Un réseau néonazi dans la police allemande

Par Peter Schwarz
27 décembre 2018

Le réseau néonazi de la police du Land allemand de Hesse est plus vaste qu’on ne l’avait cru. Jusqu’à présent, quatre policiers et une policière du centre-ville de Francfort qui ont échangé des symboles néonazis dans un groupe de discussion ont fait l’objet d’enquêtes et sont soupçonnés d’être responsables d’une lettre de menaces à l’avocate Seda Basay-Yildiz.

L’avocate, qui défendait les victimes du groupe terroriste néonazi NSU ainsi que l’islamiste Sami A, illégalement déporté en Tunisie, a été l’objet d’insultes racistes et sa fille de deux ans a été menacée d’être « massacrée » dans un fax signé « NSU 2.0 ».

Le quotidien allemand FAZ rapporte par la suite qu’un poste de police du district de Marburg-Biedenkopf a également été perquisitionné par rapport au réseau néonazi, et qu’il y a d’autres cas suspects dans d’autres postes, qui sont actuellement examinés par la police interne. Irene Mihalic, porte-parole des Verts pour les affaires intérieures au Bundestag et ancienne policière, demande qu’une enquête soit menée pour déterminer si les policiers ont mis en place un réseau national avec des personnes qui partagent les mêmes idées.

Pendant ce temps, des politiciens de tous bords feignent hypocritement la surprise et l’indignation, comme s’il s’agissait d’un cas unique exceptionnel, et tentent de minimiser l’importance des événements.

Peter Beuth (CDU), le ministre de l’intérieur du Hesse, responsable de la police, affirme que « tout comportement répréhensible, quel qu’en soit l’auteur, sera sévèrement puni ». Mathias Middelberg, membre de la CDU au Bundestag, met en garde contre le fait de placer la police sous « suspicion générale ». « Nos policiers sont aussi peu aveugles de l’œil droit que de l’œil gauche », dit-il. Il était certain que les autorités compétentes mènent une enquête sur ces allégations inquiétantes.

Omid Nouripour des Verts, membre du Bundestag, dont le parti gouverne le Hesse en coalition avec la CDU, a également défendu la police. Il a mis en garde contre les « préjugés ». « Le travail de milliers de policiers, qui travaillent souvent bien au-delà des limites de leurs fonctions, ne doit pas être discrédité. »

En fait, l’existence de structures terroristes d’extrême droite au sein de la police – ainsi que de l’appareil militaire et de sécurité – est bien connue. Ce n’est qu’en novembre que le magazine d’information Focus a révélé que la cellule terroriste autour du lieutenant Franco A. de la Bundeswehr se compose d’environ 200 soldats, des anciens et des actifs, de la Bundeswehr et s’étend au Commandement des forces spéciales (KSK) et au Service de contre-espionnage militaire (MAD).

Cependant, les réseaux radicaux de droite sont systématiquement dissimulés, passés sous silence et promus par les responsables politiques, les supérieurs hiérarchiques et les tribunaux. Voici quelques exemples parmi tant d’autres de l’extrémisme de droite au sein de la police :

* Le commissaire de police de Berlin Andreas T. avait une croix gammée, la rune de la victoire SS et les notes du chant de Horst Wessel [l’hymne officiel de la SA puis de l’Allemagne nazie, maintenant interdit de diffusion] tatouées sur le haut de son corps, et des photos encadrées d’Adolf Hitler et Rudolf Heß suspendues dans son appartement. Il a été suspendu de ses fonctions en 2007, mais a continué à percevoir son plein salaire pendant encore dix ans parce que le tribunal administratif et la Cour administrative supérieure ont décidé qu’il n’avait pas violé ses obligations en tant que fonctionnaire.

* Le policier berlinois et protecteur de l’État Edmund H. s’en est tiré avec une amende de 2750 euros et a été autorisé à rester en service après avoir envoyé à 21 collègues en 2014 des vœux de Noël avec des croix gammées, Adolf Hitler en costume de Père Noël, les slogans « Ho-Ho-Holocauste » et « Sieg-Heil », ainsi que le drapeau à croix gammée.

* Dans les proches du Parti national-socialiste souterrain (NSU), qui a assassiné neuf migrants et un policier entre 2000 et 2007, il y avait au moins une vingtaine d’informateurs des services secrets et de la police, dont les rôles n’ont jamais été clarifiés et qui n’étaient même pas autorisés à témoigner devant les tribunaux. Lorsque Halit Yozgat a été assassiné dans un cybercafé à Kassel, un employé des services secrets de Hesse, Andreas Temme, était présent. Il a été protégé par Volker Bouffier (CDU), alors ministre de l’intérieur de Hesse dont il est maintenant Premier ministre.

* Lorsque la police de Cologne a systématiquement effectué un profilage racial un an après le scandale exagéré du Nouvel An de 2016-2017 à Cologne, et a arrêté et contrôlé au hasard des hommes d’apparence étrangère, jetzt, le magazine en ligne pour la jeunesse du Süddeutsche Zeitung, a publié un long entretien avec un policier critique qui a dressé un tableau dévastateur du racisme et de la propension à la violence qui sévissent parmi les policiers.

L’escalade de la manifestation du G20 « Bienvenue en enfer » à Hambourg a été « un excès de violence provoqué délibérément », y compris par la police, a déclaré le policier. L’ancien maire de Hambourg et actuel vice-chancelier Olaf Scholz (SPD) « se lève et dit qu’il n’y a pas eu de violence policière » ; mais cela est « ignorant ». Les 30 enquêtes contre la police qui ont finalement été menées n’ont absolument rien à voir avec le vrai nombre d’agressions commises » par la police.

Les affrontements provoqués par la police lors du sommet du G20 ont servi de base à une campagne de dénigrement systématique contre les « extrémistes de gauche » et à des sanctions draconiennes contre les jeunes qui n’ont fait qu’exercer leur droit de manifester.

* Rafael Behr, professeur de sciences criminelles à l’Académie de police de Hambourg, a confirmé les déclarations anonymes du policier et expliqué pourquoi de telles conditions restent généralement cachées. Selon Behr, si le policier qui a fait la déclaration avait révélé son identité, il aurait lui-même été accusé. Il aurait dû s’attendre à une poursuite en diffamation – la loi de la fonction publique interdit la divulgation d’informations internes qui nuisent à la réputation de la police. Il aurait aussi été chassé de la police. « La trahison des camarades est un péché mortel. »

* Bien qu’il n’existe pas de statistiques officielles parce que les élections ont lieu au scrutin secret, de nombreuses indications montrent qu’un nombre supérieur à la moyenne d’officiers de police votent pour l’AfD. Il y a aussi de nombreux policiers parmi les fonctionnaires et les députés du parti d’extrême droite.

Le président du groupe parlementaire de l’AfD parlement du Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, Nikolaus Kramer, était commissaire de police. Il est membre de la Fraternité de Gothia nationaliste et soutient les actions du Mouvement identitaire. Durant l’été 2017, il a partagé dans un chat interne de l’AfD une photo de la division SS Adolf Hitler avec l’inscription « Un bloc noir [Black Block] n’est pas toujours mauvais, »

En Thuringe, Ringo Mühlmann, porte-parole de l’Office national de la police criminelle (LKA), est membre de l’exécutif de l’AfD depuis deux ans. Dietmar Gedig, commissaire de police à Solingen, est vice-président de la Junge Alternative (Alternative jeune) en Rhénanie du Nord-Westphalie. Il a provoqué un scandale en qualifiant la chancelière Merkel de « folle » et de « criminelle ».
On pourrait continuer cette liste indéfiniment.

Les fortes tendances d’extrême droite au sein de la police et la présence massive de la police au sein de l’AfD ne peuvent s’expliquer par des motifs individuels, tels que l’inclination des policiers aux politiques d’ordre public. Elles sont systématiquement promues et dissimulés par les politiciens, les médias et l’État, car la classe dirigeante revient aux méthodes de gouvernement des années 1930 face aux tensions sociales croissantes, aux conflits internationaux et aux bouleversements économiques. Elle ne connaît pas d’autre réponse à l’augmentation de la lutte des classes que la répression et la dictature ; elle ne connaît pas d’autre réponse aux rivalités mondiales que le militarisme et la guerre.

C’est un phénomène international. Aux États-Unis, le président Trump a fait marcher l’armée à la frontière mexicaine contre les réfugiés sans défense. En France, le président Macron a déployé 90 000 policiers lourdement armés contre les manifestations des gilets jaunes. Dans neuf pays européens, les extrémistes de droite sont déjà au pouvoir, tandis qu’en France et en Allemagne, ils sont le plus grand parti d’opposition. En Turquie, en Égypte, en Russie et dans de nombreux autres pays, la répression politique prend des formes de plus en plus brutales.

Christoph Vandreier, vice-président du Parti socialiste pour l’égalité (SGP), dans le livre Warum sind sie wieder da ? (Pourquoi sont-ils de retour ?), a soigneusement retracé comment ce virage vers la droite a été idéologiquement et politiquement préparé dans les universités, dans les médias et dans les partis politiques. Le SGP et son organisation de jeunesse, l’IYSSE (International Youth and Students for social equality – Etudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale, EJIES), qui ont porté l’attention sur ces machinations et se sont mobilisés contre elles, sont eux-mêmes entrés dans le collimateur des services secrets et des réseaux néonazis.

Mardi dernier, des radicaux de droite ont perturbé une réunion de l’IYSSE à l’Université Humboldt de Berlin. Parmi les fauteurs de troubles figuraient des membres de l’organisation de jeunesse de l’AfD, du Mouvement identitaire et de la Fraternité de Gothia. Cette mafia de droite a été incitée par le professeur Jörg Baberowski, professeur de l’extrême droite de Humboldt.

La grande majorité de la population réagit au virage vers la droite avec répugnance et rejet. Deux jours seulement après l’attaque contre l’IYSSE, le parlement étudiant (StuPa) de la HU a adopté à l’unanimité une résolution condamnant l’attaque contre la réunion de l’IYSSE des extrémistes de droite.

Mais dans les partis représentés au Bundestag, cette opposition massive à la droite ne trouve pas la moindre expression. La réponse du chef des services secrets, Hans-Georg Maaßen, au scandale de la NSU et au soutien ouvert à une marche de l’extrême droite à Chemnitz, est de centraliser et de renforcer les services secrets ; la réponse par rapport au réseau néonazi de la police est de réclamer encore plus de policiers. Cela vaut également pour le Parti de gauche.

La lutte contre le danger de la droite, la défense des droits démocratiques et sociaux et la lutte contre le militarisme sont indissociables. Ils exigent un mouvement indépendant de la classe ouvrière internationale contre le capitalisme, cause de la crise sociale.
Les conditions objectives d’un tel mouvement se développent rapidement, comme en témoigne l’augmentation des conflits sociaux et des protestations dans le monde. Mais il lui faut un programme, une perspective et une direction. Ceci implique la construction du SGP et des sections du Comité international de la Quatrième Internationale à travers le monde.

(Article paru en anglais le 20 décembre 2018)