L’International Socialist Organization couvre le rôle des syndicats et d’AMLO dans la grève des maquiladoras de Matamoros au Mexique

Par Alex González
20 février 2019

Après près d’un mois de silence, l’International Socialist Organization (ISO) a finalement présenté un article mensonger sur les grèves en cours des quelque 70.000 travailleurs des maquiladoras de Matamoros, au Mexique. Le seul et unique article de l’ISO jamais publié sur les grèves de Matamoros est paru le 11 février sous le titre «The Rising of the Maquiladora Workers».

L’article présente les grèves illégales comme une lutte ayant réussi à faire pression sur les dirigeants syndicaux corrompus qui travaillent au nom des entreprises (connues sous le nom de «charros») pour qu’ils défendent enfin les intérêts des travailleurs. L’article attribue également au président mexicain Andrés Manuel López Obrador (populairement connu par son surnom «AMLO») le déclenchement et le succès de la grève. L’ISO est obligée de présenter une telle version alternative des événements parce qu’en vérité, ce qui se passe à Matamoros, c’est que les travailleurs ont lancé une rébellion tant contre les syndicats que contre le parti bourgeois Morena (Mouvement pour la régénération nationale) soutenus par l’ISO.

L’ISO critique d’abord les dirigeants syndicaux locaux Juan Villafuerte et Jesús Mendoza qui «assurent les profits et la croissance des entreprises et de gros gains pour eux-mêmes aux dépens des travailleurs», puis affirme ensuite que les travailleurs ont réussi à faire pression sur ces dirigeants qui ont été «mis dans la position sans précédent de devoir représenter les travailleurs» et «contraints de faire des rapports quotidiens sur les négociations et de transmettre directement aux travailleurs les réponses aux procédures.»

Cette présentation des faits est tout à fait fausse. Les syndicats sont détestés par les travailleurs et ils n’ont aucunement subi de pressions pour se battre au nom des travailleurs. Les syndicats font tout en fait pour étouffer le mouvement de grève. Ils menacent les travailleurs de licenciements de masse et les agressent sur les lignes de piquetage.

Cette vague de grève a éclaté uniquement parce que les travailleurs ont construit leurs propres comités d’usine indépendants pour s’organiser contre les syndicats. Ils ont pris les choses en main et ont brisé l’isolement qui leur est imposé depuis des décennies par les syndicats propatronat. Les charros ont simplement réagi en feignant d’appuyer verbalement la grève, mais tous les travailleurs savent que c’est là un mensonge.

L’ISO cache le caractère indépendant de ces comités, et les appelle plutôt des «structures de comités déléguées» faisant partie du «réseau» de Susana Prieto, «organisatrice et avocate infatigable.» Prieto, avocate spécialisée en droit du travail et militante du parti Morena dans sa ville natale, a déjà déclaré qu’elle «aime le capitalisme et l’argent» et elle a dénoncé les travailleurs pour avoir développé leurs propres opinions politiques, qu’elle a qualifiées d’«opinionite». En vérité, ces comités ont été créés par les travailleurs eux-mêmes, et Prieto va maintenant d’usine en usine pour tenter de les convaincre que leur seule option est de transformer leurs comités en syndicats!

Les efforts continus de Prieto – qui jouit du soutien de sections clés de la classe dirigeante – pour créer des syndicats «démocratiques», visent à remplacer les anciennes directions syndicales discréditées pour en créer de nouvelles qui contrôleront plus efficacement l’opposition des travailleurs et empêcheront de futures rébellions.

Mercredi dernier, le dirigeant syndical des mineurs Napoleón Gómez Urrutia, qui est également sénateur du parti Morena, a annoncé la création d’une nouvelle «Confédération internationale du travail» devant supposément servir d’alternative aux syndicats charros. L’initiative a bénéficié d’une large couverture favorable dans la presse internationale, notamment dans le New York Times et le Wall Street Journal, et aurait reçu le soutien de l’AFL-CIO.

Dans un passage, l’ISO note que le leader charro Villafuerte «a travaillé en étroite collaboration avec les propriétaires des maquiladoras et les politiciens des paliers municipal et étatique pour faire de Matamoros un endroit idéal pour l’investissement étranger en maintenant les salaires et les avantages limités. Chaque année, le syndicat "renégocie" le salaire et les avantages sociaux des travailleurs, sans leur participation, reportant généralement les contrats de travail avec peu de changements. Les charros sont récompensés pour leur service qui consiste à maintenir les salaires et les avantages sociaux à un bas niveau, tandis que les chefs syndicaux plus notoires vont encore plus loin en volant systématiquement les salaires et les avantages sociaux de leurs travailleurs.»

Pourtant cette description correspond parfaitement aux syndicats des États-Unis dans lesquels des membres de l’ISO occupent des positions de chefs syndicaux! Bon nombre de membres de l’ISO provenant de la classe moyenne supérieure tirent en effet leurs revenus de cotisations syndicales identiques à celles que les travailleurs de Matamoros luttent pour éliminer ou réduire considérablement.

Le terme de syndicat charro s’applique donc également à des organisations comme le Chicago Teachers Union (Syndicat des enseignants de Chicago), dirigé par Jesse Sharkey, dirigeant de l’ISO gagnant au moins 180.000 $ par année. Sharkey a joué un rôle clé dans la trahison de la grève des enseignants de Chicago en 2012 qui a entraîné la fermeture de dizaines d’écoles.

Sherry Wolf, une autre dirigeante de l’ISO, est l’une des principales bureaucrates de l’American Federation of Teachers (Fédération américaine des enseignants) de l’Université Rutgers dans le New Jersey. Aaron Amaral, rédacteur de l’ISO, est conseiller juridique adjoint de l’American Federation of State, County and Municipal Employees (AFSCME) (Fédération américaine des employés municipaux, de comtés et d’États) qui, selon les archives publiques, a gagné près de 100.000 $ en 2015.

Autrement dit, l’ISO est une organisation dirigée par des charros. Il faudrait neuf jours à un travailleur de Matamoros travaillant 12 heures par jour pour faire ce que Sharkey gagne en une heure pour être assis derrière son bureau. Un travailleur de Matamoros devrait travailler pendant 108 ans pour faire ce que Sharkey gagne en un an.

L’ISO fait également l’éloge d’AMLO, à qui l’article attribue le mérite d’avoir aidé la vague de grève en augmentant le salaire minimum le long de la frontière américano-mexicaine. L’article affirme qu’AMLO a «amélioré la confiance et la combativité des travailleurs mexicains» et mis en œuvre des politiques qui ont eu «une incidence tangible sur le niveau de vie des pauvres et des travailleurs.» L’ISO félicite même AMLO de ne pas avoir eu recours à l’armée pour réprimer brutalement la grève.

C’est encore là un autre mensonge. Dès le départ, l’augmentation du salaire minimum était destinée à donner un lustre «de gauche» à la création d’une nouvelle zone franche où seraient réduits les impôts des entreprises et créer de nouveaux centres d’exploitation parrainés par l’État, dont notamment encore plus de maquiladoras. AMLO a même dénoncé les enseignants en grève en les traitant de «conservateurs», affirmant que les manifestations des enseignants en faveur de salaires plus élevés et de dépenses publiques accrues dans l’éducation n’avaient «rien à voir avec la gauche.»

Alors que l’ISO tente de dissocier AMLO des autres membres de son administration, la vérité est que les fonctionnaires du parti Morena – depuis le maire de Matamoros jusqu’au leader du Sénat mexicain – ont tout fait pour mettre fin aux débrayages et même soutenu le recours à la police et à la force militaire pour briser la grève. On rapporte que la police aurait maintenant commencé à attaquer les piquets de grève pendant que les forces armées patrouillent dans les lieux de grèves et intimident les travailleurs.

Si les travailleurs veulent connaître la véritable attitude d’AMLO à l’égard de la classe ouvrière, ils n’ont qu’à regarder les conditions auxquelles sont confrontés les immigrants à Piedras Negras, dans l’État du Coahuila, situé à seulement 500 km de Matamoros. Des milliers de migrants d’Amérique centrale qui scandaient «Nous sommes des travailleurs internationaux» sont maintenant littéralement emprisonnés dans des camps de concentration, où des gardes armés les empêchent de partir.

L’importance de la rébellion de Matamoros est qu’elle montre que la lutte pour l’égalité sociale oppose nécessairement les travailleurs à l’ensemble du système économique et politique capitaliste sur lequel les syndicats sont basés.

L’ISO cherche à empêcher l’évolution de la lutte des classes dans une direction révolutionnaire. Sa présentation malhonnête de la grève de Matamoros vise à fournir une couverture «de gauche» à des institutions qui sont discréditées depuis des décennies aux yeux des masses, et tout cela pour empêcher les travailleurs et les jeunes de tirer les conclusions politiques sur leurs tâches objectives pour la période à venir: le combat pour le socialisme international.

(Article paru en anglais le 19 février 2019)