La cathédrale Notre-Dame de Paris dévastée par un incendie

Par Alexandre Lantier
16 avril 2019

Hier soir, un violent incendie a dévasté la cathédrale Notre-Dame de Paris, le monument le plus visité d’Europe avec 14 millions de visiteurs annuels. Le feu, qui se serait déclaré vers 18h50 dans la charpente de la toiture de la cathédrale, a provoqué l’effondrement la flèche environ une heure plus tard et puis totalement détruit la toiture. Une plume d’épaisse fumée jaunâtre qui se dégageait de la cathédrale en feu dominait la ville de Paris hier.

Le personnel de la cathédrale a rapidement évacué les touristes qui étaient à l’intérieur, et les forces de l’ordre ont évacué les quartiers avoisinants de l’île de la Cité. Quand les flammes se sont répandues à l’intérieur de la cathédrale et ont atteint la tour nord de la façade, le secrétaire d’État à l’Intérieur Laurent Nunez a communiqué vers 21h qu’il n’était «pas acquis» que la structure de la cathédrale serait sauvée. Toutefois, vers 23h les pompiers ont annoncé que «La structure de Notre-Dame de Paris est sauvée et préservée dans sa globalité».

Alors que 500 sapeurs-pompiers luttaient toujours contre les flammes tard hier soir, un pompier était blessé, et la chaleur à l’intérieur de la cathédrale causée par le plomb fondu dans la toiture effondrée était intense.

Vers 23h hier le parquet de Paris a ouvert une enquête pour «destruction involontaire par incendie», écartant apparemment ainsi pour l’heure la piste d’une incendie criminelle. D’importants travaux étaient en cours sur le toit dans le contexte de travaux de rénovation de la cathédrale. La piste d’un feu accidentel parti depuis le chantier «retient l'attention des enquêteurs en l'état des investigations», a fait savoir une source judiciaire proche du dossier.

Des millions de gens en France et autour du monde sont sous le choc, face à la dévastation d’un édifice dont la construction commencée en 1163 s’est étendue sur deux siècles, et qui fait à présent partie du patrimoine de l’humanité.

Aerial view of the fire at Notre Dame

Des milliers de gens se sont recueillis aux alentours de la cathédrale en feu hier. Une Parisienne en larmes a confié à BFM-TV: «J’assiste à un désatre. Je ne suis pas spécialement pratiquante, mais c’est un symbole de notre jolie ville qui déjà ne va pas extrêmement bien, alors ça me rend très triste.»

«C'est vraiment triste, la chose la plus triste que j'ai jamais vue dans ma vie», a déclaré Sam Ogden, un touriste britannique venu à Paris pour visiter Notre-Dame.

D’innombrables chefs-d’oeuvres visités et photographiées par des centaines de millions de gens à travers le monde ont subi des dommages qui restent à déterminer. Parmi eux, les trois rosaces, vitraux datant du 13e siècle, et les trois orgues, dont le célèbre grand orgue avec ses cinq claviers, 109 jeux et près de 8.000 tuyaux. Il reste aussi à voir quel impact la choc thermique aura eu sur la stabilité structurelle de la pierre dont est composée la plupart de la cathédrale.

La perte pour l’humanité que représente cette destruction en rappelle inévitablement d’autres, dont le pillage du musée national irakien par les troupes d’occupation après l’invasion illégale par des pays de l’OTAN en 2003, ou l’incendie du Musée national brésilien en 2018. Les mesures d’austérité du gouvernement brésilien avait dépourvu le musée à Rio des protections nécessaires contre l’incendie. Les pompiers arrivés pour le combattre se sont retrouvés sans les échelles et avec des bornes à incendie inutilisables.

Il est difficile de comprendre comment la cathédrale Notre Dame a pu se trouver sans défense face à ce type d’incendie. La vulnérabilité des flèches et des toitures des cathédrales à l’incendie est connue depuis des siècles, les cathédrales de Reims et de Chartres ayant connu des incendies majeurs de ce type en 1481 et en 1506 respectivement.

The spire collapsing at Notre Dame

Notre-Dame a été épargnée par l’incendie non seulement au Moyen Âge et à la Renaissance mais aussi sous la Révolution française et la Commune de Paris, alors que les Parisiens attaquaient la cathédrale en se soulevant contre l’Église, et pendant deux guerres mondiales au 20e siècle.

Malgré toutes les vastes avancées techniques dont dispose l’humanité au 21e siècle, c’est aujourd’hui que ce bâtiment a été ravagé par les flammes. De lourdes questions se posent, alors que les budgets en France sont orientés vers l’austérité et les réductions d’impôts pour les riches, pour savoir si une dépense supérieure sur la rénovation de Notre Dame aurait permis d’arrêter l’incendie avant qu’il ne dévaste tout l’édifice.

Dans un Tweet le président américain Donald Trump a suggéré d’envoyer des avions largueurs d’eau survoler Notre Dame, ce qu’a formellement contesté la Direction générale de la Sécurité Civile française: «Le poids de l’eau et l’intensité du largage à basse altitude pourraient en effet fragiliser la structure de Notre-Dame et entraîner des dommages collatéraux sur les immeubles aux alentours.»

Emmanuel Macron a visité le site de Notre Dame accompagné du premier ministre Edouard Philippe et de la maire de Paris, Anne Hidalgo. Il avait auparavant reporté un discours projeté sur sa réponse aux revendications des «gilets jaunes», qui manifestent depuis cinq mois contre la politique d’austérité et d’accroissement des inégalités sociales qu’il mène.

Des déclarations de solidarité ont afflué de dirigeants du monde entier. Les gouvernements allemand, britannique, turc, italien, espagnol, et portugais ainsi que la mairie de Londres et le Vatican ont tous communiqué leur tristresse. Macron a quant à lui prononcé une brève allocution devant Notre-Dame de Paris pendant laquelle il a promis de rebâtir la cathédrale.

Il semble probable que Notre-Dame sera à présent pendant de longues années fermée au public et en réparation.