La visite de Trump en Irak et la guerre sans fin au Moyen-Orient

Par Bill Van Auken
29 décembre 2018

La brève visite non annoncée de Donald Trump en Irak le lendemain de Noël avait un motif politique évident. Son apparition aux côtés des troupes, pendant 45 minutes en tout, visait à consolider son soutien au Pentagone et parmi les soldats après la démission de son secrétaire à la Défense, le général James Mattis, suite à sa décision de retirer les troupes américaines de Syrie.

C’était la dernière d'une longue série de voyages de ce type, à commencer par celui organisé par George W. Bush, un an après le lancement par les États-Unis d’une guerre catastrophique et criminelle contre l'Irak.

Comme Trump, Bush et son successeur, Barack Obama, avaient compris l'utilité d’apparaître devant des audiences en uniforme, que la discipline militaire force à applaudir des discours truffés de mensonges et de stupidités pour justifier les guerres sans fin opposées par la majorité de la population.

La performance du spéculateur immobilier new-yorkais devenu président était en accord avec cette tradition, mais plus bouffonne que celles de ses prédécesseurs. Il s’émerveilla d’avoir à se rendre en Irak sur l’avion Air Force One dans l’obscurité et avec une lourde escorte d’avions de combat américains.

«C’est assez triste quand on dépense 7;000 milliards de dollars au Moyen-Orient d’y arriver sous cette énorme couverture», a déclaré Trump.

Les résultats d'un quart de siècle de guerre américaine et européenne au Moyen-Orient sont effectivement «assez tristes». Outre les vastes ressources consacrées aux efforts impérialistes pour dominer la région, il y a les conséquences pour ceux qui y vivent, dont plus d'un million sont morts suite aux interventions de Washington et de ses alliés. Des dizaines de millions de réfugiés ont dû fuir leurs foyers.

L'invasion de l'Irak par les États-Unis et les guerres lancées par Washington et ses alliés en Libye et en Syrie ont entraîné des sociétés entières dans le chaos pour les laisser en ruines.

Fidèle à lui-même, le menteur et fanfaron irrépressible Trump s'est vanté que, lors de son entrée en fonction, les soldats n'avaient pas reçu d'augmentation de salaire depuis 10 ans et qu'il a imposé à ses collaborateurs une augmentation de plus de 10 pour cent pour les soldats. C’était une fabrication grossière et flagrante. L'augmentation s’élève à 2,4 pour cent, conformément aux augmentations similaires régulièrement accordées depuis dix ans. «J’ai fait un gros coup pour vous. J’ai fait un gros coup pour vous», répéta stupidement Trump.

Lors de son discours, il a aussi dénoncé ses opposants démocrates pour l’avoir privé de crédits pour construire son mur frontalier avec le Mexique. Il a dit aux troupes: «Vous savez, quand on y réfléchit, vous vous battez pour des frontières dans d'autres pays et ils ne veulent pas se battre, les démocrates, pour la frontière de notre pays. Cela n'a pas beaucoup de sens.»

Puis il a dédicacé des chapeaux rouges portant l’inscription de «Make America Great Again» (rendre la grandeur à l’Amérique) aux soldats, faisant fi des règles interdisant aux soldats de se livrer à des «activités politiques partisanes». Ceci n’était pas un oubli, mais un acte délibéré par l’administration fascisante de Trump pour se constituer une base au sein des forces armées.

Son discours était axé sur le programme «America First» qu’il met en avant depuis 2016. Il a décrit les guerres, et celle en Syrie en particulier, comme des transactions. « L'Amérique ne devrait pas se combattre pour tous les pays de la planète, dans bien des cas sans en être remboursée», a-t-il déclaré. «S'ils veulent que l’on se batte à leur place, ils doivent également payer un prix — et parfois, c'est aussi un prix monétaire — pour qu’on ne soit pas les pigeons du monde. On n’est plus des pigeons, les gars.»

En même temps, il s'est vanté de l'énorme budget militaire américain, qui dépasse déjà l’effort de défense collectif des huit puissances suivantes. «Vous avez de nouveaux équipements si beaux que vos yeux éclatent, n'est-ce pas?», a-t-il dit aux troupes en Irak.

Si ce discours national-populiste sur la fin de la guerre en Syrie peut bénéficier d'une certaine sympathie parmi des soldats soumis à des déploiements sans fin, l'élément-clé de son discours était la promesse que les États-Unis ne retireraient pas leurs troupes d'Irak. Trump a ajouté que la base aérienne d'Al-Asad où il parlait aux troupes, située entre Bagdad et la frontière syrienne, pourrait servir «si on voulait faire quelque chose en Syrie».

Selon le Washington Post, «Cette décision permet aux États-Unis de maintenir une présence au cœur du Moyen-Orient, un rempart contre l'influence iranienne, et une arrière base proche, au cas où les troupes américaines devaient rentrer en Syrie combattre l’État islamique».

Le mépris total pour la souveraineté irakienne qui caractérise ces projets était manifeste tout au long du voyage de Trump. Le Premier ministre irakien, Adel Abdul-Mahdi, n'a pas rencontré Trump; on l’avait prévenu à peine deux heures avant la visite de Trump pour le convoquer à la base américaine. Les deux principaux blocs du parlement irakien ont dénoncé la visite et appelé à voter l'expulsion des troupes américaines du pays.

La tempête déclenchée à Washington après la décision de Trump de se retirer de Syrie est entièrement motivée par des différends tactiques au sein de la classe dirigeante et de ses deux principaux partis, sur comment utiliser sa puissance militaire de l'impérialisme américain pour compenser le déclin de la position économique mondiale du capitalisme américain.

La politique d’«Amérique d’abord» de Trump reflète l’orientation d’une partie importante de la classe dirigeante, pour laquelle la concentration des forces américaines en Asie pour contrer la Chine est la priorité absolue. Cette fraction méprise les alliances internationales en faveur d'une une poursuite nationaliste, sans fard, des intérêts financiers et commerciaux américains.

Les opposants démocrates de Trump ne s’offusquent pas des massacres commis au Moyen-Orient, y compris sous couvert de lutte contre l’Etat islamique, quand Mossoul en Irak et Raqqa en Syrie ont été rasées, et des milliers de civils enterrés sous les décombres.

Au contraire, ils exigent une politique plus agressive visant à renverser le régime syrien et la préparation d'un affrontement direct avec les principaux alliés de Damas: l'Iran et la Russie. Leurs différends à pris de la Syrie sont liés à des allégations de collusion supposée entre Trump avec Moscou pour remporter les élections présidentielles de 2016. Ces allégations visent à imposer à Trump une politique plus agressive contre la Russie.

Ainsi le sénateur démocrate Chris Coons a déclaré dimanche que la décision de Trump de retirer des troupes de Syrie constituait «un beau cadeau de Noël à Vladimir Poutine de Russie et à l’ayatollah Khomeini de Iran».

Aucune fraction de la classe dirigeante américaine ne s’oppose à la guerre. La décision de Trump de retirer ses troupes de Syrie ne met pas fin aux visées de l’impérialisme américain sur les réserves de pétrole du Moyen-Orient. Elle fait partie des préparatifs tactiques de guerres bien plus dévastatrices à venir, en premier lieu contre les pays qualifiés par le Pentagone et le renseignement américain de «grandes puissances rivales» et «révisionnistes», à savoir la Russie et la Chine.

L'absence d'un mouvement anti-guerre de masse aux États-Unis et dans le monde est liée au rôle de la pseudo-gauche — des groupes qui se disent socialistes tout en justifiant guerres et massacres impérialistes en les traitant d’actions «humanitaires». Ils affirment ainsi que les opérations des milices islamistes financées par la CIA en Syrie constituent une «révolution démocratique».

Ces groupes, tels que les Socialistes démocrates d’Amérique (DSA) ou le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) français, ont gardé un silence discret sur la crise politique déclenchée par l'annonce de Trump du retrait de Syrie et la démission de Mattis. Ils attendent apparemment voir quelle ligne politique va prédominer dans les milieux militaires et du renseignement, pour mieux s’y adapter.

La lutte contre la guerre, y compris la menace d'une Troisième Guerre mondiale nucléaire, échoit à la classe ouvrière. Cette lutte nécessite le retrait immédiat et sans condition de toutes les troupes étrangères non seulement de Syrie, mais aussi d'Irak, d'Afghanistan, d'Afrique et des centaines de bases militaires de l’OTAN dispersées à travers le monde.

Ceux qui sont responsables de guerres impérialistes qui se sont soldées par le meurtre et la mutilation de millions de personnes — Bush, Obama, Trump et leurs principaux généraux et collaborateurs civils — doivent être poursuivis pour crimes de guerre.

Cela nécessite la construction d'un nouveau mouvement anti-guerre de masse, fondé sur la classe ouvrière, et qui lutte pour un programme d'internationalisme socialiste visant à unifier les travailleurs du monde entier dans une lutte commune contre le système capitaliste.

(Article paru en anglais le 28 décembre 2018)