À la veille de l’affrontement frontalier orchestré par les États-Unis

La provocation «de l’aide» de Washington aurait fait ses premiers victimes au Venezuela

Par Barry Grey
25 février 2019

Un mari et sa femme ont été tués vendredi matin et une douzaine d’autres ont été blessés, selon des sources de l’opposition, lorsque des troupes vénézuéliennes ont tiré sur des manifestants opposés au gouvernement qui cherchaient à bloquer un convoi militaire chargé de renforcer un poste de contrôle près de la frontière brésilienne.

Au moment d’écrire ces lignes, le gouvernement de Nicolás Maduro n’a publié aucune déclaration sur l’incident.

L’incident s’est produit dans le village méridional de Kumarakapay, une région habitée par le peuple indigène Pemones et située sur la principale artère reliant le Venezuela et le Brésil. Cela a eu lieu à la veille de l’opération orchestrée par les États-Unis samedi visant à provoquer un affrontement entre les forces de l’opposition dirigées par Juan Guaidó, «président par intérim» soutenu par Washington, et des forces loyales au président élu, Maduro, sous prétexte de faire entrer de l’aide humanitaire dans le pays depuis la Colombie et le Brésil voisins.

Les gouvernements de droite des deux pays se sont rangés derrière la tentative de Washington de procéder à un changement de régime contre le gouvernement nationaliste bourgeois Maduro.

Frustré par son incapacité à détacher l’armée vénézuélienne de Maduro un mois après avoir donné le feu vert au fonctionnaire peu connu du parti d’extrême droite Voluntad Popular (Volonté populaire), Guaidó, l’autorisation de se déclarer «président par intérim», le gouvernement Trump a pour objectif de provoquer un affrontement entre l’armée vénézuélienne et des manifestants de l’opposition qu’il pourra utiliser pour justifier une intervention militaire directe.

Les heurts de vendredi dans le sud-est du Venezuela pourraient constituer un acte préliminaire d’affrontements sanglants sur l’une ou l’autre des frontières samedi, qui pourraient déclencher une guerre civile dans le pays, une intervention militaire des voisins alliés des États-Unis au Venezuela, des États-Unis eux-mêmes ou une combinaison des trois. L’impérialisme américain a créé une crise explosive qui a amené toute la région au bord de la catastrophe.

L’incident de vendredi a été marqué par une accumulation de matériel américain dans les villes brésiliennes et colombiennes limitrophes du Venezuela et par les efforts déployés par l’opposition pour mobiliser des centaines, voire des milliers de personnes, en particulier de l’autre côté de la frontière avec la ville colombienne de Cúcuta contre les troupes et barrages gouvernementaux en vue de forcer l’entrée des fournitures médicales et de la nourriture au Venezuela sous les auspices de l’opposition antigouvernementale. Guaidó a annoncé son intention de mobiliser une «avalanche humanitaire» aux frontières.

Les dirigeants de l’opposition se réunissent à San Cristóbal, la plus grande ville du Venezuela proche de la frontière colombienne, pour superviser l’opération. Les volontaires seront transportés par bus vers les quatre ponts internationaux qui relient les villes limitrophes à Cúcuta afin d’accompagner l’aide à traverser la frontière. Les dirigeants de l’opposition ont annoncé que les manifestants se rendraient à la caserne militaire de San Cristóbal avec des drapeaux.

En préparation pour samedi, Maduro a déployé des troupes à la frontière pour imposer un blocus de l’aide, a fermé la frontière entre le Venezuela et le Brésil, ordonné l’interdiction de vol de jets privés dans tout le pays et bloqué les déplacements aériens et maritimes entre le Venezuela et l’île voisine de Curaçao, où les fournitures en provenance des États-Unis sont arrivées plus tôt jeudi.

Vendredi, le New York Times, qui, avec le Parti démocrate, soutient pleinement l’opération de changement de régime de Trump et soutient l’effort d’aide «humanitaire» frauduleuse, a cité Jason Marczak, directeur du Centre pour l’Amérique latine Adrienne Arsht faisant partie du groupe de réflexion de l’Atlantic Council à Washington DC qui a dit: «Les frontières du Venezuela sont une poudrière avec des tensions débordantes, ce qui signifie que tout geste inapproprié pourrait déclencher une vague de violence. La question clé est de savoir qui reculerait le premier.»

Il existe au sein de l’élite dirigeante américaine et l’establishment de la politique étrangère des inquiétudes quant aux conséquences potentielles de la politique téméraire menée par Trump et son équipe de conseillers d’extrême droite, notamment le secrétaire d’État Mike Pompeo, le conseiller en sécurité nationale John Bolton et Elliot Abrams, homme de pointe désigné de Trump pour le Venezuela. Cela a été reflété dans les entretiens de citoyens vénézuéliens lors du journal télévisé jeudi soir sur le Public Broadcasting Service, qui s’opposent avec véhémence à l’intervention des États-Unis et de la marionnette choisie par Washington, Guaidó.

Les prétentions humanitaires de Washington et ses scrupules démocratiques sont absurdes. La crise économique qui ravage le Venezuela est le résultat de la crise économique capitaliste mondiale et de la chute du prix du pétrole, aggravée par les sanctions économiques prises par les États-Unis et la politique pro-capitaliste du régime de Maduro, qui, malgré ses prétentions au «socialisme bolivarien», a continué à rembourser ses emprunts auprès des banques impérialistes et à protéger les intérêts du capital national et international.

Les États-Unis ont promis une aide humanitaire dérisoire de 20 millions de dollars au pays, tandis que l’embargo qu’ils ont imposé le mois dernier à l’industrie pétrolière du pays coûte au Venezuela 30 millions de dollars de recettes chaque jour. Le Wall Street Journal a rapporté vendredi que les stocks de pétrole dans le pays atteignaient leur plus haut niveau en cinq ans à la suite des sanctions imposées en janvier, en raison de la réduction des marchés d’exportation du Venezuela. Les États-Unis cherchent à affamer le pays pour qu’il succombe à un coup d’État américain.

Les États-Unis ont l’intention de renverser le régime de Maduro parce qu’ils veulent s’emparer de l’industrie pétrolière du pays (le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole prouvées au monde) et de détruire l’influence croissante de la Chine et de la Russie dans le pays et dans la région afin d’établir une hégémonie américaine débridée sur toute l’Amérique latine.

Récemment, John Bolton a déclaré au Fox News: «Cela fera une énorme différence économique en faveur des États-Unis si nous pourrions faire en sorte que les compagnies pétrolières américaines investissent et produisent les capacités pétrolières au Venezuela.»

Trump a fait du renversement du gouvernement «socialiste» au Venezuela le fer de lance d’une attaque fascisante contre le socialisme. Dans une diatribe lundi dernier devant un auditoire d’exilés vénézuéliens et cubains d’extrême droite et de partisans républicains à Miami, Trump a proclamé «le crépuscule du socialisme dans l’hémisphère occidental [les Amériques]», et a clairement indiqué que le changement de régime dans ce pays était le prélude à d’autres opérations similaires contre le Nicaragua et Cuba.

Mercredi, John Bolton a réitéré cette intention en tweetant: « Comme l’a dit lundi le président Trump, les jours d’Ortega sont comptées et le peuple nicaraguayen sera bientôt libre.»

Bolton et Abrams ont été personnellement et intimement impliqués dans la tentative des États-Unis, dans les années 1980, de fournir des armes à des terroristes tels que les Contras nicaraguayens et les escadrons de la mort salvadoriens, sous couvert de fournir une «aide humanitaire».

Il est fort probable que les avions cargo C-17 de l’armée de l’air américaine que Washington envoie à Cúcuta contiennent des armes et des munitions aux côtés des vivres et des fournitures médicales. Le ministère russe des affaires étrangères, qui a qualifié l’opération «d’aide» de «prétexte commode pour mener une action militaire», a accusé les États-Unis de déployer «des forces spéciales et du matériel près du territoire vénézuélien».

Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des affaires étrangères, a déclaré aux journalistes vendredi que les États-Unis préparaient des livraisons d’armes à l’opposition. Elle a ajouté que les armes achetées «dans un pays d’Europe orientale» incluraient probablement «des mitraillettes de gros calibre, des lance-grenades, des fusils d’assaut et des systèmes de roquettes anti-aériennes portables».

Quoi qu’il se passe samedi, l’administration Trump s’apprête à intensifier ses efforts de coup d’État au Venezuela. Le vice-président Mike Pence, qui avait personnellement donné le feu vert à Guaidó d’annoncer sa «présidence par intérim» le mois dernier, sera lundi en Colombie pour une réunion du Groupe de Lima, une coalition de pays d’Amérique latine et du Canada, qui ont soutenu Washington dans sa demande d’éviction de Maduro. Il sera rejoint par Guaidó dans les discussions pour préparer la prochaine étape du coup d’État.

(Article paru en anglais le 23 février 2019)