Des députés fascistes perturbent une commémoration de l'Holocauste en Allemagne

Par Peter Schwarz et André Damon
28 janvier 2019

Mercredi, des députés de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) néo-fasciste ont perturbé une cérémonie de commémoration de l'Holocauste au parlement de Bavière: plus d'une douzaine de membres sont sortis de la salle et un membre a affiché sur Internet une tirade vulgaire contre la présidente, une survivante de la Shoah.

L'événement qui a eu lieu cette semaine dans la même ville où Adolf Hitler lança son tristement célèbre Putsch de la Brasserie il y a près d'un siècle, a mis à nu la réhabilitation en cours du régime nazi et de l'Holocauste en Allemagne.

Les néo-nazis de l'AfD se sentent encouragés à prendre de telles actions parce que le gouvernement de la Grande Coalition s'est efforcé d'encourager et de légitimer ses politiques anti-immigrés, xénophobes et finalement antisémites. Les fascistes savent qu'ils ne seront pas sérieusement critiqués par les partis démocrates-chrétiens et sociaux-démocrates au pouvoir, qui ont adopté une grande partie de la plate-forme de l'AfD comme leur propre plate-forme.

Après avoir adopté la critique faite par l'AfD de la «culture d'accueil» de l'Allemagne, la Grande Coalition a mis en place des camps d'internement pour les réfugiés à l'intérieur des frontières de l'Allemagne. Pendant ce temps, la police permet aux néo-nazis de semer la terreur dans les rues des villes allemandes – comme ils l'ont fait l'année dernière à Chemnitz, où ils ont attaqué des immigrants, des réfugiés, des gens de gauche et un restaurant juif.

Le mémorial de mercredi a été pris pour cible par les membres de l'AfD après que Charlotte Knobloch, survivante de l'Holocauste et présidente de la communauté juive de Munich, eut dit des vérités fondamentales que presque personne de la politique officielle allemande ne veut prononcer.

«La soi-disant AfD fonde sa politique sur la haine et l'exclusion», a dit Knobloch. «Il est de notre responsabilité que l'inimaginable ne puisse pas se répéter», a-t-elle ajouté, dans une mise en garde claire sur l'orientation politique de l'AfD.

Alors que les élus applaudissaient le discours, presque tous les membres du parti AfD ont quitté la salle en signe de protestation.

Dans une déclaration publiée sur Facebook, Ulrich Singer, membre de l'AfD, a éructé contre les «mensonges», «l'insolence, le manque de respect» et le «babillage stupide et infantile» de la victime de l'Holocauste. Dans les jours qui ont suivi, Knobloch a dit qu'elle avait reçu «des insultes, des menaces et des insultes par courriel et par téléphone presque toutes les minutes».

Charlotte Knobloch est née à Munich en 1932, où, à l'âge de six ans, elle a été présente comme témoin oculaire de l'incendie de la synagogue de Munich pendant la Nuit de Cristal. Elle n'a survécu à l'Holocauste que parce qu'une famille catholique de la campagne l'a cachée et a prétendu qu'elle était l'enfant illégitime de leur propre fille. Elle resta en Allemagne et joua plus tard un rôle de premier plan dans les organisations juives.

Les dirigeants de l'AfD ont justifié et légitimé le régime hitlérien et ont cherché à nier l'importance historique de l'Holocauste – le meurtre de plus de six millions de Juifs par les Nazis.
Le président de l'AfD, Alexander Gauland, a déclaré publiquement que la dictature nazie n’était «qu’une fiente d'oiseau sur plus d'un millénaire d'histoire allemande réussie». Björn Höcke, chef de l'AfD en Thuringe, a qualifié le Mémorial de l'Holocauste à Berlin de «monument de la honte» et a exigé un «changement à 180 degrés» de l'attitude du pays envers l'Holocauste.

Les médias et l'establishment politique allemands ont systématiquement encouragé la résurgence de l'AfD. En 2014, l'hebdomadaire allemand Der Spiegel a publié un article majeur consacré à la minimisation de la responsabilité allemande dans la Seconde Guerre mondiale, avec une citation du professeur Jörg Baberowski de l'Université Humboldt, qui a déclaré: «Hitler n'était pas un psychopathe, il n'était pas cruel. Il ne voulait pas parler de l'extermination des Juifs à sa table.»

Au cours des années qui ont suivi, les médias ont promu des manifestations d'extrême droite contre les immigrés qui ont accueilli la formation de l'AfD en tant que manifestation légitime du sentiment populaire, créant ainsi le climat politique pour un virage radical à droite de l'ensemble de l'establishment politique allemand.

Entre-temps, des personnalités associées à l'AfD ont été promues à des postes politiques clés par le gouvernement de la grande coalition de la CDU et du SPD, dont Hans-Georg Maassen, l'ancien chef des services secrets allemands, qui a défendu et promu l'AfD et couvert l'émeute néo-nazie à Chemnitz.

La seule organisation politique qui s'oppose à la réhabilitation du nazisme est le Sozialistische Gleichheitspartei (SGP – Parti de l'égalité socialiste) et son mouvement étudiant, l'International Youth and Students for Social Equality (IYSSE – Etudiants et jeunes internationalistes pour l'égalité sociale, EJIES).

Le SGP a averti il y a cinq ans que le retour de l'Allemagne à une politique étrangère et à un militarisme impérialiste agressifs exigeait «un nouveau récit du XXe siècle, une falsification de l'histoire qui diminue et justifie les crimes de l'impérialisme allemand».

En réponse à leurs critiques à l'égard de personnalités telles que Jörg Baberowski, professeur à l'Université Humboldt, le SGP et l'IYSSE ont fait l'objet de dénonciations furieuses dans les principaux journaux allemands. La présidente, membre du SPD, de l'Université Humboldt, Sabina Kunst, a publiquement défendu Baberowski et déclaré inadmissibles les critiques à l'égard de ses opinions néo-nazies.

L'AfD a été promue non pas d'en bas, mais d'en haut, grâce au soutien et à l'encouragement de l'establishment politique. Pendant ce temps, la grande masse de la population voit ses actions avec dégoût, et les manifestations contre les néo-nazis ont attiré des centaines de milliers de personnes. Mais cette large opposition à tout ce que représente l'AfD ne trouve aucune expression dans la politique officielle.

Contrairement au silence et à la complicité qui dominent parmi les partis de l'establishment politique, le SGP et l'IYSSE ont mené une lutte de principe pour dénoncer la promotion de l'extrême droite.

En conséquence, l'IYSSE de l'Université Humboldt a connu une augmentation significative de son vote, lors de la dernière élection pour le parlement étudiant, devenant l'un des groupes étudiants les plus largement soutenus, et devançant le Parti de gauche, qui s'est engagé dans une adaptation lâche à l'extrême droite.

Au milieu de l'éruption de la lutte de classe dans le monde entier, l'IYSSE et le SGP continueront leur lutte contre la résurgence du fascisme, sur la base de la lutte pour unifier la classe ouvrière internationale contre le système capitaliste.

La résurgence du fascisme en Allemagne et la complicité avec les néo-nazis de la part des médias et de l'establishment politique montrent clairement que le fascisme allemand n'était pas une aberration, mais l'expression des tendances les plus fondamentales du capitalisme lui-même: guerre, réaction et barbarie impérialiste. La lutte contre le fascisme est, en d'autres termes, la lutte pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 26 janvier 2019)