Jean-Luc Mélenchon, politicien de pseudo-gauche, appelle à une alliance avec le Parti socialiste

Par Will Morrow
11 mai 2019

Dans un entretien accordé au quotidien Libération, Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France insoumise (LFI), a proposé, à la fin du mois dernier, une coalition avec le Parti socialiste (PS) pour les élections présidentielles françaises de 2022.

LFI cherchera à utiliser ses voix aux élections européennes ce mois-ci pour construire une coalition. Il a dit: «si l’élection nous en donne la force, nous assumerons de nouveau notre responsabilité. Nous proposerons de nouveau une fédération populaire à construire dans les élections suivantes et dans les mouvements écologiques et sociaux.»

Mélenchon a dit clairement qu’il n’exclut pas une coalition avec qui que ce soit. «A l’Assemblée, on vote même des fois avec la droite. C’est le contenu qui compte, pas l’étiquette». Quant au contenu, le programme de LFI «est une bonne base de départ» pour «discuter partout.»

Appelant à l’unité avec le PS, il a dit: «Mais il faut aussi clarifier les positions… Le PS se sépare-t-il du SPD [allemand], qui participe à une coalition avec Merkel? (…) à l’Assemblée nationale, les députés à la gauche de l’hémicycle votent ensemble les neuf dixièmes du temps. Pourquoi est-ce possible à l’Assemblée et impossible dès qu’on arrive devant un journaliste?»

Ces derniers mois ont vu la classe ouvrière se déplace vers la gauche, en opposition à l’ensemble de l’élite politique. C’est un mouvement qui a trouvé son expression initiale dans les manifestations de masse des Gilets jaunes depuis novembre dernier. Les déclarations de Mélenchon montrent que sa réponse est de se déplacer davantage vers la droite.

Malgré l'obtention de 7 millions de voix aux élections présidentielles de 2017, Mélenchon s'est avéré incapable de lancer, et indifférent à, toute action en faveur du mouvement des Gilets jaunes. Il n'a pas appelé de manifestations de masse pour soutenir les Gilets jaunes et s’est contenté de regarder les syndicats étrangler les grèves appelées en solidarité avec eux. Il a préféré publier des déclarations le saluant comme un mouvement du peuple tout en attaquant le marxisme, appelant à «rompre avec la centralité du concept de prolétariat et de révolution socialiste en tant que couple inévitable dans la dynamique de l'Histoire.»

Maintenant, il se prépare à rejoindre un gouvernement bourgeois avec le PS, engagé à intensifier les attaques d'austérité et les guerres impérialistes, et à accélérer l'édification d'un État policier contre la classe ouvrière.

Les travailleurs et les jeunes détestent à juste titre le PS. Ce parti est à 5 pour cent dans les sondages, et il n’est pas certain qu’il atteindra le seuil requis pour obtenir des sièges au Parlement européen. Son effondrement est le résultat de son rôle pendant quatre décennies dans l’imposition d’attaques contre la classe ouvrière et le soutien aux guerres impérialistes.

Appeler à une alliance avec le PS signifie en fait soutenir le gouvernement actuel d'Emmanuel Macron, qui déploie l'armée française contre les manifestants, a salué l'héritage du dictateur fasciste Pétain comme un «grand soldat», et envoie des milliers de policiers anti-émeute pour tirer des balles en caoutchouc et du gaz lacrymogène sur les manifestants.

Le gouvernement de Macron est une créature politique du PS. Il est composé principalement d’anciens et actuels fonctionnaires du PS, dont le plus important est le «président des riches» lui-même, qui a été ministre des finances sous la présidence de François Hollande, du PS. La ministre de la défense, Florence Parly, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner, le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, et d’autres, sont des fonctionnaires de longue date du PS. Dans le cas de Le Drian et Castaner, ils sont restés au sein du PS pendant les premiers mois où ils servaient dans le gouvernement Macron. Le Drian n’a mis fin à sa propre adhésion, datant de 40 ans, qu’en 2018.

Macron s’appuie simplement sur les réalisations de son prédécesseur du PS, Hollande. Sa loi travail, annoncée dans les trois mois qui ont suivi sa prise de fonction — supprimant de nombreuses limites sur le temps de travail et les licenciements — contenait les mêmes mesures que Hollande avait tenté d’imposer un an auparavant, mais qu’il avait retiré face à une opposition massive. Sa loi anti-manifestation, qui permet à la police d’interdire à quiconque d’assister à une manifestation, fait suite à l’état d’urgence qui a duré deux ans et qui a débuté en novembre 2015, une mesure votée à l’Assemblée nationale par le parti de Mélenchon.

Tel est le caractère de la «fédération populaire» de Mélenchon!

L’appel de Melenchon souligne également le caractère bourgeois et de droite des partis aux côtés du LFI aux élections européennes, dans le cadre du bloc gauche unitaire européen/Gauche verte nordique. Il s’agit notamment de Podemos en Espagne, du Parti de gauche en Allemagne et de Syriza en Grèce.

Le député suit une voie bien balisée par ses collègues pseudo-gauchistes alliés européens. Leur réponse à la recrudescence de la lutte de la classe ouvrière, après une décennie d’austérité, se fonde sur les forces sociales de la classe moyenne supérieure qu’ils représentent, ainsi que par leur peur de la classe ouvrière et leur hostilité envers elle. Universellement, ils resserrent les rangs avec l’État et les partis bourgeois officiels, et participent directement à la répression de la classe ouvrière.

En Espagne, Podemos a été un jeune partenaire gouvernemental de coalition avec le Parti socialiste qui a mené une répression policière contre les manifestations nationalistes catalanes.

En Grèce, Syriza (la Coalition de la gauche radicale, mal nommée) est arrivée au pouvoir en 2015 en faisant appel à l’opposition de la classe ouvrière à l’austérité, mais a immédiatement invité le parti de droite Anel, dans une coalition, et a depuis imposé une austérité encore plus brutale que ses prédécesseurs du Pasok et de Nouvelle démocratie.

Et en Allemagne, le Parti de gauche, alors qu’il siégeait à la tête de comités militaires et d’autres comités gouvernementaux avec la Grande Coalition, a supprimé de sa constitution en février toutes les critiques de l’Union européenne qui était jusque-là qualifiée de «militariste, antidémocratique et néolibérale.»

Impliqué dans ces crimes politiques, il n’y a pas seulement Mélenchon, mais le Nouveau parti anticapitaliste et toute la pseudo-gauche française, qui ont promu la Syriza et le Podemos depuis le début.

Mélenchon sait très bien que le PS est détesté. À plusieurs reprises, dans son entretien avec Libération, il déclare qu’il a l’intention de combler un vide politique créé par l’effondrement des partis sociaux-démocrates et des syndicats anti-classe ouvrière. «Nous ne sommes plus dans les années 70», dit-il. «Le champ politique s’est effondré. Pas de mon fait. Ce sont les électeurs qui ont dissous le PS et nous ont portés en avant. Nous assumons notre situation. Pas les autres.»

Sa «réponse» s’inscrit tout à fait dans la continuité de sa longue carrière politique.

Après une brève adhésion à l’Organisation communiste internationaliste (OCI) dans les années 1970, après la rupture de ce parti avec le trotskysme et le Comité international de la IVe Internationale en 1971, Mélenchon rejoint le PS en 1976. Il devient conseiller du gouvernement de François Mitterrand après qu’il eut effectué son «virage à l’austérité» en 1983 et mis en œuvre des coupes sombres dans les dépenses sociales et dans le niveau de vie des travailleurs. Il a été ministre dans le gouvernement PS de Lionel Jospin jusqu’en 2003.

Mélenchon a démissionné du parti en 2008. Ses dernières déclarations confirment que cette décision n'était rien de plus qu'une ruse pour tromper les travailleurs. Il avait conclu que le discrédit du parti aux yeux de la classe ouvrière signifiait qu'un nouveau piège politique «de gauche» était nécessaire. Dans les conditions d'une recrudescence de la lutte des classes, il prépare le court voyage de retour.

Lors d’une réunion conjointe avec deux adjoints de longue date du PS, Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann (qui ont depuis rejoint LFI) en septembre dernier, Mélenchon a été manifestement touché émotionnellement par la misérable manœuvre qu’il cherche à mener à bien: «Je ne suis pas venu ici pour vous courtiser ni pour vous reprocher vos erreurs passées, parce que vous pourriez faire remarquer que j’en ai partagé beaucoup. Mon cœur est plein d’enthousiasme si vos chemins rejoignent les nôtres. Que cette longue solitude prenne fin là où j’ai été séparé de ma famille. Mes amis, vous m’avez manqué.»

La classe ouvrière ne peut lutter contre le gouvernement Macron et le système capitaliste qu’il défend qu’à travers une lutte inconciliable contre l’ensemble de l’élite politique, y compris son flanc pseudo-gauche, représenté par Mélenchon et le NPA. La tâche clé est la construction d’un parti révolutionnaire pour armer le mouvement croissant de la classe ouvrière d’une perspective socialiste. C’est la perspective défendue par le Comité international de la Quatrième Internationale et sa section française, le Parti de l’égalité socialiste.

(Article paru d’abord en anglais le 9 mai 2019)