Des échauffourées dans la ville allemande d’Amberg exploitées pour une campagne de droite

Par Marianne Arens et Peter Schwarz
7 janvier 2019

« Les néonazis sont soutenus par une grande partie de l’appareil d’État et sont délibérément renforcés et encouragés », affirme l’avant-propos du livre Warum sind die weider da ? [Pourquoi sont-ils de retour ?] de Christoph Vandreier, vice-président du Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l’égalité socialiste), publié l’année dernière en allemand par Mehring Verlag. Quiconque doute de cette évaluation devrait examiner les réactions face aux manifestations de « violence excessive » de la part des demandeurs d’asile dans la ville d’Amberg.

Dans cette ville, située dans l’est de la Bavière, quatre adolescents ivres âgés de 17 à 19 ans auraient attaqué et battu des passants. Douze personnes auraient été légèrement blessées, dont une jeune fille de 17 ans qui a reçu de brefs soins à l’hôpital à la suite d’une blessure à la tête.

Des adolescents ivres qui se battent et qui attaquent les passants, cela n’a rien d’exceptionnel en Allemagne et ne mérite généralement même pas d’être mentionnés dans la presse locale. « La réaction est totalement exagérée », a déclaré à Spiegel Online Michael Cerny, maire d’Amberg et politicien de l’Union chrétienne-sociale. Le fait que des demandeurs d’asile aient été impliqués dans cette affaire a été massivement exagéré par les médias nationaux.

Bien que les détails de ce qui s’est passé restent flous, les politiciens de Bavière et de Berlin se bousculent dans une surenchère de propositions de lois plus restrictives en matière d’asile. Le ministre fédéral de l’Intérieur, Horst Seehofer (CSU), a exigé : « Quand les demandeurs d’asile commettent des crimes violents, ils doivent quitter notre pays ! Si les lois existantes ne le permettent pas, il faut les changer. »

Le secrétaire d’État Stefan Mayer (CSU) a appelé à un isolement plus strict des demandeurs d’asile déboutés qui ne peuvent être expulsés immédiatement et a évoqué la possibilité d’imposer des conditions de résidence et d’obliger les demandeurs d’asile à se présenter régulièrement aux autorités, ou à porter des bracelets électroniques.

Bien que le ministre bavarois de l’Intérieur Joachim Hermann (CSU) a été contraint de reconnaître que l’expulsion n’était pas légalement possible dans aucune des affaires d’Amberg, il a insisté pour dire : « Nous mettons tout en œuvre pour changer cela ».

Le secrétaire général de la CSU, Markus Blume, a déclaré : « Quiconque piétine son droit d’être un invité a perdu ce droit », ce qui est presque mot pour mot la même déclaration que celle de Sahra Wagenknecht du Parti de gauche.

L’idéologue policier Rainer Wendt, toujours présent, s’est également exprimé, accusant les jeunes, qu’il ne connaît pas et qu’il n’a jamais rencontrés, d’avoir « une haine profonde pour notre État et les gens qui y vivent. »

Comme on pouvait s’y attendre, cette réaction a encouragé les néo-nazis à se manifester. Le Nationaldemokratische Partei (NPD) d’extrême droite a appelé à la création d’une armée de citoyens à Amberg et a publié des photos avec cette revendication sur Facebook. Les photos montrent des partisans du NPD portant des gilets de haute visibilité tout en patrouillant dans les rues avec le slogan « Nous créons des espaces sûrs ».

Jusqu’à présent, on ne sait pratiquement rien de ce qui s’est passé ce soir-là à Amberg. Presque tous les rapports proviennent d’une seule et même source, un communiqué de presse du présidium de la police bavaroise. Ce rapport extrêmement vague est fondé sur les déclarations d’un passager de train à la gare d’Amberg, qui a téléphoné à la police après avoir été prétendument attaqué par un des suspects.

Le communiqué poursuit : « Sur les lieux de l’opération, il a été révélé que des attaques ont eu lieu contre des passants à l’intérieur et devant la gare ». La police a ensuite arrêté quatre jeunes hommes comme suspects à 21 heures. Le rapport poursuit : « Au cours d’une enquête approfondie, il est apparu que, contrairement aux premières informations, trois autres personnes ont déclaré avoir été blessées ».

Le rapport est plein de phrases vagues, y compris des phrases comme « il a été révélé » et « il est apparu que ». Inexplicablement, la référence initiale est à un seul suspect, mais plus tard, on parle de « quatre jeunes hommes suspects », dont des « citoyens afghans, syriens et iraniens » ivres. Les communiqués ultérieurs ne parlent que de « personnes originaires d’Afghanistan et d’Iran ».

L’édition en ligne du magazine Focus indiquait qu’il avait réussi à contacter le passager du train qui avait téléphoné à la police. Le magazine l’a présenté sous le nom de Marco Steck, jardinier paysagiste qui travaille aussi occasionnellement comme agent de sécurité. Focus a décrit le jeune homme de 26 ans comme étant « puissamment bâti et trapu comme un lutteur […] Quiconque voit Marco Steck debout sur le quai à Amberg aurait du mal à croire que quelqu’un veuille se battre avec lui. »

Ses amis ont également été autorisés à prendre la parole, même si aucun d’entre eux n’a été témoin de l’incident. Un soldat nommé Marcel a dit qu’il était assis « au coin de la rue dans un bar » et qu’il regrettait de ne pas être arrivé sur les lieux au bon moment.

La question se pose : sont-ils les seuls témoins de l’affaire ? Des soldats qui n’étaient même pas présents, et un jeune homme travaillant à temps partiel comme agent de sécurité ? Est-il concevable que les jeunes hommes aient été non seulement ivres, mais aussi provoqués ? Compte tenu des informations faisant état de réseaux d’extrême droite parmi les soldats et la police, une telle hypothèse n’est nullement farfelue.

Il ne s’agit certainement pas d’une « orgie de violence » sensationnelle, comme Die Welt, Focus et Münchner Merkur l’écrivent actuellement. Plusieurs centaines d’opérations policières ont eu lieu dans le même quartier aux alentours de la Saint-Sylvestre. Dans un cas, un citoyen allemand de 37 ans a infligé des blessures potentiellement mortelles à deux Bulgares avec un couteau. Il n’est pas difficile d’imaginer ce qui se serait passé si l’auteur avait été un demandeur d’asile.

Peu après les échauffourées d’Amberg, un homme de 50 ans a délibérément a percuté avec sa voiture des piétons dans les villes de Bottrop et Essen. Quand il a été arrêté par la police, l’homme a dit qu’il voulait tuer des étrangers. Huit personnes, dont un garçon de 4 ans et une fille de 10 ans, ont été blessées, et une femme a subi des blessures graves.

Même s’il ne s’agissait pas là d’une simple échauffourée, mais plutôt d’une tentative de meurtre, les deux cas n’ont été évoqués qu’en passant. Le ministre de l’intérieur, Seehofer, a déclaré au journal Bild que « traiter les deux affaires de manière approfondie et ferme » était « une question de crédibilité politique ». Toutefois, il n’a pas fait référence à une « violence excessive » en ce qui concerne les événements de Bottrop et d’Essen.

À l’instar de ce qui s’est passé à Cologne la veille du Nouvel An il y a trois ans, et qui a également été très largement exagéré, la campagne sur Amberg sert à renforcer les forces d’extrême droite et à créer un État policier, qui ne vise pas seulement les réfugiés, mais l’ensemble de la classe ouvrière.

Les divisions sociales dans la société sont de plus en plus profondes et l’élite dirigeante se prépare à de nouvelles guerres. L’accord de coalition du gouvernement fédéral prévoit une augmentation des dépenses de défense pour atteindre 2 % du PIB, ce qui représente quelque 70 milliards d’euros. L’élite dirigeante ne peut réprimer l’opposition croissante aux inégalités sociales et au militarisme qu’en recourant à la violence. C’est pourquoi ils renforcent l’extrême droite et l’appareil d’État répressif.
(Article paru en anglais le 5 janvier 2019)