Libérez Chelsea Manning!

Par Andre Damon
12 mars 2019

Vendredi, un juge fédéral a ordonné l’emprisonnement de la courageuse lançeuse d’alerte Chelsea Manning. Elle avait refusé de témoigner devant un grand jury secret qui prépare des accusations fabriquées de toutes pièces contre Julian Assange, éditeur de WikiLeaks, au nom du gouvernement Trump. Dans une action sauvage, le juge a condamné Manning à rester en prison. Sa peine courra soit jusqu’à ce qu’elle ait purgé son outrage au tribunal en acceptant de témoigner ou soit jusqu’à l’expiration du mandat du grand jury, c’est-à-dire pour une période indéterminée.

Malgré l’immunité qu’on lui a offerte, Manning a adopté une position courageuse et fondée sur des principes en refusant de témoigner contre Assange devant ce tribunal digne de l’inquisition. Ce dernier reste prisonnier de fait à l’ambassade équatorienne alors que les États-Unis et la Grande-Bretagne complotent pour le faire expulser et extrader vers les États-Unis. Leur objectif est de le poursuivre pour espionnage ou conspiration, ce qui pourraient mener à son exécution. On a immédiatement emprisonné Manning pour avoir refusé de coopérer à cette parodie pseudo-légale.

L’emprisonnement de Chelsea Manning est cruel, criminel et totalement injustifiable. La Maison-Blanche veut créer un précédent pour emprisonner les dénonciateurs et les journalistes qui publient des informations critiques à l’égard de l’appareil militaire et étatique.

En 2010, Manning a rendu publique, par WikiLeaks, la vidéo Collateral Murder (meurtre collatéral) prise depuis le cockpit de l’hélicoptère américain du 12 juillet 2007 à Bagdad qui a tué de sang-froid 16 civils non armés, dont deux journalistes de Reuters.

C’était neuf ans après le début de la guerre en Afghanistan et six ans après l’invasion de l’Irak. Courageusement, Manning a pris la décision de révèler au public ces crimes de guerre et d’autres que les gouvernements Bush et Obama avaient dissimulés avec l’aide des médias institutionnels.

En tant qu’analyste du renseignement déployé en Irak, Manning a pu obtenir des renseignements sur d’innombrables crimes et complots. Parmi ces derniers, il se trouvait des images de la frappe aérienne du 4 mai 2009 à Granai, en Afghanistan, qui a tué jusqu’à 147 civils afghans.

WikiLeaks a collaboré avec des organes d’information, dont le New York Times, The Guardian et Der Spiegel, pour publier une série de documents divulgués par Manning. Plus tard ces documents sont connus sous les noms: «les journaux de la guerre d’Afghanistan», «les journaux de la guerre en Irak» et des centaines de milliers de documents dans «les câbles du Département d’État». Les «journaux de la guerre en Irak» ont montré que sur les 109.000 décès enregistrés pendant la guerre en Irak, 66.081 étaient des civils. Les câbles diplomatiques américains ont exposé les intrigues et les conspirations impérialistes américaines dans des dizaines de pays.

Aucune personne impliquée dans la préparation ou l’exécution de ce meurtre de masse et de cette criminalité n’a été accusée, et encore moins condamnée et emprisonnée. Mais Manning, alors soldat de l’armée de terre qui se sentait moralement obligé de parler au monde de ces crimes, est une fois de plus derrière les barreaux.

Les militaires, sous Obama, ont arrêté Manning en 2010. Après avoir passé des années en cellule d’isolement dans une prison militaire en attendant son passage en cour martiale où elle fut condamnée à 35 ans de prison, dont elle a purgé près de sept ans. Elle a fait l’objet de mesures punitives qui, selon les Nations Unies, équivalaient à de la torture, ce qui l’a conduite à faire deux tentatives de suicide.

L’emprisonnement de Chelsea Manning et la persécution de Julian Assange souilleront à jamais la présidence de Barack Obama. Ce dernier, sous le slogan «espoir et changement», a présidé pendant huit ans à des guerres, des assassinats et des espionnages domestiques. Le Parti démocrate a utilisé l’allégation non fondée, démentie par Moscou et Assange, selon laquelle WikiLeaks aurait collaboré avec le gouvernement russe. Le parti a affirmé qu’ils ont publié des courriels piratés du Comité national Démocrate et de la campagne présidentielle d’Hillary Clinton comme justification centrale de sa campagne pour censurer l’Internet.

Les organisations de pseudo-gauche autour du Parti démocrate ont embrassé la persécution de WikiLeaks. Dans un premier temps, ils avaient utilisé comme prétexte des allégations calomnieuses des viols contre Assange – allégations que les autorités suédoises ont abandonnées en 2017. Mais, la vraie raison est leur soutien à l’impérialisme américain, notamment ses opérations meurtrières de changement de régime en Libye et en Syrie.

Notamment, ni le magazine Jacobin, associé au parti DSA [Democratic Socialists of America], ni Socialist Worker, la publication de l’Organisation socialiste internationale, n’a rapporté l’emprisonnement de Manning. Ni le sénateur Bernie Sanders ni les membres du Congrès Alexandria Ocasio-Cortez, Rashida Talib et Ilhan Omar n’ont dit un mot en sa faveur.

Alors que les organisations de la classe moyenne supérieure aisée ont clairement manifesté leur indifférence aux principes démocratiques fondamentaux, la véritable force capable de défendre Chelsea Manning et Julian Assange est la classe ouvrière internationale.

Les documents fournis par Manning à WikiLeaks, dont plus de 250.000 câbles du Département d’État, ont contribué à propulser une série de bouleversements de la classe ouvrière dans le monde entier. Le premier était le soulèvement de 2010-2011 en Tunisie.

Ces protestations se sont répandues dans une grande partie du monde arabe, renversant les régimes de l’homme fort tunisien Ben Ali et du dictateur égyptien Moubarak. Les enseignants et les travailleurs du secteur public américains qui protestent contre les compressions dans l’éducation et les attaques contre les retraites aux États-Unis portaient des pancartes dont le slogan était: «Walk like an Egyptian». (tiré d’une chanson populaire aux États-Unis)

Des individus héroïques comme Chelsea Manning, Julian Assange et Edward Snowden ne peuvent lutter seuls contre l’État, avec son vaste appareil de répression. Leurs luttes dépendent du développement d’un mouvement social de la classe ouvrière, qui comprend que sa lutte pour l’égalité sociale est indissociable de la défense des droits démocratiques.

Julian Assange et Chelsea Manning sont prisonniers de la guerre des classes. Ils sont emprisonnés parce que les oligarchies financières qui dominent les États-Unis et le monde considèrent leurs efforts pour informer le public sur les crimes et les complots de l’État comme une menace existentielle à leur maintien au pouvoir.

L’emprisonnement de Manning a suscité l’indignation des travailleurs et des jeunes du monde entier.

Le week-end dernier, des centaines de personnes ont assisté à un rassemblement organisé par le Parti de l’égalité socialiste (SEP) à Melbourne, en Australie pour réclamer la liberté de Manning et Assange. Des milliers d’autres dans le monde entier ont suivi la retransmission en direct de cet événement. Cette manifestation faisait suite à un rassemblement du SEP le week-end précédent à Sydney, qui avait également attiré un public nombreux. Le rassemblement comprenait des discours des journalistes de renom John Pilger et Joe Lauria, ainsi que le leader des droits civiques Stuart Rees.

Le secrétaire national du SEP, James Cogan, s’exprimait lors du rassemblement de Sydney. Il a averti que la persécution d’Assange par l’Administration Trump était un élément essentiel d’une attaque internationale contre les droits démocratiques. De surcroît, il a attiré l’attention sur une évolution vers la dictature par les classes dirigeantes capitalistes partout dans le monde. Quelques jours plus tard, l’emprisonnement de Manning a confirmé ce pronostic.

Ces rassemblements ont été organisés en partant du principe que la lutte pour la défense des droits démocratiques doit être basée sur la mobilisation de la classe ouvrière. Pendant la manifestation de Melbourne on a lu une déclaration de soutien des enseignants d’Oakland, en Californie.

Une vague de grèves mondiale est en expansion, des États-Unis à l’Amérique latine, en passant par l’Europe, l’Afrique du Nord et l’Asie. Dans ce contexte, les travailleurs doivent prendre en charge la défense des droits démocratiques. Au centre de cette défense doivent être les demandes de libération de Chelsea Manning, Julian Assange, et tous les autres prisonniers de la guerre des classes.

Cette lutte doit être liée à la lutte contre la guerre et les inégalités sociales, et à leur source dans le système capitaliste.

Le Parti de l’égalité socialiste (États-Unis) joue un rôle de premier plan dans l’organisation de l’opposition à l’emprisonnement de Chelsea Manning. Cette lutte est inextricablement liée à celle pour défendre Julian Assange. Aujourd’hui, nous annonçons des réunions publiques et des rassemblements partout aux États-Unis pour réclamer sa liberté.

Nous exhortons tous nos lecteurs américains: joignez-vous à la lutte pour libérer Chelsea Manning et Julian Assange en assistant à la réunion ou au rassemblement dans votre région!

(Article paru d’abord en anglais le 11 mars 2019)