N’ayant pas dit un mot sur Assange, Bernie Sanders fait la promotion du nationalisme à un rassemblement au Michigan

Par Tom Hall
16 avril 2019

Lors d'un rassemblement de campagne samedi à Warren, au Michigan, Bernie Sanders a gardé le silence sur l'arrestation de Julian Assange. À ce jour, Sanders n'a pas fait une seule déclaration sur Assange depuis que l'ancien rédacteur en chef de WikiLeaks a été traîné hors de l'ambassade équatorienne par la police britannique jeudi. L'administration Trump cherche à obtenir son transfert illégal aux États-Unis, où il risque l'emprisonnement, la torture ou même l'exécution.

Le journaliste du World Socialist Web Site, Andre Damon, ainsi que ce journaliste, ont demandé à Sanders, alors qu'il quittait le lieu du rassemblement de la banlieue de Detroit, s'il soutenait l'arrestation et l'emprisonnement d'Assange et de la lanceuse d’alertes, Chelsea Manning. Nous n'avons reçu aucune réponse.

Le silence de Sanders démontre son soutien à la restitution d'Assange. Dans les jours qui ont suivi l'arrestation, les démocrates et les républicains n’ont fait que célébrer. Pour l'ensemble de la classe dirigeante, le musellement d'Assange est une priorité absolue. Depuis des années, les politiciens et les responsables militaires demandent qu'Assange soit capturé et tué en représailles à ses révélations journalistiques sur les crimes de l'impérialisme américain.

Bernie Sanders

Sanders soutient depuis longtemps la campagne anti-Russie des démocrates, au centre de laquelle se trouve la calomnie selon laquelle WikiLeaks a collaboré avec le gouvernement russe et la campagne électorale de Trump pour publier du matériel de source anonyme endommageant la candidature présidentielle d'Hillary Clinton.

«Trump ne comprend pas ce que la Russie a fait, non seulement lors de nos élections, mais aussi par le biais de cyberattaques contre toutes les parties de notre infrastructure», a déclaré M. Sanders en juillet dernier, ajoutant que «nous devons nous assurer que la Russie n'interfère pas, non seulement dans nos élections, mais dans les autres aspects de notre vie».

En octobre 2015, Sanders s'est également prononcé en faveur de la poursuite du lanceur d'alerte Edward Snowden, qui a révélé les activités illégales d'espionnage à grande échelle par les services de renseignement américains. «Il a enfreint la loi, et je pense qu'il devrait y avoir une peine pour cela», a dit Sanders, ajoutant cyniquement que sa peine devrait être «clémente».

Sanders entre dans la course aux primaires démocrate comme l'un des favoris, comme l'ont récemment reconnu le Los Angeles Times et d'autres journaux. Dans les sondages, Sanders mène sur tous les autres candidats, à l'exception peut-être de Joe Biden, qui n'a pas été officiellement annoncé et dont les chances ont peut-être déjà été torpillées par une campagne à la #MeToo contre lui. Sanders a aussi amassé plus d'argent à ce jour que tout autre candidat, surtout grâce à de petits dons.

Toutefois, la participation relativement faible au rassemblement de samedi laisse entrevoir une baisse d'enthousiasme de la part des travailleurs et des jeunes depuis sa campagne de 2016. Seulement quelques centaines de personnes, pour la plupart issues de la classe moyenne, ont assisté au rassemblement, qui s'est tenu dans un petit stationnement du Macomb County Community College.

On est bien loin de 2016, lorsque des milliers de personnes se sont déplacées pour entendre Sanders parler lors de rassemblements dans tout le pays, et dans le Midwest en particulier, attirés par le «socialisme démocratique» autoproclamé de Sanders. Le large soutien qu'il a reçu reflétait une opposition profonde à l'inégalité sociale et à la pauvreté, en particulier dans les anciennes zones industrielles dévastées par la crise économique.

Il y avait une frustration évidente parmi les volontaires de la campagne de Sanders pour son incapacité à défendre Julian Assange, ce qui indique le caractère fragile de son soutien populaire. «C'est l'une des choses qu'il a faites qui m'a déçu», a déclaré un militant à ce journaliste.

Amit Barua, informaticien et organisateur de la campagne de Sanders pour Sterling Heights, a déclaré que le silence de Sanders «en dit long», ajoutant: «Sanders ne s'inquiète pas pour Assange parce qu'il fait partie du gouvernement». Il a ajouté qu'il pensait que la classe dirigeante avait peur d'Assange parce qu'«ils ont peur de ce qui arrive quand les gens se révoltent».

Lors du rassemblement de samedi, Sanders a reconnu que Trump avait gagné les États du Midwest lors de l'élection générale qu'il (Sanders) avait remportée dans les primaires, ajoutant que sa campagne 2020 garantirait que «cette erreur ne sera pas répétée».

En réalité, un facteur majeur derrière la victoire de Trump dans ces États a été le soutien de Sanders à Hillary Clinton, largement détestée par les travailleurs pour ses politiques proguerre et ses liens avec Wall Street. Dans le cadre étroit du système politique américain, cela ne laissait aux travailleurs aucun moyen d'exprimer leur opposition à la guerre et à l'inégalité, si ce n'est de s'abstenir ou de voter pour le populiste de droite Trump.

Depuis lors, Sanders s'est déclaré à plusieurs reprises prêt à soutenir les mesures protectionnistes et de guerre commerciale de Trump, qui sont étroitement liées politiquement à l'attaque de Trump contre l'immigration et à sa promotion des forces d'extrême droite. Samedi, Sanders a critiqué Trump pour ne pas être allé assez loin sur ce point.

Cherchant à attaquer Trump de la droite et à surpasser l'appel du président au chauvinisme et à la xénophobie, le sénateur du Vermont a déclaré: «Le traité de l'ALENA que Trump a renégocié avec le Mexique permettra toujours à des entreprises comme General Motors d'envoyer nos emplois au Mexique. Alors aujourd'hui, je défie Donald Trump: pour une fois dans votre vie, tenez vos promesses électorales. Revenons à la case départ de l'ALENA. N'envoyez pas ce traité au Congrès à moins qu'il ne comprenne des mécanismes d'application forts et rapides pour augmenter les salaires des travailleurs et empêcher les entreprises de délocaliser au Mexique les emplois américains.» M. Sanders a ajouté que les sociétés qui transfèrent leur production à l'étranger ne devraient pas s'attendre à recevoir de contrats fédéraux.

Cet appel nationaliste dans Warren fait suite à ses remarques de la semaine dernière dans l'Iowa, lorsque Sanders a déclaré son opposition à l'ouverture des frontières en déclarant: «On ouvre les frontières, il y a beaucoup de pauvreté dans ce monde, et on va avoir des gens du monde entier. Et je ne pense pas que ce soit quelque chose que l’on puisse faire à ce stade. On ne peut pas.»

Sanders a été félicité par le leader néonazi américain Richard Spencer pour ces remarques.

Dans Warren, Sanders n'a fait que des remarques vagues et superficielles sur l'immigration, appelant à une «réforme complète de l'immigration» et à une «voie vers la citoyenneté» non spécifiée pour les immigrants sans papiers.

Son soutien au nationalisme est lié à son soutien à l'AFL-CIO, aux Travailleurs unis de l'automobile (TUA) et au reste des syndicats officiels, qui promeuvent le nationalisme depuis des décennies dans le cadre de leurs efforts pour saboter les luttes des travailleurs contre la fermeture des usines et les licenciements. S'adressant à Sanders lors du rassemblement, un ex-bureaucrate du syndicat des Teamsters et des TUA s'est engagé à soutenir Sanders de la part de ces organisations corrompues, déclarant: «Les syndicats seront avec Bernie».

Sanders, sans aucun doute, a choisi le Michigan pour ces remarques en raison des fermetures d'usines qui ont été annoncées récemment par GM et auxquelles l'UAW et son homologue canadien, Unifor, ont répondu avec le chauvinisme anti-mexicain. Les TUA, dont la corruption a été démasquée dans le cadre d'une enquête fédérale, à reçu des millions en pots-de-vin de Fiat Chrysler pour imposer aux travailleurs des contrats pro-entreprises, sont déterminés à éviter que les travailleurs américains se livrent à une lutte commune avec des travailleurs automobiles mexicains qui ont fait récemment la grève à Matamoros.

Le soutien silencieux de Sanders à la persécution d'Assange et sa promotion du nationalisme découlent de son orientation politique procapitaliste et pro-impérialiste. Ces positions de droite démontrent que son véritable objectif n'est pas, comme il le prétend, de mener une «révolution politique» contre la «classe milliardaire», mais de tromper, désorienter et réprimer l'opposition parmi les travailleurs et les jeunes en la canalisant derrière le parti proguerre de la grande entreprise qu’est le Parti démocrate.

(Article paru en anglais le 15 avril 2019)