Des millions d'étudiants et de jeunes marchent contre le changement climatique

Par Bryan Dyne
18 mars 2019

On estime que 1,4 million d'élèves et de jeunes ont quitté l'école et ont pris part aux manifestations mondiales de vendredi contre le changement climatique. Les manifestations coordonnées à l'échelle internationale, les plus importantes en seize ans, ont été organisées en réponse à la prise de conscience croissante chez les jeunes du fait que les gouvernements du monde entier sont incapables de prendre des mesures significatives pour mettre un terme au réchauffement climatique.

Le dernier rapport de l'ONU indique qu'il se pourrait qu'il ne reste plus que onze ans avant que l'impact du changement climatique sur la civilisation humaine ne devienne exponentiellement plus dévastateur. Les manifestants ont également dirigé leur indignation contre les accords internationaux tels que l'Accord de Paris, qui se sont tous révélés inutiles pour faire face à la crise.

L'impulsion initiale du mouvement, connu sous le nom de Grève des jeunes contre le changement climatique et de Vendredis pour l'avenir, a été donnée par Greta Thurnberg, âgée de 16 ans, qui a commencé à lutter contre le changement climatique devant le Parlement suédois en août dernier. Cela a été suivi d'une série de manifestations au cours des derniers mois.

Les manifestations de vendredi étaient à plus grande échelle. La liste officielle compte des actions dans plus de 2000 villes dans au moins 120 pays sur tous les continents, y compris l'Antarctique. Il y en avait 235 en Italie, 214 en France, 200 en Allemagne, 195 aux États-Unis, 144 en Suède et 120 au Royaume-Uni.

La plus grande manifestation a eu lieu à Milan, où environ 100.000 élèves et jeunes ont défilé. Les organisateurs ont compté 60.000 participants à Montréal, 50.000 à Naples, 40.000 à Paris, 30.000 à Bruxelles et Rome, 20.000 à Berlin et 10.000 à Londres. Des manifestations plus modestes impliquant des dizaines ou des centaines d'élèves et de jeunes ont eu lieu aux quatre coins du monde, notamment au Cap, à Tokyo, à Moscou, à New Delhi, à Mexico, à Jakarta, à Buenos Aires et à Shanghai.

Plus de 23.000 scientifiques allemands, autrichiens et suisses ont signé une déclaration soutenant les manifestations sous le nom de «Scientists For Future» (Scientifiques pour l'avenir). Ils ont déclaré: «Les préoccupations des jeunes manifestants sont justifiées et étayées par les meilleures données scientifiques disponibles... Les jeunes exigent à juste titre que notre société accorde la priorité à la durabilité et en particulier à l'action climatique sans plus attendre. Sans un changement profond et cohérent, leur avenir est en danger.»

Les manifestations reflètent une radicalisation croissante des jeunes à l'échelle internationale, non seulement par rapport au changement climatique, mais aussi en réponse aux inégalités sociales croissantes, à la victimisation des immigrants et des réfugiés et à la guerre sans fin.

Cela se reflétait dans de nombreux mots d'ordre sur les bannières et pancartes faites à la main que les étudiants apportaient aux rassemblements. Parmi eux il y avait: «Le capitalisme tue la planète, tuez le capitalisme», «Le profit ou l'avenir», «Les frontières ouvertes aux réfugiés», «Le capitalisme nous tue» et «Grève mondiale pour l'avenir».

Des membres du Parti de l'égalité socialiste (PES) et d'autres partisans du Web Socialist Web Site ont participé à des manifestations dans plusieurs pays, où ils ont distribué un article du WSWS intitulé «La grève des jeunes et la lutte contre le réchauffement climatique» et d'autres déclarations expliquant la lutte du PES pour mobiliser la classe ouvrière contre le capitalisme.

La perspective avancée par les partisans du PES contraste fortement avec la perspective défendue par divers politiciens du Parti démocrate et leurs homologues à l'échelle internationale. Alexandria Ocasio-Cortez a tweeté que les jeunes «commençaient à lancer des grèves climatiques pour faire pression sur leurs gouvernements afin qu'ils agissent avec un véritable plan de lutte contre le changement climatique».

Ocasio-Cortez et d'autres démocrates font la promotion d'un «New Deal vert» basé sur la fiction que, dans le cadre du Parti démocrate et du système capitaliste, on peut tout faire pour arrêter le changement climatique.

La première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, a écrit: «Nous vous écoutons et nous nous mettons à tracer la voie de la neutralité carbone», faisant référence aux différents systèmes d'échange de droits d'émission de carbone que la Nouvelle-Zélande a tentés ces dernières années. Ils ont été rejoints par divers syndicats et groupes de pseudo-gauche cherchant à renforcer la confiance en les partis de l'establishment politique.

Beaucoup de ceux qui sont venus aux manifestations, cependant, ont compris la nécessité d'une lutte politique contre le capitalisme. Ils ont discuté de la critique du PES à l'égard du Parti démocrate et des différents partis sociaux-démocrates en tant que partis du capitalisme, responsables au même titre que leurs homologues plus ouvertement de droite du militarisme, des atteintes aux droits démocratiques et de l'austérité.

L'International Youth and Students for Social Equality (IYSSE) de l'Université du Michigan s'est entretenu avec des étudiants, lycéens et jeunes à Ann Arbor, Michigan. Marisol, une élève du secondaire, a déclaré: «Les entreprises et les politiciens ne veulent absolument rien changer. La classe ouvrière a juste besoin de se réveiller et de voir sa puissance». Elle a ajouté: «Ce n'est pas la faute des gens du bas de l'échelle, qui n'ont rien. Ce sont les riches, les entreprises et les politiciens qui sont responsables.»

Lys, lycéenne à Paris, a noté: «Aujourd'hui en France, il y a 280.000 soldats. Ils sont déployés dans le monde entier. Je trouve que la France a un champ d'action beaucoup trop large. Les guerres sont menées pour des intérêts privés, qu'ils soient financiers ou politiques, et non pour des raisons humanitaires. C'est ce que je trouve dangereux. C'est aussi ce dont j'ai peur pour le climat. Ce sont les intérêts privés qui achètent la politique et le pouvoir. C'est pour ça que je suis venue aujourd'hui.»

L'injection massive de ressources qui est nécessaire pour stopper et inverser le changement climatique nécessite une réorganisation de la vie économique, sociale et politique à l'échelle internationale. La production d'énergie doit être coordonnée à l'échelle mondiale afin de passer à des formes renouvelables, ce qui exige les recherches scientifiques les plus sérieuses sur de nouvelles techniques et idées.

Cependant, un tel changement fondamental entre en conflit direct avec le système d'États-nations et la volonté des entreprises de réaliser des profits privés. Il ne s'agit pas de faire appel aux pouvoirs en place, mais de s'opposer directement à la domination de la société par une poignée de milliardaires et au système social qu'ils dirigent. En même temps, comme le démontre objectivement le caractère mondial des manifestations, les jeunes doivent se tourner vers la seule force sociale internationale progressiste sur terre, la classe ouvrière.

Tout comme le développement économique et technique a provoqué sous le capitalisme une crise écologique mondiale, il permet aussi de faire face à cette crise d'une manière rationnelle. Cependant, pour libérer les ressources nécessaires à la lutte contre le changement climatique – et contre la guerre, la pauvreté et les inégalités – il faut une réorganisation socialiste complète de la vie économique. L'économie doit être placée sous le contrôle démocratique de la classe ouvrière, seule force sociale capable d'établir une société fondée sur les besoins humains, y compris un environnement mondial sain.