Trump fulmine contre le socialisme, mais la crise de son gouvernement s'aggrave

Par Barry Grey
1 avril 2019

Enhardi par l'échec de l'enquête des démocrates sur la Russie, le président Donald Trump a profité de son premier rassemblement depuis la présentation du rapport Mueller le week-end dernier pour intensifier son attaque fascisante contre le socialisme et l'utilisation des immigrants comme boucs émissaires.

Trump a commencé sa tirade de 82 minutes jeudi soir à Grand Rapids, dans le Michigan, en jubilant sur le rapport Mueller, déclarant: «Le canular russe est enfin mort. L'illusion de collusion est terminée.» Il a dénoncé les démocrates et les agents des services de renseignements qui ont initié l'enquête sur la Russie et a exigé, sur fond de chants de «Enfermez-les», qu'ils en soient tenus «responsables».

Utilisant le langage du terroriste néonazi Brenton Tarrant, qui a tué 50 musulmans en Nouvelle-Zélande plus tôt ce mois, Trump a qualifié les immigrants d'«envahisseurs» et s'est engagé à «les jeter derrière les barreaux ou hors du pays».

Le discours de M. Trump est survenu quelques jours seulement après que le Congrès américain a échoué à empêcher son appropriation dictatoriale des fonds du Pentagone pour construire un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, et alors que des photos ont émergé d'enfants immigrants entassés derrière des barbelés sous un pont autoroutier à El Paso, Texas.

Cependant, malgré toutes ses fanfaronnades et son succès à faire adopter ses politiques d'extrême droite par les tribunaux et le Congrès, Trump, qui a maintenu le taux d'approbation net le plus bas de tous les présidents depuis la Deuxième Guerre mondiale, demeure immensément détesté. Il préside un gouvernement en crise, corrompu et méprisé.

Trump a pris la parole à Grand Rapids, dans un bastion du conservatisme rural, au siège social d'Amway, l'opération pyramidale liée à la milliardaire Betsy DeVos, secrétaire à l'Éducation, dont les employés étaient probablement amenés par autobus par des milliers. Pour autant Trump n'a pu rassembler que 15 000 personnes.

Si une marche était organisée à Washington pour s'opposer sérieusement à Trump, le taux de participation serait de l'ordre de plusieurs millions. Après tout, un peu plus de trois millions de personnes ont défilé à travers les États-Unis pour protester contre son entrée en fonction.

Pour autant que Trump semble fort, c'est seulement à cause de la couardise de ses adversaires politiques cyniques et lâches au sein du Parti démocrate.

Trump est maintenu au pouvoir en grande partie par les démocrates. Dès le début, les efforts des démocrates pour fomenter un coup d'État de palais ont visé à démobiliser et à désarmer une véritable opposition de masse contre le gouvernement Trump. Les démocrates ont mené leur campagne contre Trump sur une base d'extrême droite, en accusant la Russie de «collusion» et en se concentrant sur les différends en matière de politique étrangère.

Le fait est que les démocrates, qui parlent au nom d'une faction de l'oligarchie financière et de l'appareil de renseignement militaire, sont d'accord avec une grande partie de la politique intérieure de Trump. Trump est soutenu par le Congrès, qui a voté massivement pour ses dépenses militaires record. Il a également refusé de s'opposer sérieusement à ses attaques contre les immigrants et à sa redistribution vers le haut de la richesse par la déréglementation et les réductions de l'impôt des sociétés. Les tribunaux ont approuvé les violations de la Constitution par l'administration, tout comme son interdiction de voyager visant les musulmans, et ont refusé de bloquer son détournement de fonds manifestement inconstitutionnel pour la construction du mur frontalier.

Mais si c'est une chose de se jouer du Parti démocrate, c'en est une autre de faire face à une opposition populaire réelle. Parmi de larges groupes de travailleurs et de jeunes, le nom de Trump est un blasphème. Ses cotes d'approbation actuelles demeurent extrêmement basses. Près de soixante pour cent des Américains disent qu'ils ont «peu ou pas confiance» dans la politique d'immigration de Trump.

Le gouvernement Trump est un gouvernement pour une période de crise profonde et qui s'intensifie. Une récession est imminente et la Réserve fédérale n'a que peu de munitions pour la combattre. La politique étrangère de Trump, qui titube d'une crise à l'autre, a révélé le déclin spectaculaire de la position mondiale de l'impérialisme américain.

Les fanfaronnades de Trump ne viennent pas de sa force, mais de sa faiblesse. Alors que le projet de révolution de palais du Parti démocrate tombe à l'eau, l'opposition sociale s'intensifie.

Depuis que Trump a pris ses fonctions, le nombre de travailleurs engagés dans des grèves a été multiplié par 20. Depuis le début de l'année, des dizaines de milliers d'enseignants, d'employés des chemins de fer, d'universitaires et de musiciens d'orchestre ont fait grève. Il ne s'agit là que de l'expression initiale d'une montée d'opposition sociale. Trump sait pertinemment que les efforts visant à éviscérer les politiques sociales dont dépendent des millions de personnes créeront une opposition populaire.

Le nom que Trump donne à cette opposition, des grèves salariales en passant par le dégoût par rapport à sa répression xénophobe à l'encontre des immigrés, c'est le socialisme. Le socialisme est devenu un thème dominant dans tous ses discours, y compris celui de Grand Rapids. Exprimant les intérêts crus de l'élite financière, Trump a déclaré que le socialisme signifierait «la déflation de vos actions et de vos obligations».

Les appels de plus en plus fascisants de Trump, qui ne touchent qu'une minorité des couches les plus arriérées de la société, visent à développer un mouvement de droite pour contrer la croissance de l'opposition de gauche de la classe ouvrière.

Le même processus se déroule dans tous les pays du monde. En France, le détesté Emmanuel Macron invoque l'héritage du collaborateur nazi Philippe Petain alors qu'il envoie l'armée contre les manifestants contre l'austérité. En Allemagne, l'establishment politique, y compris la presse et les milieux universitaires, ont mené une campagne pour promouvoir et légitimer les mouvements d'extrême droite afin de créer une base politique pour le réarmement de l'Allemagne. L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) fascisante a été élevée au rang d'opposition politique officielle.

Au cours des cinq années qui se sont écoulées depuis que Der Spiegel, un grand journal allemand a publié une interview du professeur d'extrême droite Jörg Baberowski, qui a déclaré que «Hitler n'était pas cruel», le Socialistische Gleichhestpartei (SGP) a été à l'avant-garde de la lutte contre le fascisme en Allemagne.

Le Socialist Equality Party (Parti de l'égalité socialiste) aux États-Unis a invité Christoph Vandreier, une figure de proue dans la lutte du SGP contre la résurgence du fascisme, et auteur de Pourquoi sont-ils de retour ? Falsification historique, complot politique et retour du fascisme en Allemagne, pour prendre la parole à une série de réunionss sur «La menace du fascisme et comment le combattre».

La croissance de la réaction politique, centrée au sein de l’État, constitue un danger réel et urgent pour la classe ouvrière. Il y a une opposition massive à l'administration Trump, mais elle a été étouffée et réprimée par le Parti démocrate, les syndicats et leurs alliés de pseudo-gauche. La véritable lutte contre l'administration Trump ne peut commencer que lorsqu'elle s'appuie sur la classe ouvrière et sur un programme socialiste.

Tous les travailleurs et les jeunes opposés à Trump et à ses politiques de guerre, de répression et d'inégalités sociales devraient assister à ces événements politiques essentielles.

(Article paru en anglais le 30 mars 2019)