Sanders offre son soutien à la campagne de propagande américaine contre le Venezuela

Par Genevieve Leigh
27 février 2019

Le sénateur du Vermont et candidat démocrate à la présidence, Bernie Sanders, a profité samedi de la tribune de Twitter pour exprimer son soutien à la provocation «de l’aide humanitaire» organisée au Venezuela.

«Le peuple du Venezuela traverse une grave crise humanitaire», a tweeté Sanders samedi. «Le gouvernement Maduro doit donner la priorité aux besoins de son peuple, autoriser l’aide humanitaire dans le pays et s’abstenir de toute violence à l’encontre des manifestants».

Le tweet fait référence à la tentative des États-Unis de ce week-end de fournir une «aide humanitaire» au Venezuela. Sous la direction de l'administration Trump, les gouvernements de droite colombien et brésilien ont tenté d’envoyer des camions dans le pays transportant apparemment de la nourriture et des fournitures médicales. Les États-Unis et leurs alliés dans la région ont saisi cette occasion pour tenter de provoquer des affrontements entre les partisans du «président par intérim» autoproclamé du Venezuela, Juan Guaidó, et le gouvernement du Venezuela.

L'incident est utilisé pour mobiliser un soutien en faveur d'un changement de régime et préparer une éventuelle intervention militaire des États-Unis en faveur de Guaidó et de son parti d'extrême droite, le Parti de la volonté populaire.

Le tweet de Sanders accepte entièrement les prétentions «humanitaires» de l'action menée par l'administration Trump contre le gouvernement Maduro, qui est considéré comme un obstacle à la domination américaine sur les ressources pétrolières vénézuéliennes et à la domination générale du continent. Il n’y a aucune allusion au fait que la «crise humanitaire» évoquée par Sanders a été sérieusement aggravée par les politiques américaines, notamment les sanctions économiques paralysantes, combinées aux politiques procapitalistes du régime de Maduro.

En ce qui concerne «l’autorisation de l’aide humanitaire», il convient de noter que la Croix-Rouge s’est opposée à l’opération «d’aide» américaine en raison de son objectif politique évident.

Sanders se range rapidement derrière le Parti démocrate, qui soutient les opérations de l'administration Trump au Venezuela. Sanders a été critiqué à la fin de la semaine dernière pour des propos échangés lors d'une entrevue avec Univision, dans laquelle il ne disait pas qu'il avait reconnu Guaidó comme le président légitime du pays. Quand on lui a demandé s’il considérait Maduro comme un dictateur, Sanders a refusé de dire oui ou non.

Les commentaires précédents de Sanders ont déclenché une avalanche de dénonciations de la part des principaux démocrates. Jeudi, Politico a publié un article intitulé: «Il ne va pas être sélectionné: Les démocrates critiquent Sanders pour sa position sur Maduro». L’article mentionne des démocrates notables, tels que Kirsten Gillibrand de New York et l’ancien vice-président Joe Biden, qui ont déclaré appuyer Guaidó.

Un article du Washington Post a cité Christian Ulvert, un stratège démocrate de Floride, disant: «Ce sont clairement des commentaires ignorants, et quelqu'un qui est candidat à la présidence des États-Unis devrait être mieux informé et fiable au sujet de cette crise au Venezuela et de son impact sur le paysage politique de la Floride».

Le tweet de Sanders samedi était un message adressé à la direction du Parti démocrate lui indiquant qu'il allait suivre la ligne.

Suite aux commentaires de Sanders, Alexandria Ocasio-Cortez, membre du Congrès de New York et membre des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA), a également pris la parole, déclarant dans une vidéo diffusée en streaming sur Twitter que «les gens veulent en faire une question d’idéologie. Il s’agit du socialisme, du capitalisme, de cela ou de l’autre. Et ce que les gens ne comprennent pas, c’est vraiment une question d’autoritarisme contre démocratie», c’est-à-dire que Maduro représente l’autoritarisme et Guaidó, la «démocratie».

Allant plus loin pour se distancer du socialisme, elle a ajouté: «Les gens veulent dire que mon idéologie celle-ci ou celle-là: je crois avant tout en une véritable démocratie».

Ocasio-Cortez prend clairement ses sujets de discussion dans le même livre que Sanders. Le sénateur du Vermont a une longue expérience des questions de politique étrangère, dans la mesure où elles sont même abordées, autour de la lutte entre «la démocratie et l'autoritarisme», dans laquelle les États-Unis représentent ostensiblement la démocratie, remontant aussi loin que l’approbation de la guerre des Balkans par l’OTAN dans les années 1990.

Plus récemment, il a soutenu la guerre civile en Syrie orchestrée par les États-Unis, dénonçant «le soutien russe et iranien au massacre perpétré par Bachar al-Assad en Syrie», tout en critiquant l'ONU pour avoir été «trop lente ou réticente à agir».

Sanders a voté en 2001 pour l'adoption de la résolution sur l'autorisation d'utiliser la force militaire, qui a servi de base à l'invasion de l'Afghanistan et a depuis été utilisée comme base juridique pour les attaques militaires, assassinats par drones, tortures et d'autres crimes à l'étranger.

L’acceptation sans réserve de la campagne de propagande par Sanders et Ocasio-Cortez n’est pas surprenante. Cela découle du caractère de la politique du Parti démocrate et de leur propre rôle consistant à fournir au Parti démocrate de droite un vernis de gauche.

Ce qui rend ces développements d'autant plus significatifs, c'est le contexte politique dans lequel ils se déroulent.

Le mois dernier, le président Donald Trump a lancé une croisade mondiale contre le socialisme, qui a débuté lors du discours sur l'état de l'Union dans lequel il s'est engagé à «renouveler notre détermination à ce que l'Amérique ne soit jamais un pays socialiste». Ces dénonciations étaient accompagnées d’appels au nationalisme et au racisme anti-immigrants.

Peu de temps après l’état de l’Union, l’administration Trump a proclamé l’état d’urgence afin de tenter d’empiéter sur la prérogative du Congrès de décider de l’utilisation des fonds publics pour la construction de son mur. Puis le 18 février à Miami, Trump a redoublé d’ardeur dans sa croisade anti-socialiste, livrant dans un discours fasciste, «Le socialisme est à son crépuscule dans notre hémisphère».

Les diatribes de Trump ont un double objectif. Elles ont pour but de créer le cadre d'agression contre le gouvernement du Venezuela, faussement identifié comme socialiste, et de soumettre l'ensemble de l'Amérique latine aux diktats des grandes entreprises américaines. Elles sont également dirigées vers la classe ouvrière aux États-Unis et créent le cadre d'une répression de masse au pays. La réponse du Parti démocrate aux tirades de plus en plus fascistes de Trump consiste à s'y adapter.

Les démocrates se préparent à une campagne extrêmement à droite lors des élections de 2020. Au cours des deux dernières années, les démocrates ont concentré leur opposition à Trump sur la campagne anti-russe et la chasse aux sorcières à la McCarthy avec #MeToo.

Des personnages tels que Sanders et Ocasio-Cortez jouent un rôle important. Même s'ils parlent occasionnellement un langage de gauche et socialiste, ils adhèrent tous deux à la politique et aux campagnes de droite des démocrates. Tous deux ont promis leur soutien à la «sécurité frontalière». Quelques semaines après son élection, Ocasio-Cortez se tenait aux côtés de Bernie Sanders, approuvant de la tête, alors que le sénateur du Vermont donnait son assentiment à la campagne anti-russe des démocrates.

Quelques semaines plus tard, Ocasio-Cortez se joignait à Sanders pour faire l'éloge du sénateur John McCain, utilisant la mort de ce dernier comme une occasion de faire évoluer l'opinion publique en faveur de la guerre et de la réaction politique.

À présent, Sanders et Ocasio-Cortez apportent leur soutien à l'opération au Venezuela.

Tout cela prouve une fois encore qu’il ne peut y avoir de lutte contre la guerre que dans la lutte contre le capitalisme, et qu’il ne peut y avoir de lutte contre le capitalisme sans une lutte contre la guerre. Dans le cas de Sanders, Ocasio-Cortez et toutes les organisations qui les promeuvent, ils ne s'opposent ni à la guerre ni au capitalisme.

(Article paru en anglais le 26 février 2019)