Une explosion de gaz fait quatre morts et des dizaines de blessés à Paris

Par Anthony Torres
14 janvier 2019

Samedi matin une explosion dûe à une fuite de gaz rue de Trévise, dans le 9e arrondissement de Paris a fait quatre morts et une cinquantaine de blessés, dont neuf grièvement. Alors que les investigations sont toujours en cours, cette tragédie a rapidement soulevé des questions sur l’incurie des pouvoirs publics et l’état délabré du réseau de gaz à Paris.

Vers 9 heures du matin, une déflagration dans une boulangerie a détruit le rez-de-chaussée d’un bâtiment, occasionnant de nombreux dégâts dans un rayon d’une centaine de mètres. Les sapeurs pompiers, qui avaient été appelés en début de matinée pour une fuite de gaz, se trouvaient déjà sur place. L’onde de choc de l’explosion a fortement endommagé les immeubles du quartier.

Parmi les victimes se trouvaient deux sapeurs-pompiers de Paris, Simon Cartannaz, 28 ans, originaire de Savoie, et Nathanaël Josselin, 27 ans, ancien pompier volontaire de l’Yonne, ont été tués par l’explosion. Le commandant des sapeurs-pompiers de Paris, Eric Moulin a expliqué qu’ «Ils se sont pris l’onde de choc très violente, de plein fouet».

On a identifié une troisième victime comme étant une touriste espagnole mère de trois enfants, venue passer une semaine de vacances sur Paris avec son mari, et qui logeait dans un hôtel face à l’immeuble. La quatrième victime a été retrouvée ensevelie dans les décombres de l’immeuble.

Deux cents pompiers sont intervenus après la déflagration; la police judiciaire était aussi présente en raison de la crainte d’une attaque terroriste. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, qui s’est rendu sur place a évoqué «un bilan humain lourd et grave».

L’explosion survenue au 6 rue de Trévise a fortement endommagé plusieurs immeubles adjacents et des rues Montyon, Sainte-Cécile et Bergère. Douze d’entre eux «restent inaccessibles jusqu’à nouvel ordre (et au minimum plusieurs jours)». Environ 150 habitants du quartier ont été évacués pour des raisons de sécurité, et ont dû être provisoirement relogés.

Alors que l’investigation se poursuit, cette explosion a attiré l’attention sur la vétusté du réseau de gaz dans la capitale, l’une des villes les plus riches de France.

Alexandre Vesperini, conseiller divers droite de Paris, membre de la commission supérieure de contrôle du gaz, chargée de contrôler l’état du réseau de Paris a déclaré dans une interview: «Le réseau parisien est en effet dans un état catastrophique. ... Je n’incrimine pas les gaziers, mais force est de constater que ce réseau, constitué au début du XXe siècle, est un véritable boulet meurtrier.»

Il a ajouté: «Les Parisiennes et les Parisiens doivent comprendre que l'état du réseau gazier pose un problème et qu'il va falloir que la maire de Paris Anne Hidalgo accélère la mise aux normes de ce réseau gazier qui pose un problème meurtrier.»

Poursuivant que pour les sapeurs pompiers, le «problème numéro un de Paris, c’est le gaz», l’élu a déclaré que « l’explosion qui a eut lieu samedi, m’en rappelle une autre, celle du numéro 4 de la rue Bérite (6ème arrondissement) en mai 2016 qui avait fait de nombreux blessés. »

La maire de l’arrondissement où l’explosion de gaz a eu lieu, Delphine Bûrkli a dénoncé Vesperini: «Cette polémique est indécente. Un petit malin veut se faire de la pub alors que l’enquête est en cours. Cela n’a aucun sens. L’heure est au recueillement, à l’aide aux victimes, à l’organisation d’urgence, pas à ce genre de débats.»

Ces critiques ont aussi été rejetées par GRDF, le gestionnaire du réseau de gaz, qui a déclaré que «50 millions d’euros étaient investis annuellement et 40 km de réseaux renouvelés» dans Paris. GRDF a estimé que seule l’enquête judiciaire serait à même de déterminer les causes du «dramatique événement».

L’explosion mortelle de samedi à Paris attire encore une fois l’attention sur les conditions désastreuses qui existent dans les centres des grandes villes françaises, parfois à quelques centaines de mètres de monuments connus internationalement.

A Marseille, il y a eu huit morts et deux blessés quand un immeuble s’est effondré rue d’Aubagne, dans un quartier populaire à proximité du Vieux-Port. La municipalité marseillaise avait laissé pendant des décennies ces bâtiments se dégrader, bâtiments que des notables de la ville achetaient pour ensuite louer les chambres à des gens dans le besoin, souvent des travailleurs immigrés. En même temps la mairie investissait des milliards dans le quartier de la Joliette pour en faire un centre d’affaires.

L’austérité profonde et sans fin menée par les gouvernements successifs, de droite comme du PS, qui ont imposé la politique de l’UE au profit des super riches a laissé des services publics exsangues et des infrastructures inadéquates et dangereuses. En même temps que l’État réduisait les dépenses sur les infraustructures et les services essentiels, il gavait les ultra-riches de cadeaux fiscaux obscènes.

En 22 ans de classement «Challenges», le produit intérieur brut (PIB) français a à peine doublé, passant de 1.259 milliards d'euros en 1996 à 2222 en 2017. Dans le même temps, la fortune des 500 personnes les plus riches de France du classement Challenges a été multipliée par sept, passant de 80 à 571 milliards d'euros de 1996 à 2017. La fortune cumulée des 10 Français les plus riches a été multipliée par 12.

Macron a supprimé l’ISF et les super-riches français ont la plus forte croissance de revenu dans le monde l’année dernière; Bernard Arnault a vu son capital augmenter de 22 milliards en un an. Dans le même temps, Macron a annoncé 300 milliards pour le financement de l’armée européenne et la modernisation de l’armée française et envoie des dizaines de milliers de CRS réprimer l’opposition politique des «gilets jaunes» chaque samedi.

L’aristocratie financière est incapable d’assurer les besoins vitaux et des infrastructures correctes pour répondre aux besoins vitaux les plus urgents de la population.