Des lycéens solidaires des «gilets jaunes» bloquent leurs établissements

Par Alexandre Lantier
4 décembre 2018

Alors que les «gilets jaunes» ont prévu un quatrième samedi de manifestation ce week-end, des dizaines de milliers de lycéens à travers la France bloquent leurs établissements. Vendredi ils bloquaient une cinquantaine de lycées, mais hier environ 200 lycées à travers la France étaient touchés par des blocages. Les lycéens soulignent leur solidarité avec les «gilets jaunes» mobilisés contre Macron, leur opposition à la réforme du bac et à la sélection à l’université et leur opposition à son projet de retour au service militaire.

Des manifestants portant des gilets jaunes sont apparus non seulement en France mais aussi en Belgique et en Bulgarie, où ils bloquent des axes routiers, ainsi qu’aux Pays-Bas, et l’opposition à Macron et à l’austérité et à la vie chère qui sévissent à travers l’Europe continue à monter. Des annonces circulent sur Facebook selon lesquelles les raffineries feraient grève aujourd’hui our apporter leurs soutien aux «gilets jaunes».

La colère des travailleurs de la France et de toute l’Europe, accumulée sur de longues années, se mobilise contre les inégalités, les politiques austéritaires et militaristes de Macron et de l’Union européenne, et à présent contre la brutalité des forces de l’ordre envoyées attaquer les manifestants.

Après les confrontations entre forces de l’ordre et «gilets jaunes» samedi, les blocages hier ont touché au moins 20 lycées dans la banlieue est de Paris, 7 à Paris, 17 à Bordeaux, 13 à Marseille, 5 à Montpellier, plusieurs lycées à Lyon, quatre à Dunkerque et de très nombreux lycées à Toulouse. Des milliers de lycéens ont manifesté à Toulouse, à Dijon, à Nice, à Pau, et à Limoges, où des agriculteurs les ont rejoints pour déverser du fumier devant la préfecture de police.

«Nous sommes contre la réforme du lycée et de la fac, contre les changements à venir pour les classes de seconde et la plate-forme Parcoursup,» a dit Léa, en classe de première. «On se rallie aussi au mouvement des “gilets jaunes”, nous en portons, car nous sommes soucieux de notre avenir.»

«Il y a les classes surchargées mais on soutient aussi les 'gilets jaunes'. Pour nous, dans un an ou deux, l'essence on va aussi devoir la payer. On fait des études pour ne rien gagner», a déclaré un autre lycéen.

Les forces de l’ordre confrontent violemment les lycéens qui manifestent, et des échauffourées ont éclaté dans plusieurs villes. En région parisienne, des abribus et des véhicules ont brûlé lors de confrontations entre des centaines de lycéens et les policiers à Aubervilliers alors que des violences éclataient aussi à Chelles et à Gagny. A Dijon, des enseignants ont annoncé qu’ils exerceront leur droit de retrait après des intrusions dans leurs lycées pour marquer leur solidarité avec les lycéens.

A Toulouse, il y a eu huit blessés et la police a interpellé 11 lycéens après des confrontations entre lycéens et forces de l’ordre dans le quartier des Arènes. Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, a fermé plusieurs stations de métro dans la ville, dénoncé «l’extrême-gauche» en tant que responsable des manifestations et exigé que l’État réfléchisse à un retour à l’état d’urgence.

Entretemps, le rejet écrasant de Macron, le banquier président, continue à s’affirmer. Quand il s’est rendu sur les Champs Elysées dimanche pour constater les dégats suite à la manifestation samedi, les passants l’ont hué et ont scandé «Macron, démission!»

Des actrices ont affiché leur soutien aux Gilets jaunes, dont Brigitte Bardot et Pamela Anderson, qui a écrit sur Twitter: «Je déteste la violence … mais qu’est que la violence de ces gens et ces voitures de luxe brûlées comparée à la violence structurelle des élites françaises – et mondiales?» Anderson a ajouté qu’elle espérait que l’énergie des manifestants servirait à construire des «sociétés égales et égalitaires».

Des témoignages continuent à émerger de l’extrême violence que déchaînent les forces de l’ordre et les provocateurs qui travaillent avec eux contre les manifestants. Une dame de 80 ans est morte à l’hôpital à Marseille après avoir reçu une bombe lacrymogène en plein dans la figure quand elle essayait de fermer ses volets pour éviter de respirer le gaz lacrymogène. Un manifestant à Toulouse est dans le coma, entre la vie et la mort après avoir reçu un projectile de police, vraisemblablement un flash-ball, dans la tête.

Le «gilet jaune» Yannick Krommenacker a filmé une vidéo de son parcours dans la manifestation parisienne, intitulée «en marche pour la révolution» Il dit: «J'ai reçu un tir de flashball volontaire dans la main droite, celle qui tenait le téléphone. Puis, je suis tombé au sol. J'ai reçu des coups de pied au visage. J'ai perdu connaissance quelques secondes, avant d'être emmené à l'hôpital. La police m'a gardé 35 heures en garde à vue, mais aucune charge n'a été retenue contre moi, car les policiers ont bien compris que je n'avais commis aucune dégradation.»

Krommenacker a déposé plainte pour «violence avec arme» contre les policiers qui l’ont interpellé.

Des responsables dans les syndicats de police ont d’ailleurs confirmé que les forces de l’ordre infiltrent les manifs, où les «gilets jaunes» les accusent de violences visant à pourrir l’opinion et de discréditer les manifestants qui sont en leur grande majorité pacifiques. «Dans les mouvements d'ultra droite et d'ultra gauche, on collecte des renseignement en amont, via des infiltrations. Mais les gilets jaunes sont un mouvement récent et peu structuré», a dit le syndicaliste Guillaume Ryckewaert, ce qui nécessite donc une infiltration plus large et plus intense.

La réaction des milieux politiques, médiatiques et syndicaux officiels soulignent que l’élite dirigeante n’a aucune politique alternative à offrir. Murés dans une politique austéritaire rejetée par plus de 80 pour cent de la population, ces représentants de l’aristocratie financière ne trouvent d’autre réaction que d’appeler au rétablissement de l’état d’urgence et à l’intervention de l’armée contre les Français. La suspension des droits démocratiques en France serait dans ce cas très ouvertement relié à la tentative par Macron d’imposer le diktat des banques aux travailleurs.

L’Elysée a déjà fait savoir qu’on envisage de revenir à l’état d’urgence afin de tenter d’interdire les manifestations. Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux avait relevé dimanche que le ministre de l’Intérieur «Christophe Castaner a évoqué l'état d'urgence. ... le président de la République, le premier ministre et le ministre de l'intérieur (vont) faire d'abord un bilan de la journée d'hier et voir quelles sont les mesures que nous pourrions prendre …. parce qu'il n'est pas question que chaque week-end devienne un rendez-vous et un rituel de la violence.»

L’éditorial du Monde par Jérôme Fenoglio a insisté que les coups portés par les «Gilets jaunes» contre les forces de l’ordre «doivent être condamnés sans réserve» et dénoncé le «déferlement de rage et de haine qui s’est déversé, des heures durant, sur les quartiers huppés de la capitale.» Il a tenté de s’avancer en réconciliateur, se plaignant de la «remise en cause des corps intermédiaires», alors que les syndicats «seraient si cruciaux pour canaliser un mouvement social de ce type.»

Mais en fait, certaines parties de l’appareil syndical français exigent une répression violente des «gilets jaunes», envers lesquels les syndicats dans leur ensemble sont violemment hostiles. C’est le cas du syndicat Alliance-Police, proche des partis néofascistes, qui « dénonce la situation qui est ce soir insurrectionnelle.» Ce syndicat réclame «le renfort de l'armée pour garder les lieux institutionnels et dégager ainsi les forces mobiles d'intervention.»

Ces menaces soulignent la faillite du gouvernement Macron et des organisations syndicales à la botte de l’État et du patronat. Ceux-ci se dirigent à toute allure vers une dictature. La seule voie pour aller de l’avant dans cette mobilisation de plus en plus large de la colère des travailleurs contre l’aristocratie est la construction de comités d’action, indépendants des appareils syndicaux, d’une avant-garde marxiste et d’un mouvement pour transférer le pouvoir à la classe ouvrière.