Le premier ministre australien passe sous silence la persécution d’Assange lors de sa rencontre avec Trump

Par Oscar Grenfell
3 juillet 2019

Le premier ministre Scott Morrison a signalé le soutien de son gouvernement à la persécution de Julian Assange par les États-Unis lors du sommet du G20 à Osaka le week-end dernier.

Morrison a confirmé dimanche qu’il n’avait pas parlé du sort d’Assange, le fondateur de WikiLeaks qui est également citoyen australien, au président américain Donald Trump. Le gouvernement des États-Unis cherche en effet à enfermer à vie ou à exécuter Assange pour avoir dénoncé des crimes de guerre et des complots diplomatiques américains.

En concordance du soutien total apporté à l’alliance militaire américaine par de l’establishment politique et médiatique australien, Morrison a souligné à plusieurs reprises son admiration pour le gouvernement américain lors du sommet. Morrison et Trump ont tenu des discussions en coulisses et se sont complimentés mutuellement lors d’un dîner réunissant des délégations de haut niveau des États-Unis et de l’Australie à la veille du sommet.

Donald Trump et Scott Morrison au G20 [Source: Dan Scavino Jr]

Les représentants du gouvernement Morrison ont également indiqué qu’ils étaient disposés à participer aux provocations américaines contre l’Iran et à d’autres actions visant à promouvoir les intérêts prédateurs de l’impérialisme américain. Trump et de hauts responsables américains, dont le secrétaire d’État Mike Pompeo, ont souligné l’importance de l’alliance américano-australienne dans un contexte où l’hégémonie américaine est de plus en plus contestée.

Le sort d’Assange, qui risque d’être extradé de Grande-Bretagne vers les États-Unis sur la base du US Espionage Act, la loi sur l’espionnage des États-Unis qui prévoit une peine maximale de 175 ans d’emprisonnement, n’a jamais été mentionné.

Dans une interview accordée dimanche, Brett Mason, un journaliste du Special Broadcasting Service (SBS), a demandé à Morrison: «Quand vous vous êtes assis avec le président Trump, avez-vous soulevé la question de Julian Assange qui risque l’extradition vers les États-Unis?» Morrison a souri et a dit qu’il ne l’avait pas fait.

Le journaliste du SBS a alors enchainé en lui demandant: «N’auriez-vous pas dû le faire, compte tenu de l’inquiétude que suscite son affaire?» Morrison, toujours souriant, a répondu de manière ridicule: «Je suis venu ici pour obtenir des emplois australiens.»

La prestation de Morrison a confirmé une fois de plus que le gouvernement australien participe pleinement à la conspiration politique internationale visant à priver Assange de ses droits légaux et démocratiques fondamentaux et à le faire taire. Elle a exposé le caractère mensonger des affirmations des représentants tant du gouvernement que du Parti travailliste qui, depuis l’arrestation d’Assange le 11 avril, prétendent fournir au fondateur de WikiLeaks une «assistance consulaire» non spécifiée.

L’interview du SBS a également démontré que le refus du gouvernement Morrison de défendre Assange est lié à son soutien au vaste tournant vers l’autoritarisme emprunté par les gouvernements au niveau international, en réponse à l’opposition populaire croissante à la guerre et aux inégalités.

En présentant sa question sur Assange, Mason a rappelé que Trump avait plaisanté publiquement avec le président russe Vladimir Poutine sur la répression des journalistes. Mason a également souligné que Morrison et d’autres chefs d’État avaient chaleureusement accueilli le prince héritier saoudien Mohammad Bin Salman, qui est impliqué dans le meurtre horrible du journaliste dissident Jamal Khashoggi.

Morrison a répondu de façon désintéressée qu’il n’était pas préoccupé par ces développements et se concentrait sur la «liberté de la presse en Australie».

Dans les faits cependant, le gouvernement Morrison a envoyé sa police fédérale pas plus tard que le mois dernier mener des descentes sans précédent contre des journalistes à la suite de reportages dénonçant l’implication de l’Australie dans des crimes de guerre en Afghanistan et ses plans d’espionnage intérieur.

L’an dernier, la Coalition libérale-nationale et le Parti travailliste ont collaboré pour faire adopter des lois draconiennes, imposant des peines plus longues aux dénonciateurs et créant des infractions au «secret» élargies en vertu desquelles les journalistes peuvent être accusés.

Le gouvernement Morrison, avec le soutien total des travaillistes, a également adopté une loi prévoyant des poursuites pénales et des amendes massives contre les responsables de médias sociaux ne retirant pas rapidement de leurs plates-formes du matériel «violent» et «extrémiste».

Lors du G20, Morrison a obtenu l’accord de tous les pays participants pour prendre des mesures fondées sur les lois antidémocratiques australiennes. Morrison a déclaré qu’il s’agissait «d’un effort coordonné sans précédent pour sévir contre les contenus terroristes et extrémistes affichés et partagés sur les médias sociaux».

Cet accord démontre bien que l’Australie joue un rôle central dans la campagne internationale de censure sur Internet. Les contenus socialistes, de gauche et antiguerre pourraient ainsi être qualifiés d’«extrémistes», tandis que les contenus «violents» pourraient inclure des vidéos de brutalités policières et de manifestations politiques.

Google et Facebook ont déjà introduit des algorithmes qui ont fortement réduit le trafic des moteurs de recherche sur le World Socialist Web Site, WikiLeaks et autres sites Web progressistes.

L’accord du G20 est un avertissement que ces mesures vont s’intensifier. Elle souligne le fait que la persécution d’Assange est le fer de lance d’une attaque plus vaste contre les droits démocratiques, notamment la liberté de la presse et la capacité de diffuser du contenu en ligne.

L’hostilité non dissimulée de Morrison envers Assange s’inscrit directement dans le refus des gouvernements australiens successifs de remplir leurs obligations envers le fondateur de WikiLeaks, en tant que citoyen australien.

Tout a commencé avec le gouvernement travailliste soutenu par les Verts de Julia Gillard. Dès 2010, alors que de hauts responsables politiques américains réclamaient l’assassinat d’Assange pour avoir dénoncé des crimes de guerre américains en Irak et en Afghanistan, Gillard a dénoncé le site WikiLeaks comme une organisation criminelle et s’est engagée à aider les services de renseignements américains à le détruire.

Par la suite, tous les gouvernements australiens successifs ont rejeté les demandes, y compris celles mises de l’avant lors des rassemblements du Socialist Equality Party (SEP), le Parti de l’égalité socialiste australien, d’utiliser leurs pouvoirs diplomatiques indéniables et leur discrétion juridique pour garantir le retour d’Assange en Australie, avec une garantie de protection contre toute extradition vers les États-Unis.

Depuis l’arrestation d’Assange et le dévoilement des accusations portées contre lui le mois dernier en vertu de la loi américaine sur l’espionnage, le gouvernement, les travaillistes et les Verts ont cherché à supprimer toute discussion quant au sort d’Assange. Ils ont été aidés en cela par la presse officielle qui a soit dénoncé le fondateur de WikiLeaks, soit refusé d’en parler.

Toute cette affaire démontre que le gouvernement australien ne prendra des mesures pour défendre Assange que s’il est contraint de le faire par un mouvement de masse de la classe ouvrière. Dans le cadre de la campagne mondiale menée par le WSWS et les partis de l’égalité socialistes, le SEP australien lutte pour construire ce mouvement, notamment en organisant des rassemblements à Sydney, Melbourne et Brisbane, pour exiger la liberté d’Assange et de la courageuse lanceuse d’alerte Chelsea Manning.

(Article paru en anglais le 2 juillet 2019)