«Je veux que la classe ouvrière, la classe qui fait marcher la société, lutte pour une vie meilleure»

Matamoros, Mexique: un ouvrier d'une maquiladora, parle haut et fort

Par Alex González et Andrea Lobo
26 janvier 2019

Un travailleur de la maquiladora de Dura Automotive à Matamoros, Mexique, qui souhaitait s’appeler «Miguel» a parlé avec le World Socialist Web Site. Il a discuté de ses conditions de travail, sa vie à Matamoros, et ce qu’il pense d’une lutte commune de tous les ouvriers pour se battre pour une vie meilleure. Il a exhorté les ouvriers du monde entier à suivre le «modèle de Matamoros» en se révoltant contre leurs syndicats et en organisant un combat indépendant à travers les médias sociaux.

Miguel travaille dans l’un des 3.000 ateliers clandestins «maquiladoras» qui emploient plus d’un million de travailleurs du côté mexicain de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Les travailleurs des maquiladoras génèrent des milliards de dollars de profits pour des plus grandes entreprises du monde. Mais ils vivent au bord de la pauvreté et ils se font brutalement exploités, tant par les syndicats que par les entreprises.

Depuis 12 jours, plus de 70.000 travailleurs de Matamoros sont sortis en grève avec un grand courage en défiant leurs syndicats et les entreprises qui les intimident et les agressent physiquement pour tenter de les soumettre à nouveau. Mais les ouvriers de Matamoros en ont assez. Ils exigent une augmentation salariale de 20 pour cent, une prime de 1.500 euros, une réduction des cotisations syndicales, et une semaine de travail plus courte pour avoir plus de temps à consacrer à leur famille.

Miguel travaille 12 heures par jour, 6 jours par semaine, pour subvenir à ses besoins et à ceux de son épouse, qui travaille aussi dans les usines «maquiladoras». Il gagne 8 euros par jour, soit 66 centimes par heure. Miguel se réveille à 4 heures du matin et prend la navette pendant plus d’une heure pour se rendre à son usine.

Il rapporte de graves accidents dans les usines en raison des conditions de travail précaires. «Beaucoup manquent de membres, des ouvriers se blessent aux doigts et aux mains, et même au cuir chevelu. Dans certaines usines, les cheveux des ouvrières s'emmêlent dans les machines. Lorsque des travailleurs sont blessés, on ne les embauche plus en raison de problèmes de santé ou d'accidents graves».

Miguel rapporte que leurs longues heures passées dans les usines ont eu un impact physique et émotionnel immense. «Notre nutrition et notre santé sont très mauvaises», dit-il. «Ils nous exploitent énormément. Beaucoup de travailleurs souffrent de problèmes de nutrition, de problèmes d’estomac et ne sont pas autorisés à aller aux toilettes».

Comme pour leurs homologues travaillant dans des entreprises de plusieurs milliards de dollars comme Amazon ou UPS, les travailleurs qui subissent des blessures au travail se font dire par la direction ou les syndicats de chercher d’autres services plutôt que d’aller chez le médecin payé par l’entreprise. «Les entreprises nous envoient dans les hôpitaux publics parce qu’elles ne veulent pas payer elles-mêmes. Elles envoient des travailleurs dans des cliniques privées et évitent leurs responsabilités envers les travailleurs».

Il a décrit une matinée typique:

«Les travailleurs syndiqués arrivent à 6:30 le matin pour le premier quart de travail», a-t-il dit. «Les premières pauses de la journée sont à 8:15. Nous n’avons que 15 minutes entre le début de notre pause et le moment où nous devons retourner à la ligne de production».

Mais cela n’inclut pas le temps qu’il faut pour se rendre à la cafétéria et en revenir, sans parler de la nourriture et de l’utilisation des toilettes. «En réalité, notre pause est beaucoup plus courte», a-t-il dit. «On prend deux minutes pour aller à la cafétéria et deux minutes pour rentrer. Cela signifie qu’on a seulement une pause de 10 minutes. La direction note l’heure à laquelle nous partons et celle à laquelle nous retournons sur la ligne. Mais nous ne sommes pas des robots, nous ne pouvons pas manger en cinq minutes et être satisfaits!»

Ces ateliers de misère sont établis, avec la bénédiction du gouvernement, en tant qu’entreprises en franchise de taxes et de dédouanage. Cela signifie que le gouvernement exonère ces entreprises de la plupart des impôts locaux et nationaux. Tout en privant des États entiers du pays de sources de revenus, les entreprises forcent les travailleurs à recourir aux soins médicaux et logements subventionnés par le gouvernement.

«Les services sociaux sont déplorables. Si on est malade et qu’on va dans un hôpital gouvernemental, on peut attendre un ou deux mois avant de voir un médecin», a dit Miguel. «Ce sont des maladies graves et de nombreux travailleurs ont eu de graves problèmes parce qu’ils n’ont pas eu accès aux services médicaux à temps. Nous le voyons dans toutes les sections de la classe ouvrière ici à Matamoros».

Interrogé sur la qualité des écoles, Miguel a déclaré: «l’éducation ne devrait pas être basée sur le fait d’être ou non un homme d’affaires. Ils nous apprennent uniquement à travailler dans des maquiladoras ou d’autres lieux de travail. Ce sont des sociétés géantes, comme vous le dites, qui bénéficient d’énormes allégements fiscaux qui sont très rentables».

En plus des dangers dans les usines, les travailleurs font face à des risques quotidiens dans la rue en sortant du travail tôt le matin. «À Matamoros, la violence due au crime organisé est endémique. La police nous extorque de l’agent, les travailleurs du transport en commun nous extorquent de l’agent aussi. Et puis il y a la question des travailleuses. Les femmes sont plus vulnérables dans ces situations. Ma femme doit rentrer chez nous à pied à deux ou trois heures du matin».

Les conditions à Matamoros ne sont pas uniques à la ville. «Ce sont des situations dont on ne parle pas, mais qui se produisent dans notre ville et dans le monde entier. Matamoros n’est pas le seul endroit qui souffre de ces problèmes. Ici, dans cette ville, il s’agit de faire de l’argent pour les entreprises, faire de l’argent pour les entreprises, faire de l’argent pour les entreprises. Tu quittes ton travail et le lendemain, c’est la même routine».

Les journalistes de WSWS ont parlé à Miguel de l’intérêt que la grève de Matamoros suscite dans la classe ouvrière internationale.

Lorsque les journalistes lui ont demandé ce qu’il aimerait dire aux travailleurs du monde entier, il a répondu: «J’aimerais que la classe ouvrière internationale se révolte contre les entreprises qui répriment et épuisent les travailleurs, qui les maintiennent dans la pauvreté pour qu’elles continuent d’avoir à leur disposition une main-d’œuvre bon marché... À un moment donné de l’histoire, les gens comprendront le pouvoir qu’ils ont de se battre pour leurs droits. Je suis très excité de voir notre peuple se réveiller. Beaucoup d’emplois sont menacés dans cette ville à cause de nos actions, mais je pense que cela en vaudra la peine. Quelque chose de bon doit en résulter. C’est la montée de la classe ouvrière. J’invite tous les travailleurs à se battre pour ce qu’ils méritent».

L’histoire de Miguel démontre avec force les points communs entre les travailleurs du monde entier qui font face aux mêmes conditions sur leur lieu de travail. Contrairement au poison nationaliste véhiculé par les syndicats, les travailleurs mexicains ne sont pas les ennemis des travailleurs des États-Unis, du Canada, de la Chine ou de tout autre pays, mais un maillon d’une chaîne mondiale d’exploitation par ces mêmes entreprises.

Alors que les syndicats les gardent divisés par industrie et par pays, les travailleurs du monde entier sont désireux d’établir des liens entre eux à l’échelle internationale. Des actions telles que la manifestation «Une journée sans ouvriers» à Matamoros, qui a lancé des appels à leurs alliés américains, doivent être élargies et rendues plus conscientes et concrètes. Les travailleurs doivent comprendre que leurs revendications – un emploi bien rémunéré, des conditions de travail sûres, des services sociaux entièrement financés, du temps libre pour la culture et le divertissement – ne peuvent être satisfaites que par une lutte internationale pour exproprier la richesse des capitalistes qui contrôlent toutes les ressources de la société.

Dans une économie mondiale, l'unité internationale de la classe ouvrière est une nécessité stratégique. Les travailleurs qui souhaitent mettre en place une stratégie internationale commune devraient nous contacter par courriel à autoworkers@wsws.org ou via notre page Facebook (https://www.facebook.com/wsws.org) afin de franchir ces étapes cruciales. Pour de plus amples renseignements sur le rallye du 9 février à Detroit, visitez le site (https://www.wsws.org/auto).

(Article paru en anglais le 24 janvier 2019)