« La lutte contre les fermetures d’usines doit être considérée comme une lutte de tous les travailleurs »

Des étudiants à travers les États-Unis prennent la parole pour défendre les travailleurs de l’automobile

Par International Youth and Students for Social Equality (États-Unis)
10 décembre 2018

Le WSWS Autoworker Newsletter (Bulletin des travailleurs de l’automobile du WSWS) tient une réunion d’urgence ce dimanche 9 décembre à 14h à Detroit pour organiser une lutte contre la fermeture des usines. Nous exhortons les travailleurs et les jeunes à organiser leur participation. Faites-nous savoir que vous allez assister et partager l’événement sur Facebook.

Après l’annonce par General Motors (GM) que l’entreprise a l’intention de supprimer près de 15 000 emplois et de fermer cinq usines automobiles aux États-Unis et au Canada, les travailleurs de l’automobile ont été scandalisés et sont déterminés à riposter. Ils ont reçu l’appui de travailleurs de tout le pays, ainsi que de l’étranger, pour lancer une lutte unie contre les sociétés automobiles, indépendamment des syndicats. Les syndicats automobiles UAW et Unifor se sont intégrés à la direction de l’entreprise, partageant le butin de l’exploitation des travailleurs en échange de la suppression des grèves et de l’imposition de réductions des emplois, des salaires, des acquis et de la sécurité.

Pour mener une lutte fructueuse contre les géants de l’automobile, le World Socialist Web Site Autoworker Newsletter appelle à la formation de comités de base pour assumer les fonctions abandonnées depuis longtemps par l’UAW et Unifor, et afin de lutter pour la mobilisation la plus large de la classe ouvrière toute entière. La construction et le maintien de tels comités exigent une nouvelle stratégie politique de, par et pour la classe ouvrière, fondée sur l’internationalisme socialiste et indépendante des deux partis et des syndicats contrôlés par les entreprises. Les travailleurs de l’automobile discuteront de ces questions vitales lors de la réunion d’urgence qui se tiendra à Detroit le 9 décembre.

Dans le cadre de la préparation de la réunion d’urgence, des membres de l’International Youth and Students for Social Equality (IYSSE, Etudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale, EJIES) se sont entretenus avec des jeunes à travers les États-Unis au sujet des fermetures d’usines prévues, des conditions de travail des travailleurs et des jeunes et de la lutte pour organiser les travailleurs contre les licenciements de masse et les concessions qui leur sont imposées.

Comme dans le cas des attaques des entreprises contre les travailleurs, les conditions auxquelles font face les étudiants et les jeunes – endettement, chômage et hausse du coût de la vie – ont été à l’origine de l’opposition croissante au capitalisme. Les déclarations de soutien de la part des jeunes et des étudiants reflètent une position de solidarité envers les travailleurs de l’automobile.

Elijah, étudiant à la Wayne State University de Detroit, l’une des villes où les fermetures prévues vont frapper le plus durement, a expliqué aux membres de l’IYSSE sa propre expérience avec l’industrie automobile. « Mon père travaille dans l’automobile et je me souviens quand la crise financière a frappé et que beaucoup de gens ont perdu leur emploi. » Après le licenciement de sa mère en 2009, son père a dû assumer une charge de travail plus lourde. « J’ai vu une augmentation du stress sur lui. C’est plus qu’un simple tribut physique. Il y a aussi des conséquences psychologiques. Je pense que c’est ce qui est arrivé à beaucoup de familles après 2008. »

« Ce serait beaucoup mieux si les gens pouvaient avoir des emplois décents », a dit Elijah. « Je m’oppose catégoriquement aux licenciements dans l’industrie automobile et je soutiens les travailleurs. Si je pouvais dire quelque chose aux travailleurs de l’automobile qui luttent contre les fermetures, je leur dirais qu’ils ne sont pas seuls. Nous les soutenons ! »

Une autre étudiante de la Wayne State University, Almas, a exprimé la même colère au sujet des fermetures d’usines. « Si c’est ainsi qu’ils traitent les travailleurs aujourd’hui, je pense que l’avenir sera bien pire », a-t-elle dit.

Almas a parlé à l’IYSSE de ses propres difficultés pour payer l’université et a fait le lien avec les conditions des travailleurs en général. « Je pense que tout le monde a droit à un salaire décent », a-t-elle dit. « Beaucoup d’ouvriers ont des familles ! Ils doivent pouvoir subvenir à leurs besoins. »

Raechel, étudiante en sciences politiques à la San Diego State University (SDSU), a soutenu l’appel à lutter contre les licenciements collectifs.

« Ces fermetures d’usines montrent à quel point les entreprises contrôlent les travailleurs. Cela affectera toute leur vie – 15 000 personnes ! Les licenciements s’étendent aussi à d’autres industries, comme le travail dans les services. Une fois qu’une entreprise commence à le faire, d’autres prennent le train en marche. La lutte contre les fermetures d’usines doit être considérée comme une lutte de tous les travailleurs contre le chômage, les bas salaires et le contrôle des entreprises. »

Ethan est étudiant en économie à l’Université du Michigan qui a adhéré récemment à l’IYSSE. Il a décrit les licenciements et le rôle corrompu de l’UAW comme « une gifle au visage de la classe ouvrière ». Ethan a aussi parlé de l’histoire des travailleurs de l’automobile « qui ont versé leur sang, leur sueur et leurs larmes pour de meilleures conditions de travail. »

« Les socialistes du Parti pour l’égalité socialiste (SEP) et de l’IYSSE sont de nouveau prêts à être solidaires des travailleurs de GM pour conserver leur dignité et leur histoire contre la direction bourgeoise et la bureaucratie syndicale corrompue, en prenant l’exemple des grèves de 1936 et de la Bataille de l’overpass. »

Dans les années 1940 et 1950, les grèves de millions de travailleurs de l’industrie ont garanti le droit à des pensions et à des prestations de soins de santé payées par l’employeur, en plus de salaires et de niveaux de vie plus élevés. Cette transformation a été incarnée par Detroit qui, en 1960, avait le revenu par habitant le plus élevé de toutes les villes des États-Unis. La Motor City avait également le taux d’accession à la propriété le plus élevé et certaines des meilleures écoles publiques du pays. Aujourd’hui, la ville et les communes environnantes ont été détruites par des décennies de désindustrialisation.

« Detroit raconte l’histoire de l’ouvrier américain », a dit Blake, un étudiant en génie mécanique à l’Université de Portland State, dans l’Oregon. Il a noté qu’après la transformation de l’économie mondiale et la mondialisation complète de la production dans les années 1970, les usines automobiles qui couvraient autrefois la région du Midwest « gisaient comme des os, dévorées par le capitalisme. Tandis que les bénéfices des entreprises augmentaient, les villes qui leur avaient donné vie étaient abandonnées. »

Il a déclaré que l’anarchie du capitalisme, le marché libre comme on l’appelle, a permis aux sociétés automobiles de déplacer la production là où elles pouvaient le mieux exploiter les travailleurs et en tirer des profits. Contrairement aux attaques de plusieurs décennies contre les travailleurs aux États-Unis et à l’étranger, Blake est enthousiasmé par la lutte des travailleurs de l’automobile qui se prépare. « Il est temps de reconstruire la classe ouvrière, d’unir les travailleurs de toutes les industries et de tous les pays pour un monde meilleur. »

La destruction des emplois à salaires décents et des industries construites par la classe ouvrière affectera les conditions de la nouvelle génération, dont beaucoup devra faire face à une vie de pauvreté, d’endettement, de travail à bas salaire et de misère sociale avec la baisse continue de leur niveau de vie.

« Le capitalisme déprime systématiquement la classe ouvrière » et « tue les communautés ouvrières », a déclaré Jacob, un étudiant du Northern Virginia Community College. Il a expliqué qu’il était consterné d’apprendre les licenciements prévus par les constructeurs automobiles, étant donné l’impact qu’ils auront sur la vie de milliers de travailleurs. « Les riches sont tout simplement égoïstes. Les travailleurs ont aussi des familles. »

Ned, étudiant en sociologie de deuxième cycle à l’Université d’État de Portland, a été inspiré par l’appel à mener une lutte unie contre les licenciements de GM, ajoutant que la détermination des travailleurs sera une source de motivation pour les travailleurs et même les étudiants dans le monde entier. « La lutte qu’ils [les travailleurs de l’automobile] mènent – pour le droit au plein emploi, la dignité et la sécurité – est la lutte de tous les travailleurs à notre époque », a-t-il dit.

Emma, étudiante du Royaume-Uni qui participe à un programme d’échange à l’Université d’État de San Francisco, a abondé dans ce sens. « J’aimerais voir les travailleurs faire la grève. » Elle a ajouté que les travailleurs de l’automobile doivent lutter pour leurs propres intérêts contre les divisions imposées par les syndicats, les deux grands partis et le reste de l’establishment capitaliste. « Une grève ne peut pas se limiter à un seul magasin ou à une seule entreprise, il faut qu’elle soit unie. La classe ouvrière lutte au niveau international. »

Shuvu, membre de l’IYSSE de l’Université de Californie à Los Angeles, a déclaré le soutien du club aux travailleurs de l’automobile contre les trahisons de l’UAW et l’avidité des entreprises. « Au moment où les PDG et les dirigeants de GM et de Ford touchent des salaires et des primes records, ces entreprises éhontées réduisent les salaires des travailleurs et les licencient… Et que font les syndicats à ce sujet ? Absolument rien ! En fait, ces syndicats sont dans le coup et ont été pris plusieurs fois en train d’accepter des pots-de-vin des sociétés automobiles. »

« Les travailleurs de Detroit ne devraient pas tolérer ces injustices et devraient lutter contre elles. Comme la grève des gilets jaunes en France, il est maintenant temps de montrer au monde le pouvoir des travailleurs. Ces grandes sociétés n’ont du pouvoir que parce que nous les laissons faire, et tout ce qu’il faut, c’est une véritable révolte contre elles pour que leurs organisations s’effondrent. »

S’adressant directement aux travailleurs de l’automobile aux États-Unis, au Canada et dans le monde entier, Shuvu a déclaré : « Rompez avec les syndicats, formez des comités de base indépendants et lancez une grève, libres des chaînes des syndicats ! Le monde entier entendra votre voix et les travailleurs du monde entier se battront avec vous ! »

(Article paru en anglais le 8 décembre 2018)