L’agresseur de Corbyn incarcéré, mais l'importance de l’attaque est toujours minimisée

Par Chris Marsden
28 mars 2019

L’emprisonnement de John Murphy pour «voies de fait » confirme l’avertissement du Parti de l’égalité socialiste sur les graves conséquences pour la classe ouvrière de l’agression contre le chef travailliste Jeremy Corbyn le 3 mars.

Le SEP (Parti de l’égalité socialiste) a averti que l'attaque contre cet homme politique de 69 ans par un homme de 31 ans doit être considérée comme «un avertissement sérieux quant au climat politique droitier dangereux créé par l'élite dirigeante britannique et ses médias».

Corbyn se trouvait dans le Centre d’aide sociale de la Mosquée de Finsbury Park, lorsque Murphy brisa un œuf avec son poing serré contre la tête du leader travailliste alors qu'il était assis en train de manger avec sa femme Laura.

Les médias ont réagi universellement en minimisant l’incident, en faisant constamment référence à un œuf lancé au visage, même si la ministre fantôme de l’Intérieur, Diane Abbott, avait expliqué que Murphy avait dans les faits frappé Corbyn en laissant une marque rouge bien visible.

Une séquence vidéo, qui peut être visionnée ici, confirme le récit d'Abbott concernant une agression violente et grave. Pourtant, les médias n’ont pas changé de ton. Les principales chaînes d'information, la BBC et ITN, ont font référence à un «oeuf lancé» lorsqu'elles ont commenté la peine de 28 jours prononcée contre Murphy. Ceci en dépit du fait que la principale magistrate Emma Arbuthnot au tribunal de Westminster, a qualifié les actes de Murphy «d’attaque contre le processus démocratique», en le condamnant à 14 jours de prison avec un sursis d’un an et une amende compensatoire de £115.

Arbuthnot a poursuivi: «L'impact sur Jeremy Corbyn a été considérable. Il s'est dit très choqué et surpris et il s'était toujours senti en sécurité auparavant. M. Corbyn n'aurait pas pu anticiper être frappé ou que l'agression cesserait après un seul coup. M. Corbyn était particulièrement vulnérable en raison de sa position de chef de l'opposition.»

Dans sa propre déclaration, Corbyn a dit avoir été contraint de revoir sa sécurité personnelle et que son épouse et sa famille en sont devenues «stressées et ébranlées».

Dans un éditorial récent, le World Socialist Web Site a expliqué que Murphy avait crié: «Quand vous votez, vous obtenez ce pour quoi vous votez», faisant référence à l'acceptation par Corbyn d'un éventuel deuxième référendum sur le départ de la Grande-Bretagne de l'Union européenne. Nous avons écrit: «C’est l'atmosphère toxique générée par le Brexit et la campagne sans relâche et hystérique de l’État contre Corbyn et la «gauche» qui a été l'impulsion pour l'attaque de Murphy. Ce genre d’attaques a sa logique sinistre et meurtrière.»

Le WSWS a noté que le 19 juin 2017, Darren Osborne avait foncé au volant d’une fourgonnette louée sur un groupe de fidèles dans la rue devant la même mosquée de Finsbury Park et le Centre d’aide sociale musulmane, blessant 12 personnes et tuant Makram Ali. Il avait avoué son intention d'assassiner Corbyn et le maire travailliste de Londres, Sadiq Khan, lors d'une manifestation du 18 juin d’Al Quds dans le centre-ville de Londres. Un an plus tôt, le fasciste Thomas Mair avait assassiné Jo Cox, députée du parti travailliste pro-UE, en criant: «La Grande-Bretagne d'abord!»

Le SEP a réitéré ces avertissements lors de la réunion de lancement du livre «Pourquoi sont-ils de retour?» organisé le 17 mars dans la librairie Foyles à Londres, livre qui traite de la réémergence du fascisme en Europe. La réunion a eu lieu à peine deux jours après le massacre de 50 fidèles musulmans à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, par le fasciste australien Brenton Tarrant. Expliquant dans son manifeste comment il s'était radicalisé en Europe, Tarrant menaçait également d'assassiner le maire du parti travailliste de Londres, Sadiq Khan, et a dit qu’Osborne pensait comme lui. Il a décrit le Brexit comme «le peuple britannique qui a riposté contre l'immigration de masse, le déplacement culturel et la mondialisation, et c'est une chose formidable et merveilleuse».

Le rédacteur en chef du Daily Mirror, Kevin Maguire, a suggéré que la peine infligée à Murphy était trop sévère: «OK, ça pourrait être impopulaire, mais des travaux communautaires ne seraient-ils pas préférables à l'emprisonnement de ce stupide extrémiste à l’œuf?»

En fait, il est apparu que Murphy était un individu beaucoup plus dangereux que ce qui en avait été révélé lors de son procès et que sa peine était très clémente, en particulier dans le contexte des événements de Christchurch.

Finalement, c’était le fils de Corbyn, Tommy Corbyn, qui a répondu à Maguire en publiant une capture d'écran d'une menace de mort explicite présentée sur Facebook par Murphy contre ses opposants au Brexit. Murphy a écrit: «Tellement surréaliste que les gens soient à ce point dans l’erreur qu'ils pensent qu'ignorer un vote démocratique et inciter leur propre mort aux mains d'une foule démocratique est une idée sensée. Et au cas où vous vous le demandiez, oui, c’est une menace de mort.»

D'autres personnes ont signalé des commentaires similaires. L’Association des jeunes libéraux a noté que sur leur page Facebook, Murphy avait «menacé d'assassiner quiconque qui “approuvait l’accord du Vendredi saint” [l'accord mettant fin à la guerre civile en Irlande du Nord]; menacé de tirer sur des “putains d’islamistes traîtres” à des mosquées; menacé de violence à l'encontre de plusieurs de ses membres anti-Brexit; a dit aux membres qu’ils devraient craindre pour leur vie s’ils faisaient campagne contre le Brexit».

Un membre du groupe a ajouté: «Il a carrément déclaré qu'il tuerait des gens lors de la manifestation [l'année dernière, pro-UE]. Directement AUX personnes ciblées, pas seulement des menaces générales».

Rien de tout cela ne semble avoir été pris en compte dans la détermination de la peine de Murphy.

Cela va dans le sens des efforts déployés par les médias pour minimiser la menace de l'extrême droite, alors que d’y répondre honnêtement impliquerait une mise en cause de leur propre rôle dans leurs efforts de diaboliser Corbyn et «la gauche».

Dans la rubrique de commentaires du Daily Mail, par exemple, on trouve des déclarations telles qu’«une brique aurait été mieux», «il aurait dû utiliser une brique», «dommage que ce ne soit pas une barre de fer ou une brique», « Dommage que ce ne soit pas une grenade » et «… il [Corbyn] est un léniniste! Alors c’est la prison, un goulag ou un le peloton d’exécution pour tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. »

Les commentaires de la BBC News ajoutent à cette liste d’armes «une masse». ITN relaye des commentaires similaires, y compris une référence dénigrante sur le fait que «Corbyn avait l'air si à l'aise en train de déguster un repas avec ses amis dans la mosquée».

D'autres commentaires font référence aux calomnies des blairistes et conservateurs selon lesquelles Corbyn «déteste les Juifs» et est un «traître», qui devrait être lui-même emprisonné. Sur la page Facebook Jeremy Corbyn Watch, l’ex-soldat et admirateur de Tommy Robinson d’extrême droite, Stewart Stain, demande: « Est -ce que quelqu'un connait l'adresse du domicile de Corbyn? Je vais à Londres cette semaine et je veux lui rendre visite.»

Des éléments politiquement dérangés tels que Tarrant et des voyous comme Murphy trouvent un appui auprès de tout le spectre politique officielle, en particulier pour ce qui est du sentiment antimusulman qui imprègne le parti conservateur et l'anticommunisme qui unit les conservateurs à la droite travailliste. Le SEP réitère qu’il est nécessaire de redoubler de vigilance politique et de renforcer la sécurité vis-à-vis des provocateurs fascistes, et qu’il faut une contre-offensive politique déterminée pour le socialisme contre tous ces éléments qui portent secours à l'extrême droite. Cela inclut l'aile droite du parti travailliste, que Corbyn a protégée contre les membres de la base du parti.

(Article paru en anglais le 27 mars 2019)