Le ralentissement économique en Chine et les questions politiques posées à la classe ouvrière

Par Nick Beams
17 décembre 2018

Des chiffres publiés vendredi, montrant un ralentissement marqué de l’économie chinoise, soulignent les énormes dangers auxquels est confrontée la classe ouvrière aux États-Unis, en Chine et au plan international du fait de la guerre économique irresponsable et dangereuse menée par l’Administration Trump contre Beijing.

Selon des données du gouvernement chinois, la croissance des ventes au détail a été en novembre la plus lente depuis 15 ans et celle de la production industrielle la plus faible en presque trois ans. Le marché chinois de l’automobile, un élément-clé des ventes de détail, va connaître sa première baisse annuelle depuis les années 1990. Fait significatif, les effets des mesures de guerre commerciale de Washington commencent à peine à impacter les statistiques économiques, c’est à dire que les taux de croissance devraient encore baisser dans les mois à venir, après avoir atteint cette année leur plus bas niveau depuis la crise financière mondiale de 2008-2009.

Le ralentissement de l’économie chinoise fait partie d’un processus mondial. La croissance en Europe, après avoir augmenté en 2017, est tombée à son point le plus bas en quatre ans et le Japon a connu une contraction au troisième trimestre. Ces chiffres démasquent l’affirmation frauduleuse que l’économie mondiale a finalement «tourné la page» après la profonde récession provoquée par la crise financière il y a dix ans.

La réaction de Trump à l’annonce du ralentissement chinois souligne qu’une fois de plus l’économie mondiale se fracture d’une manière rappelant la décennie désastreuse des années 1930 ; cela avait aggravé la Grande Dépression et créé les conditions pour la Deuxième Guerre mondiale.

«La Chine vient d’annoncer que sa croissance économique est beaucoup plus lente que prévu en raison de notre guerre commerciale avec eux», a-t-il écrit sur Twitter. «Les États-Unis se portent très bien. La Chine veut conclure un accord important et très complet. Cela pourrait arriver, et assez bientôt!»

Vu de la perspective de «l’Amérique d’abord» du gouvernement Trump, l’économie mondiale est une sorte de jeu à somme nulle où les pertes subies par ses concurrents représentent un gain américain. Mais ce point de vue réactionnaire est contredit par les faits économiques. L’économie mondiale n’est pas la somme de parties nationales distinctes où une partie gagne au détriment de l’autre, mais un tout de plus en plus étroitement imbriqué, dans lequel le travail et le sort économique de milliards de travailleurs sont inextricablement liés.

Les recettes bidon et réactionnaires du nationalisme économique ont provoqué un désastre dans les années 1930. Aujourd’hui, elles créent les conditions d’une crise encore plus grave parce que le niveau d’intégration économique a augmenté de façon exponentielle par rapport à ce qui existait il y a plus de huit décennies.

L’idée avancée par Trump pendant sa campagne électorale que l’économie américaine pourrait en quelque sorte être déconnectée de l’économie mondiale et que les travailleurs américains pourraient en bénéficier si on «rend à l’Amérique sa grandeur» aux dépens de ses concurrents, est détruite par les événements. L’annonce de licenciements massifs dans l’industrie automobile et la menace de licenciements à venir sont une indication de ce fait économique. Une autre est la tourmente des marchés financiers provoquée par le ralentissement mondial et la guerre commerciale — le Dow Jones a perdu 500 points vendredi du aux nouvelles économiques venues de Chine — qui menace de déclencher une crise encore plus grave que celle de 2008.

Les travailleurs aux États-Unis et en Europe, secoués par la recrudescence de la lutte de classe qui s’exprime dans le mouvement des Gilets Jaunes, et ceux de tous les grands pays capitalistes, sont mis devant le fait qu’ils sont confrontés à un ennemi mondial commun, le système capitaliste.

De même, l'aggravation de la crise économique soulève des questions fondamentales de perspective politique pour la classe ouvrière chinoise.

Il y a plus de 40 ans, la direction maoïste-stalinienne chinoise, confrontée à l’impasse économique produite par son dogme nationaliste du «socialisme dans un seul pays», s’est tournée vers le marché capitaliste comme base de l’organisation économique de la société.

La perspective était que la restauration du capitalisme — accompagnée d’une répression sanglante de la classe ouvrière comme celle de 1989 — permettrait à la Chine de jouir d’un «essor pacifique» et d’échapper à l’emprise de la domination impérialiste.

Mais la croissance économique indubitable de ces 30 dernières années et la transformation de la Chine en premier centre manufacturier mondial n’ont pas permis de surmonter les grands problèmes historiques auxquels les masses chinoises font face. Au contraire, elles ont posé ces problèmes sous une forme nouvelle et encore plus explosive.

La dépendance du sort des travailleurs chinois de l’économie mondiale et leurs liens avec les travailleurs à l’échelle internationale ont été mis en évidence par la crise financière mondiale d’il y a dix ans, lorsque l’économie chinoise a plongé, plus de 23 millions de travailleurs perdant leur emploi pratiquement du jour au lendemain.

Le régime a réagi avec un vaste programme d’investissement gouvernemental et l’une des plus importantes expansions de crédit de l’histoire économique mondiale afin de soutenir la croissance économique et maintenir son pouvoir.

Mais ce programme, qui a mené à la construction massive de logements et au développement d’infrastructures, a vu la dette par rapport au produit intérieur brut passer de 143 pour cent à plus de 260 pour cent aujourd’hui.

Placé devant le fait que la poursuite de ce programme conduisait inexorablement à un désastre financier et à l’éruption de luttes sociales massives, le régime chinois dirigé par le président Xi Jinping a cherché à donner un nouveau fondement à l’économie en faisant progresser le développement industriel et technologique du pays – la base du programme «Made in China 2025».

Ce programme s’est cependant heurté de plein fouet à l’impérialisme américain, déterminé à empêcher l’essor économique de la Chine et son développement dans les domaines clés de la technologie avancée, le considérant comme une menace existentielle à sa prédominance économique et militaire.

Washington est déterminé à contrer cette perspective par tous les moyens nécessaire, y compris par un effondrement de l’économie chinoise, comme l’indique le dernier tweet de Trump ; et aussi, si nécessaire, par des moyens militaires. En témoignent les préparatifs en cours, qui vont s’intensifiant, de la part de l’establishment militaire et des services du renseignement américain pour la guerre. La seule politique que ces derniers accepteront est celle qui fera de la Chine une semi-colonie économique des États-Unis.

Mais l’opposition à ce programme impérialiste ne peut se fonder sur un nouveau tournant nationaliste ou sur le soutien aux manœuvres économiques, politiques et militaires du régime des oligarques capitalistes milliardaires dirigé par Xi Jinping. Il faut avancer une nouvelle perspective politique indépendante, fondée sur la logique de la lutte des classes.

Il y a des signes croissants d’une montée en puissance de la classe ouvrière chinoise et il est certain que ces luttes prendront des formes plus manifestes au cours de la période à venir ; les travailleurs chinois, comme leurs homologues américains et internationaux, font face à des licenciements massifs et à des attaques croissantes contre leurs conditions sociales.

Tout comme le programme du nationalisme économique est une impasse réactionnaire pour les travailleurs des États-Unis et des autres grands pays capitalistes, il l’est pour la classe ouvrière chinoise qui compte des millions et des millions de travailleurs.

La reconnaissance de ce fait de la vie économique et politique, qui se vérifie tous les jours dans les événements actuels, doit devenir le point de départ pour faire avancer une nouvelle perspective politique basée sur la reconnaissance qu’il n’y a aucune voie vers l’avant dans le système capitaliste du profit et de l’État-nation.

Le seul programme viable pour la classe ouvrière aux États-Unis, en Chine et au niveau international est l’internationalisme socialiste :la lutte commune de la classe ouvrière mondiale pour mettre fin au système capitaliste dépassé du profit et de l’État-nation, la source de la guerre et de la dévastation économique, et la construction du Comité international de la Quatrième Internationale, le parti mondial de la révolution socialiste, pour la diriger.

(Article paru d’abord en anglais le 15 décembre 2018)