sociale» et, reprenant sa propre suggestion l’année dernière de devenir le premier ministre de Macron, lui a proposé une dissolution de l’Assemblée nationale, et donc de nouvelles élections.

Ces propositions suscitent une défiance large et méritée parmi les travailleurs. Quand Mélenchon a annoncé sa participation à la manifestation parisienne des Gilets jaunes samedi, on lui a répondu sur Twitter: «Restez chez vous», ou «Vous faites comme Marine Le Pen, vous essayez de les récupérer pour mieux tuer le mouvement... retournez discuter avec votre pote Macron.»

Le Parti de l’égalité socialiste interviendra pour défendre les organisations indépendantes établies par les travailleurs contre les tentatives par le NPA, Mélenchon et autres de les casser. Il expliquera également que le seul moyen pour les travailleurs d’avoir gain de cause dans cette lutte est de construire un mouvement politique visant à transférer le pouvoir à la classe ouvrière en France et à travers l’Europe, afin d’exproprier l’aristocratie financière.