Trump va ordonner des rafles anti-immigrantes de style militaire à travers les États-Unis ce week-end

Par Eric London
24 juin 2019

L’administration Trump a annoncé vendredi, par l’intermédiaire du Washington Post, que l’Immigration and Customs Enforcement (ICE – la police de l’immigration et des douanes) lancera une opération nationale de type militaire dans dix grandes villes américaines. L’intervention débutera dans la nuit de dimanche matin pour arrêter et déporter quelque 2.000 familles immigrantes.

L’ampleur et l’impact brutal de l’attaque, que l’ICE et le département de la Sécurité intérieure (DHS) ont baptisée «Family Op», seront probablement sans précédent.

Si les rafles coordonnées à l’échelle nationale se déroulent comme prévu, des scènes qui rappellent l’Allemagne nazie se dérouleront dans les rues de dix villes américaines ce week-end. Ces villes comprendraient Chicago, Los Angeles, Miami, Houston, Houston, La Nouvelle-Orléans, Denver, San Francisco, Atlanta et Baltimore.

Une équipe d’intervention spéciale (Special Response Team  –  SRT ) de l’ICE dans un exercice d’entraînement utilisant un véhicule blindé à Fort Benning en Géorgie [Source: Immigration and Customs Enforcement des États-Unis]

Des milliers d’agents, armés jusqu’aux dents, se déploieront dans les quartiers populaires à bord de fourgonnettes et de véhicules blindés. Ils défonceront les portes, établiront des points de contrôle pour fouiller les voitures et les autobus, arracheront les parents des bras de leurs enfants et les enverront dans des camps d’internement. Ceux qui seront finalement déportés seront renvoyés dans les zones de guerre et dans les pays d’origine appauvris qu’ils ont fuis.

En annonçant cette mesure à l’avance, l’administration Trump cherche intentionnellement à attiser le climat de terreur parmi les travailleurs immigrants et leurs familles et amis. Beaucoup se cacheront sans doute.

Des dizaines de milliers de travailleurs se présenteront au travail le lundi pour découvrir les postes vacants sur la chaîne de montage et dans l’atelier à la suite de la rafle du dimanche matin. Les élèves ne répondront pas à l’appel parce que les autorités les ont envoyés dans un camp où l’éducation est maintenant interdite. De nombreux immigrants dîneront en famille le samedi soir sans savoir s’il s’agit de leur dernier repas ensemble.

Le 17 juin, Trump a tweeté: «La semaine prochaine, l’ICE entamera le processus d’expulsion des millions d’étrangers en situation irrégulière qui se sont introduits illégalement aux États-Unis. Ils seront saisis aussi vite qu’ils sont entrés.»

L’annonce de vendredi indique que Trump ne bluffe pas.

Le 18 juin, le directeur par intérim de l’ICE, Mark Morgan, a déclaré aux journalistes en réponse au tweet de Trump: «Si vous êtes ici illégalement, alors vous devriez être renvoyé. Et dans ce cas, cela inclut les familles.»

Ces rafles sont un signe que Trump cherche à renforcer son administration en crise par la terreur policière et des appels à sa base fasciste. Cela comprend les dizaines de milliers d’agents de l’ICE et des Douanes et la protection des frontières (CBP – Customs and Border Protection).

Cette annonce a été faite quelques jours après que Trump a officiellement lancé sa candidature pour les élections de 2020 lors d’un rassemblement à Orlando, en Floride, le 18 juin, au son des «USA! USA!».

Ces rafles nationales ont lieu alors que Trump développe de plus en plus des formes dictatoriales de gouvernement. Quelques heures après l’annonce des rafles vendredi, Trump a publié une vidéo troublante sur Twitter avec des slogans tels «Trump 2048» et «Trump 4EVA», insinuant qu’il va se faire président à vie. Dans deux semaines, Trump prévoit s’adresser à un rassemblement du 4 juillet pour promouvoir sa stratégie nationaliste et personnaliste.

La répression de l’immigration est un élément central de cette stratégie. Stephen Miller, conseiller fascisant de Trump, va mettre au point les détails. CNN rapporte que les rafles de masse de ce week-end sont «un plan qui se prépare depuis des mois». L’ancienne directrice du DHS, Kirstjen Nielsen, qui a mis en œuvre la séparation des parents de leurs enfants en 2018, aurait était obligée de quitter l’administration en partie parce qu’elle craignait que ces rafles soient trop extrêmes.

Ces rafles de masse de type militaire constituent une attaque contre les droits démocratiques de l’ensemble de la population, immigrants ou non.

Ce week-end, si les rafles sont effectuées, la Déclaration des droits sera piétinée par des milliers d’agents qui violent l’interdiction du quatrième amendement sur les fouilles et saisies abusives. En plus des personnes directement visées par les expulsions, de nombreux immigrés légaux seront «indirectement» piégés.

L’administration cible particulièrement les immigrés qui n’ont jamais eu d’audience devant un tribunal et pour qui l’on a ordonné l’expulsion en leur absence, dans la plupart des cas à cause du fait que l’immigré n’a jamais reçu d’avis clair qu’il devait se rendre au tribunal.

Le gouvernement est en train de tester les politiques d’immigration clandestine que la classe dirigeante prévoit d’adopter contre l’ensemble de la classe ouvrière. Les camps d’internement actuellement remplis d’immigrants «illégaux» serviront à détenir des enseignants engagés dans des grèves «illégales» et de personnes engagées dans des manifestations «illégales» qui s’opposent des meurtres policiers.

Les mêmes méthodes dictatoriales utilisées contre les immigrés sont utilisées contre l’éditeur de WikiLeaks Julian Assange, victime d’une conspiration internationale des services de renseignements des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Équateur et de la Suède. Il risque l’extradition vers les États-Unis où le gouvernement le menace de 170 ans de prison pour avoir publié «illégalement» des documents prouvant que les États-Unis commettaient des crimes de guerre dans leurs guerres au Moyen-Orient.

Il y a un élément de provocation dans l’annonce faite par l’administration avant les rafles de masse. Il est possible que des actes de violence se produisent dans le cadre d’une opération d’une telle envergure. Les rafles agressives de type SWAT, effectuées tôt le matin, ont pour but de provoquer l’hystérie et la réaction. S’il y a des cas de résistance physique aux rafles, l’administration de Trump utilisera sans aucun doute les altercations pour justifier de nouvelles violences à une échelle encore plus grande et plus brutale.

Le Parti démocrate et les médias bourgeois cherchent à minimiser les rafles. Dans un article après l’autre paru dans la presse alignée sur le Parti démocrate, on explique comment Trump ne faisait que bluffer lorsqu’il a appelé à déporter des «millions» de personnes dès cette semaine. Immédiatement après que Trump eut publié sa première menace, le New York Times a publié un article intitulé «L’ICE signale des arrestations de masse d’immigrants, mais pas les “millions” que Trump a promis».

Le Parti démocrate est terrifié à l’idée que la provocation fascisante de Trump suscite une opposition de masse parmi des dizaines de millions d’Américains qui considèrent l’attaque contre les immigrés comme un stigmate dans l’histoire des États-Unis, comme l’internement des Japonais et des Américains d’origine japonaise pendant la Deuxième Guerre mondiale et la chasse aux esclaves et aux affranchis à la veille de la guerre civile. L’administration Obama a expulsé quant à elle près de 3 millions d’immigrants.

Les menaces fascisantes de Trump s’amplifient avec le danger croissant d’une guerre américaine contre l’Iran. Si les États-Unis déclenchent une guerre, non seulement les rafles policières s’intensifieront contre les «étrangers», mais Trump et son administration vont utiliser la guerre et l’hystérie des rafles pour criminaliser ouvertement l’opposition à la guerre et le soutien au socialisme.

Le Parti de l’égalité socialiste appelle à la mobilisation le plus large possible des travailleurs et des jeunes contre les rafles, pour en finir avec toutes les déportations et pour l’ouverture des frontières et la libre circulation de tous les immigrés dans le monde.

(Article paru en anglais le 22 juin 2019)