Création du « commandement de l’espace »: la France prépare la guerre entre grandes puissances

Par Will Morrow
1 août 2019

Le gouvernement Macron a annoncé ce mois-ci la création d’un commandement militaire de l’espace et des plans détaillés de mise en orbite de systèmes d’armement anti-satellite. Cette annonce est la dernière étape d’un renforcement militaire par la France et d’autres puissances impérialistes de l’UE dans le cadre de préparatifs de guerre entre «grandes puissances», notamment dotées d’armes nucléaires.

Le nouveau domaine militaire, dont Macron avait signalé la création le 13 juillet, sera intégré à l’Armée de l’air qui s’appellera désormais Armée de l’air et de l’espace. La ministre de la Défense, Florence Parly, en a exposé les détails dans un discours à la base aérienne 942 à Lyon, le 25 juillet, devant une centaine de gradés de l’Armée de l’air.

«L’espace est un nouveau front à défendre, et nous devons être prêts», a déclaré Parly. «Chercher à devenir un jour un général de l’espace ne sera plus un fantasme, ce sera une ambition crédible.»

***PHOTO*** Légende: Florence Parly à la base aérienne 942 à Lyon le 25 juillet [crédit Florence Parly]

Cette première étape des opérations du commandement comprendra le déploiement d’une nouvelle génération de satellites Syracuse équipés de caméras visuelles pour identifier d’ autres satellites proches. Dans un deuxième temps seront déployés des «nano-satellites» plus difficiles à abattre et des satellites à mitraillettes et lasers capables de détruire ou neutraliser des satellites concurrents.

L’implication évidente de ces annonces, ignorée ou camouflée par les médias, est que la classe dirigeante ne se prépare pas seulement à mener, sous le faux drapeau de la «guerre contre le terrorisme», des guerres contre les pays pauvres et ex-colonies du Moyen-Orient et d’Afrique, qui n’ont pas la capacité de lancer des attaques par satellite ou de détruire des satellites français. Elle prépare des guerres contre des puissances nucléaires militairement avancées comme la Russie, la Chine ou les États-Unis, dont les opérations dépendent largement de la technologie satellitaire.

On élabore cette perspective démente sans aucun débat public et entièrement dans le dos de la classe ouvrière. Résumant les discussions au sein de l’État français, Le Point cite un responsable anonyme du ministère de Parly qui déclare ne pas vouloir se « lancer dans une course aux armements dans l’espace» mais être engagé dans une «arsenalisation raisonnée».

En fait, l’annonce de la France va accélérer le virage pris par les grandes puissances vers le développement d’armes spatiales. Toutes les régions du monde y compris l’Arctique, le monde virtuel et l’espace sont transformées en arène de combat alors qu’on assiste à un effondrement historique du système capitaliste des États-nations qui pousse les élites dirigeantes vers la guerre et l’attaque intensifiée des droits sociaux et démocratiques de la classe ouvrière à l’intérieur.

Le président américain Donald Trump avait annoncé en juin 2018 la création d’une nouvelle «Force spatiale» destinée à superviser et augmenter les plus de 20.000 personnels déjà sous la direction du commandement spatial de l’Armée de l’air. En mars dernier, le premier ministre indien Narendra Modi avait annoncé dans un discours sanguinaire ‘à la nation’ que l’Inde était devenue, après les États-Unis et la Chine, le troisième pays à abattre un satellite, et avait proclamé «nous sommes maintenant puissance spatiale». La Chine et la Russie, les deux principales cibles d’agression militaire de la part d’États-Unis voulant compenser leur déclin économique relatif par la force militaire, construisent leurs propres systèmes de missiles anti-satellite.

L’annonce plus tôt ce mois-ci que l’Agence Innovation Défense, lancée l’an dernier par le gouvernement Macron, venait de créer une «équipe rouge» de cinq ou six auteurs de science-fiction ayant pour tâche d’imaginer et conseiller l’armée sur les armements futuristes, donne une idée de la frénésie militariste à la Docteur Folamour qui a saisi la classe dirigeante française.

Le développement d’une force spatiale française fait partie de la tentative de Macron de prendre la tête d’une armée européenne ayant Paris et Berlin pour fer de lance. L’objectif des deux capitales est de transformer l’Union européenne en puissance militaire capable de faire la guerre indépendamment des États-Unis ou contre eux. L’Allemagne, outre qu’elle n’a pas d’armes nucléaires, n’a pas de programme spatial actif. La sortie prévue de la Grande-Bretagne de l’UE fait de la France sa seule puissance nucléaire en plus de posséder, pour l’instant, la plus grande marine d’Europe.

L’ « Agenda stratégique pour 2019-2024 », adopté au sommet de l’UE à Bruxelles le mois dernier, affirme que l’Europe doit «renforcer son influence mondiale», «influencer le cours des événements mondiaux» et «avancer vers une véritable Union européenne de défense».

Le mois dernier, le ministère américain de la Défense a conclu le plus important accord jamais signé pour l’achat de près de 500 avions de combat. Une semaine plus tard, la France, l’Espagne et l’Allemagne répondaient par la signature d’accords pour créer un système européen intégré de combat aérien. Le coût du projet, qui comprendra non seulement un nouvel avion de combat mais aussi un réseau intégré d’avions de combat et de drones liés aux forces navales et terrestres, dépassera les 100 milliards d’euros. Certains estiment qu’il atteindra plus de 500 milliards d’euros d’ici 2050.

Parly a clairement indiqué jeudi dernier que la France attendait la contribution à ce programme d’autres pouvoirs européens. «La France a son indépendance» a-t-elle dit, mais «ne serait pas isolée dans ce nouvel espace de conflit». «Nous construirons ainsi, avec nos partenaires européens, une future capacité commune de connaissance dans le contexte spatial», a-t-elle précisé. L’Allemagne et l’Italie contribueraient à la technologie radar de détection et d’identification des satellites. Parallèlement, le gouvernement Macron va réaffecter 700 millions d’euros au commandement militaire de l’espace pour un budget total de 4,3 milliards d’euros.

Celui-ci avait augmenté les dépenses militaires et annoncé une série de grands projets d’armement peu après son arrivée au pouvoir. En septembre dernier, la France avait augmenté ses dépenses militaires totales de 5 pour cent pour atteindre, hors retraites, 35,9 milliards d’euros dans le cadre de l’objectif européen de 2 pour cent du PIB.

Le mois dernier, Macron a inauguré le premier de six sous-marins nucléaires de la classe Suffren dont chacun devrait coûter environ 9 milliards d’euros. Contrairement à ses prédécesseurs, le Suffren pourra rester sous l’eau pendant 70 au lieu de 45 jours et porter 50 pour cent d’armes de plus. Il aura pour mission d’escorter les sous-marins et porte-avions nucléaires français équipés de missiles balistiques et d’armes nucléaires, ainsi que de mener des opérations d’espionnage.

Le réarmement frénétique des classes dirigeantes française et européenne en vue de la guerre démasque la fraude que représentent toutes les affirmations que le capitalisme européen serait plus doux et plus bienveillant que le capitalisme américain. Dans les conditions de crise économique la plus profonde du système capitaliste depuis les années 1930, ce sont toutes les puissances impérialistes qui se préparent à nouveau à la guerre. Les milliards d’euros nécessaires au financement de ces armements destructeurs doivent venir de l’exploitation de la classe ouvrière et de l’imposition sans relâche de l’austérité sociale.

(Article paru d’abord en anglais le 31 juillet 2019)