Le gouvernement conservateur de l'Ontario intensifie ses attaques contre les droits des travailleurs

Par Penny Smith
29 avril 2019

Le premier ministre populiste de droite de l'Ontario, Doug Ford, et son gouvernement progressiste-conservateur intensifient leur attaque contre les droits des travailleurs.

Lors d'une récente visite à Markham, Ford a annoncé que son soi-disant «gouvernement pour le peuple» criminalisera les moyens de pression pris par les enseignants qui s'opposent à ses tentatives de faire augmenter la taille des classes, réduire le nombre d'enseignants et imposer d'autres reculs qui vont augmenter la charge de travail des enseignants et miner davantage l'éducation publique.

Alors que des dizaines de milliers d'enseignantes et d'enseignants de la province entament des négociations contractuelles qui culmineront à l'automne, Ford a déclaré: «N’imposez pas cette grève absurde aux parents et aux élèves pauvres». Le propriétaire d'entreprise, multimillionnaire, a décrit les enseignants de la province – qui doivent de plus en plus faire face dans leurs classes aux problèmes sociaux causés par des décennies d'austérité, d'inégalité sociale rapace et d'insécurité économique croissante – comme étant «gras dur».

«Je pense que c'est une assez bonne affaire qu'ils ont en ce moment, a dit Ford. Ils ont leurs trois mois de vacances. Ils ont le meilleur régime d'avantages sociaux de tout le pays, la meilleure pension de tout le pays, le régime d'assurance-maladie. Ils ont un super boulot, si je peux me permettre.»

Venant de la bouche d'un premier ministre dont le gouvernement a déjà annoncé une augmentation de la taille des classes qui coûtera plus de 10.000 postes d'enseignants, et une misérable «augmentation» annuelle de 1,2 % du budget de l'éducation – en termes

réels, une réduction des dépenses – il ne peut y avoir de doute quant à la signification des remarques de Ford. Lui et son gouvernement ont l'intention d'interdire tout moyen de pression des enseignants qui contestent leur assaut sur l'éducation publique, tout en accusant de façon démagogique les enseignants de tenir les enfants et les parents en «otages».

Au pouvoir depuis juin dernier seulement, le gouvernement Ford a déjà interdit à deux reprises des grèves. L'été dernier, il a criminalisé une grève de plus de deux mille auxiliaires d'enseignement et diplômés de l'Université York et, en décembre, il a criminalisé la menace d'une grève de 6000 travailleurs de l'Ontario Power Generation.

Encouragés par l'assentiment et la complicité des syndicats, Ford et son gouvernement mènent une brutale guerre de classes, sabrant le financement des services publics et sociaux essentiels et amputant les droits des travailleurs.

Le 3 avril, la semaine précédant le dépôt du budget d'austérité du gouvernement conservateur, la Loi sur le rétablissement de la compétitivité de l'Ontario (projet de loi 66) a été promulguée. Au nom de la réduction de la bureaucratie, cette mesure législative fait reculer les normes du travail et les règles environnementales.

Les changements apportés aux règles régissant les heures supplémentaires sont particulièrement importants. Ces changements permettront aux employeurs d'abaisser les salaires des travailleurs en évitant d'avoir à payer des heures supplémentaires et feront en sorte qu’il leur sera plus facile d’obliger leurs travailleurs à faire plus de 48 heures par semaine.

Sous l'ancienne loi, les employeurs ne pouvaient pas forcer les travailleurs à travailler plus de 48 heures par semaine, à moins que le directeur des normes d'emploi du ministère du Travail n'ait approuvé un accord employeur-travailleur permettant une semaine de travail plus longue. Désormais, de tels accords ne nécessiteront pas l'approbation du ministère, ce qui facilitera grandement la tâche des entreprises pour intimider les travailleurs afin qu'ils travaillent plus de 48 heures.

La Loi sur le rétablissement de la compétitivité de l'Ontario modifie également les règles régissant le calcul de la moyenne des heures supplémentaires, de façon à ce qu'il soit beaucoup plus facile pour les employeurs d'éviter d'avoir à payer des heures supplémentaires aux travailleurs lorsqu'ils travaillent plus de 44 heures dans une semaine donnée.

Un rapport précédent commandé par le ministère du Travail de l'Ontario avait recommandé la suppression du calcul de la moyenne des heures supplémentaires, car il n'y avait «aucune raison de miner l'obligation de payer les heures supplémentaires en permettant l’usage de la moyenne».

Au lieu de cela, le gouvernement a prolongé la durée du calcul de la moyenne des heures supplémentaires de deux à quatre semaines. Cela permettra aux employeurs d'imposer des heures plus longues et des horaires de travail irréguliers qui les aideront à maximiser leurs profits, notamment en minimisant leurs paiements d'heures supplémentaires.

Le projet de loi 66 modifie également la Loi sur les relations de travail afin de supprimer la stipulation selon laquelle les municipalités et les organismes financés par l'État, comme les hôpitaux et les universités, doivent employer des entreprises de construction syndiquées pour des projets d'infrastructure. Bien que les syndicats du bâtiment collaborent depuis longtemps à l’imposition des attaques brutales contre les travailleurs de la construction, ce changement vise à ouvrir la porte à une attaque intensifiée contre les salaires et les conditions de travail des travailleurs, y compris leur santé et leur sécurité au travail.

La nouvelle loi apporte de nombreux autres changements réglementaires régressifs, notamment en ce qui concerne la protection de l'eau potable, l'utilisation de substances toxiques par les entreprises, l'affichage obligatoire des normes du travail sur les lieux de travail et les ratios enseignant-enfant dans les garderies.

Cette attaque contre les droits des travailleurs fait suite à l'abrogation par le gouvernement Ford, en vertu de la Loi favorisant l'ouverture de l'Ontario aux entreprises, d'une augmentation du salaire minimum de 14 $ à 15 $ prévue pour janvier. L'augmentation, proposée par l'ancien gouvernement libéral dans une tentative désespérée de rallier des appuis avant les élections provinciales de juin dernier, a été remplacée par le crédit d'impôt pour les personnes et les familles à faible revenu (LIFT), qui, selon les conservateurs, donnerait tout autant d'argent aux travailleurs à faible revenu.

Une étude menée par le propre organisme indépendant de surveillance financière du gouvernement de l'Ontario, le Financial Accountability Office (FAO), a démenti ces allégations. «Le crédit LIFT offrira moins d'avantages aux travailleurs au salaire minimum que l'augmentation du salaire minimum de 14 $ à 15 $ l'heure», a déclaré Peter Weltman, coauteur du rapport. L'étude indique qu'environ 800.000 travailleurs au salaire minimum de l'Ontario n'obtiendront rien du crédit LIFT parce que leurs gains sont si faibles qu'ils ne paient pas d'impôt provincial sur le revenu.

Le gouvernement Ford est le fer de lance de la campagne de la classe dirigeante canadienne visant à accroître les profits et à attirer les investissements par une exploitation accrue de la classe ouvrière – austérité, privatisation, déréglementation et réduction des protections du travail et de l'environnement. En novembre dernier, Ford se vantait déjà que son gouvernement avait «économisé» 3,2 milliards de dollars en dépenses de programmes aux contribuables, tout en réduisant les impôts des grandes entreprises et des riches.

Terrifiés à l'idée que toute mobilisation de masse contre le gouvernement Ford puisse rapidement échapper à leur contrôle, les syndicats réagissent aux maintes provocations et indignations du gouvernement avec une multitude de communiqués de presse.

Après une décennie et demie au cours de laquelle ils ont appuyé un gouvernement libéral favorable à l'austérité et aux grandes entreprises à Queen's Park, la Fédération du travail de l'Ontario (FTO), Unifor et les autres syndicats sont déterminés à étouffer toute contestation de la classe ouvrière contre le gouvernement Ford et le programme d'austérité et de «compétitivité» de la classe dirigeante canadienne. Au lieu de cela, la FTO exhorte les travailleurs à attendre 2022 pour élire un gouvernement «progressiste», c'est-à-dire un gouvernement de droite, procapitaliste, dirigé soit par le Nouveau Parti démocratique, soit par les libéraux.

La vague d'attaques sociales des conservateurs se heurte néanmoins à la colère et à l'opposition croissante de la classe ouvrière ontarienne, comme en témoigne l'augmentation des manifestations et des grèves dans toute la province au cours des dernières semaines. Le 6 avril, plus de 10.000 enseignants, élèves, parents et leurs partisans se sont rassemblés à l'extérieur de l'Assemblée législative de l'Ontario, à peine deux jours après que plus de 100.000 élèves du secondaire de la province aient quitté les écoles.

Ford a expliqué quels seraient les préparatifs de son gouvernement pour répondre à ce raz-de-marée militant.

S'adressant à l'élite corporative lors du Sommet économique de l'Ontario à Niagara-on-the-Lake en octobre, il a affirmé que «ce n’est pas tout le monde qui appuie l'ouverture de l'Ontario aux affaires... ces forces s'organisent déjà». Comme le souligne sa menace implicite d'interdire la grève des enseignants, Ford et la classe dirigeante se préparent à utiliser la répression et la violence de l'État pour imposer leurs politiques sociales incendiaires et antidémocratiques.

Si la classe ouvrière veut développer une contre-offensive soutenue contre le

gouvernement Ford – et elle doit le faire – elle doit être armée d'une perspective et d'un programme socialistes, et s'organiser indépendamment des syndicats procapitalistes et en opposition à ceux-ci. Seule la lutte pour le pouvoir politique de la classe ouvrière en Ontario, au Canada et à l’international peut mener à une réorganisation radicale de la vie socio-économique en fonction des besoins humains et non du profit privé.

(Article paru en anglais le 26 avril 2019)