Les fascistes à la Maison Blanche

Par Patrick Martin
17 juillet 2019

Les diatribes du président Donald Trump au cours des trois derniers jours n’ont pas de précédent dans l’histoire de la présidence américaine. Trump, soutenu par une cabale de conseillers à la Maison Blanche, parle ouvertement à la manière fasciste, diabolisant des personnes d’ethnies et d'origines nationales différentes, dénigrant le socialisme et déclarant que ceux qui s'opposent à la politique de son gouvernement sont déloyaux envers le pays et devraient le quitter.

Trump a dirigé sa méchanceté contre des femmes démocrates au Congrès: Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar, Rashida Tlaib et Ayanna Pressley. Dimanche soir, il a lancé une attaque sur Twitter, les dénonçant comme «des femmes du Congrès de la gauche radicale» qui «dénigrent fortement notre pays» et «détestent Israël avec une véritable passion débridée». Trump a cité les commentaires du sénateur républicain Lindsey Graham que «AOC [Ocasio-Cortez] et ce milieu sont une bande de communistes» qui sont «antisémites» et «anti-américains».

Lundi après-midi, le président a ajouté son propre commentaire sur ce même thème: «Nous ne serons jamais un pays socialiste ou communiste», a-t-il tweeté. «SI VOUS N'ÊTES PAS HEUREUX ICI, VOUS POUVEZ PARTIR!»

Plus inquiétant peut-être, lors d’une diatribe de dix minutes organisée à la fin d’un événement médiatique à la Maison Blanche lundi pour promouvoir le secteur manufacturier américain, Trump a faussement accusé Omar d’avoir déclaré son amour pour Al-Qaïda, qui selon lui tue des soldats américains. Cette déclaration n’était rien de moins qu’une incitation à la violence contre la représentante de Minneapolis, une Américaine d'origine somalienne qui est arrivé dans ce pays comme enfant et qui est l'une des deux femmes musulmanes nouvellement élues au Congrès américain.

Trump joue avec le feu. Il engage l'autorité de la Maison-Blanche qui renforce le modèle violent derrière les attaques perpétrées contre une église de Caroline du Sud, le massacre de la synagogue de Pittsburgh et les attaques contre des mosquées dans le sud de la Californie. Tout cela dans un contexte où l'année dernière, un sympathisant de Trump envoya un courrier piégé d’un engin explosif à des personnalités démocrates et à des personnalités de la presse, et où un officier des garde-côtes, arrêté pour possession d'armes, eut dressé une liste noire comprenant le nom d’Ocasio-Cortez, l'une des dernières cibles de Trump.

Il ne s'agit pas uniquement d'incitation à des actes violents contre des opposants individuels. La campagne de diffamation menée par Trump contre les femmes démocrates au Congrès a un objectif politique clair, qui va bien au-delà de sa campagne pour sa réélection en 2020 ou de ces quatre personnes. Il lance un appel aux forces les plus réactionnaires de la société américaine, cherchant à construire un mouvement fasciste aux États-Unis.

Le président des États-Unis, s’exprimant au nom de couches importantes de la classe dirigeante, a déclaré que toute personne s’opposant à la politique étrangère et intérieure de la classe dirigeante devrait faire l’objet de poursuites, d’expulsion ou de violences physiques.

Les présidents des États-Unis, en particulier pendant la période de guerre froide entre l'impérialisme américain et l'Union soviétique, cherchaient jadis à se présenter en tant que dirigeants du «Monde libre», représentant un pays qui s'est longtemps identifié comme étant «une nation d'immigrants». Trump se débarrasse de ce faux-semblant. Sa vision idéale de l’Amérique serait un État policier brutal dans lequel les travailleurs sont privés de tous les droits et les symboles de la « grandeur » nationale sont un mur massif le long de la frontière américano-mexicaine et les indices boursiers du Dow Jones - dont il se vantait lundi avoir atteint un sommet record de 27 000.

La vantardise et l'intimidation de Trump ne sont pas des signes de force, mais de faiblesse et de crise grandissante. S'il peut compter sur la direction du parti démocrate pour collaborer, trouver des compromis et soutenir son gouvernement, il existe une opposition croissante parmi les travailleurs qui menace une explosion sociale et politique en Amérique. Ceci est exprimé à travers un mouvement de grève croissant et les manifestations qui ont éclaté au week-end contre les rafles d'expulsion imminentes menés par les services d’immigration et de la police des douanes dans dix grandes villes.

De millions de personnes s’opposent à ce gouvernement et à tout ce qu’il défend, mais elles sont prises au piège du système bipartite contrôlé par la grande entreprise, dans lequel le prétendant au remplacement de Trump est un parti démocrate qui incarne complètement Wall Street et l’appareil de renseignement et l’armée.

Les quatre femmes du Congrès qui étaient les cibles des Tweets au vitriol de Trump ont tenu une conférence de presse lundi après-midi. Chacune d’elles a dénoncé le traitement brutal infligé par Trump aux immigrants dans les camps de détention frontaliers et a appelé à sa destitution.

Cependant, dans un langage qui a certainement été élaboré en coulisse avec la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi et d'autres dirigeants démocrates, les quatre femmes du Congrès ont déclaré que la déclaration de guerre de Trump contre elles était une «distraction», une chose à ignorer en faveur de questions telles que les soins de santé, la violence des armes à feu et l’immigration.

En réponse aux questions des journalistes il est à noter qu'aucun des quatre n'a choisi de répondre aux dénonciations de Trump les décrivant comme socialistes, communistes et sympathisants d'Al Qaïda. Les quatre démocrates n'ont pas non plus utilisé le mot «fasciste» pour caractériser les déclarations de Trump des trois jours précédents, ou ses actions contre des familles d’immigrants.

Un silence similaire sur le caractère politique des derniers coups de gueule de Trump prévaut parmi la direction démocrate du Congrès, parmi les candidats démocrates à la présidence, ainsi que dans les journaux et les chaînes de télévision alignés sur le Parti démocrate, tels que le New York Times, CNN et MSNBC.

La seule mesure concrète proposée par la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, est une résolution de désapprobation qui condamnerait le langage de Trump, citant le président Ronald Reagan - dont le gouvernement de droite a lancé la campagne de contre-révolution sociale et d'attaques contre la classe ouvrière en Amérique - comme un modèle de civilité et de tolérance.

Le contexte de la diatribe de Trump est significatif. Cela fait suite à une dénonciation de plus en plus publique des quatre femmes au Congrès par les dirigeants démocrates pour n'avoir pas approuvé un projet de loi accordant plus de 4 milliards de dollars à Trump pour la mise en œuvre de sa politique fascisante aux frontières, adoptée avec un soutien écrasant des démocrates.

«Toutes ces personnes ont leurs sympathisants et leur univers Twitter», a déclaré Pelosi au New York Times. Mais elles n'ont. Elles sont quatre personnes et ce sont les quatre voix seules à s’exprimer lors du vote.»

La réponse des médias a renforcé les démocrates en critiquant les propos de Trump comme «racistes» et «xénophobes», tout en évitant des termes tels que «fasciste» et «nazi», qui décriraient plus précisément la portée politique de ses déclarations et remettraient en question la réponse complaisante et totalement passive du parti démocrate.

L’expression la plus grossière de cette campagne médiatique a sans doute été la chronique éditoriale de Charles Blow du New York Times, qui critiquait Trump du point de vue de la politique identitaire en déclarant: «Les Blancs et la blancheur sont au centre de la présidence de Trump. Son souci premier est de la défendre, la protéger et la promouvoir. Tout ce qui la menace doit être attaqué et agressé. Trump apporte la force de la présidence américaine à la rescousse de la suprématie blanche.»

En fait, Blow légitime l'affirmation de Trump selon laquelle ce serait lui, un escroc de l’immobilier et une personnalité de la «téléréalité», le représentant authentique et le défenseur du mineur au chômage en Virginie-Occidentale ou du métallo licencié dans l'Ohio, en raison d'une couleur de peau partagée.

Les milliardaires et les travailleurs qu’ils exploitent, tant qu’ils sont tous des blancs, ont une identité et des privilèges communs, de l’avis du chroniqueur du Times obsédé par l’ethnicité (dont le revenu et la richesse personnelle dépassent sans conteste ceux des travailleurs du Midwest désindustrialisé).

Blow accuse les travailleurs (et non le parti démocrate et sa candidate détestée, Hillary Clinton) d’être responsables de l'élection de Trump et des politiques d'extrême droite menées par son gouvernement. Il conclut que «les concitoyens - peut-être un tiers d'entre eux» révèlent leur racisme «en continuant de le soutenir». Ceci une calomnie contre la classe ouvrière.

Aux États-Unis, une vague de grèves en cours a été déclenchée par des milliers d'enseignants en Virginie occidentale - un État que Trump a remporté massivement en 2016 – qui ont défié la loi, une législature républicaine de l’Etat et un gouverneur démocrate devenu républicain, pour se battre pour des augmentations des salaires et des autres conditions de travail, et contre la privatisation des écoles. Ces enseignants et des centaines de milliers d'autres travailleurs lors de grèves et de manifestations ultérieures ont démontré que c’est la classe, et non l’ethnie, qui est la ligne de démarquage fondamentale de la société américaine.

Trump n'est pas le président des «Blancs». C'est un président qui cherche à utiliser le racisme et les préjugés anti-immigrés pour diviser la classe ouvrière et maintenir la suprématie de Wall Street et des grandes sociétés. Les politiciens et les experts qui s'opposent à l'unité de la classe ouvrière dans la lutte contre le capitalisme jouent le jeu de Trump et ses efforts pour construire un mouvement fasciste en Amérique.

(Article paru en anglais le 16 juillet 2019)