L’UAW aux travailleurs de l'automobile: Nous ne vous dirons rien, mais ne lisez pas le World Socialist Web Site

Par Joseph Kishore
9 septembre 2019

Le 12 septembre à 18h, le Bulletin des travailleurs de l’automobile du WSWS organise une réunion en ligne pour discuter de la stratégie et de la perspective nécessaires pour organiser cette lutte. Pour participer, visitez le wsws.org/autocall.

À moins d'une semaine de l'expiration des conventions collectives chez Ford, GM et Fiat Chrysler, l’UAW est terrifié à l’idée que l'opposition des travailleurs de l'automobile ne se manifeste hors de son contrôle.

Même si l'UAW ne dit rien aux travailleurs au sujet des prétendues «négociations», il leur demande de ne pas consulter d'autres sources d'information, en particulier le Bulletin des travailleurs de l’automobile du WSWS. C'est essentiellement le contenu d'une lettre envoyée aux travailleurs de Ford par Rory Gamble, vice-président de l’UAW-Ford, jeudi.

La lettre commence par indiquer que son but est de «vous fournir – et en particulier à nos nouveaux membres pour qui le processus de négociation n'est peut-être pas familier – une mise à jour sur les négociations et sur l'état d'avancement de ce processus».

Un partisan du Bulletin des travailleurs de l’automobile du WSWS fait campagne à l'extérieur de l'usine d'assemblage Sterling Heights de la FCA dans la banlieue de Detroit

En fait, la lettre ne contient aucune «mise à jour». Elle indique que «de nombreux sous-comités négocient» et que «la plupart sont parvenus à des accords de principe», mais que «des questions économiques plus vastes demeurent».

Ce sur quoi ces «nombreux» sous-comités se sont mis d'accord, et même ce dont parlaient ces «nombreux» hommes et femmes des sous-comités, n'est pas expliqué. Quant aux «questions économiques plus vastes» qui «demeurent», les travailleurs n’en sont pas plus informés.

Après avoir soumis cette «mise à jour» aux travailleurs de l'automobile, Gamble passe à la tâche principale. «Beaucoup d'entités qui s’opposent à nous tentent de fausser la perception», écrit-il. «Je vous demande de vous méfier des sources d'où vous recevez vos renseignements et aux documents que vous choisissez de partager. Il est impératif de ne pas être malavisé au sujet de ces négociations par des rumeurs, des informations erronées d’influences extérieures.»

Gamble est trop timide pour citer des noms, mais il fait manifestement référence au Bulletin des travailleurs de l’automobile du WSWS. En 2015, alors que le WSWS était au centre de l'opposition des comités de la base des travailleurs de l'automobile, le président de l'UAW, Dennis Williams – dont le domicile a récemment été perquisitionné par le FBI – a dénoncé des «groupes externes» qui «aiment semer la zizanie», tandis que Bruce Miller, un avocat de l'AFL-CIO, a traité le WSWS de «vautour de la gauche en costume rouge».

Considérons l'avertissement de Gamble. Les travailleurs, écrit-il, devraient se méfier des entités qui tentent de «fausser la perception» et de «se méfier des sources d'où vous recevez vos renseignements».

De bons conseils, sans aucun doute, qui devraient s'appliquer d'abord à l’UAW lui-même. Après tout, il a été révélé que le syndicat est une organisation criminelle qui a volé de l'argent aux travailleurs de l'automobile et a accepté des pots-de-vin des entreprises en échange de l'adoption de conventions collectives pro-entreprise.

Gamble lui-même n'a pas été nommé ou impliqué (encore) dans l'enquête fédérale. Il ne s'est joint à la haute direction de l’UAW qu'au congrès de l'organisation en juin 2018, en remplacement du vice-président sortant chez Ford, Jimmy Settles.

Gamble, cependant, a précédemment dirigé l’UAW Région 1, qui comprend la région de Detroit. À ce poste, il a travaillé en étroite collaboration avec Settles lors du fameux vote de 2015 chez Ford, qui a donné lieu à de nombreuses allégations de truquage des votes et de bourrage des urnes. Settles a orchestré un report de dernière minute du vote à la section locale 600 (qui couvre les activités de Ford à Dearborn) alors que le contrat était sur le point d'être rejeté. Le vote final à la section locale 600 s'est avéré juste assez pour que l’UAW réclame une ratification de 51% pour le contrat national.

Dans la déclaration susmentionnée de 2015, Miller, avocat de l'AFL-CIO, a attaqué le WSWS pour avoir «accusé l’UAW d'avoir trahi ses membres avec l'accord contractuel». Le fait que l’UAW ait vendu ses membres – littéralement - a été amplement prouvé. Tout ce que le WSWS a dit sur les contrats en 2015 et sur l’UAW était correct.

Quatre ans plus tard, l’UAW entame ces «négociations» contractuelles dans des circonstances vraiment extraordinaires. Des cadres supérieurs et des fonctionnaires ont été inculpés ou impliqués dans un scandale de corruption qui prend de l’ampleur, et le chef actuel de l'organisation, Gary Jones, a fait l'objet d'une descente à son domicile.

La plus récente reconnaissance de culpabilité est venue de Michael Grimes, un ancien collaborateur de Cindy Estrada, l'actuelle vice-présidente de l’UAW chez Fiat Chrysler. En 2015, Estrada était vice-présidente de l'UAW pour General Motors. Grimes a plaidé coupable la semaine dernière pour avoir reçu plus de 1,5 million de dollars en pots-de-vin sur 12 ans, alors qu'il siégeait au conseil de l’UAW-GM Center for Human Resources.

Il n'y a pas que l’UAW qui soit terrifié par les conséquences de cette affaire. Daniel Howes du Detroit News, dans une chronique publiée jeudi, note que «le bourbier juridique qui paralyse les dirigeants actuels et passés, et le contexte politique qui entoure un processus turbocompressé par les médias sociaux, posent d'énormes défis à l’UAW et aux trois constructeurs automobiles qui cherchent à faire accepter une entente potentielle (et honnête) à leurs employés horaires». (C’est nous qui soulignons.)

La peur des «médias sociaux» est la peur que les travailleurs puissent communiquer et s'organiser indépendamment de l’UAW. Les syndicats et l'élite corporative ont l'expérience non seulement des contrats automobiles de 2015, mais aussi des grèves des enseignants de l'année dernière, lesquelles se sont développées largement en dehors du contrôle des syndicats d'enseignants.

Le New York Times a noté dans un article de l'époque que les enseignants de Virginie-Occidentale «ont trouvé des moyens de s'organiser et d'agir en dehors des paramètres habituels du syndicalisme traditionnel», y compris par le biais «d'un énorme groupe Facebook».

Quels que soient les espoirs de Gamble et de l’UAW, les travailleurs de l'automobile ne tiendront pas compte de leurs conseils. Les travailleurs continuent et continueront de partager de l'information en ligne et d'organiser l'opposition. L'appel du Bulletin des travailleurs de l’automobile du WSWS pour la formation de comités de la base indépendants remporte un vif succès.

Une bataille s'annonce, opposant les travailleurs de l'automobile aux entreprises et à leurs laquais grassement récompensés dans l’UAW. Nous exhortons tous les travailleurs à s'abonner au Bulletin des travailleurs de l’automobile du WSWS comme source essentielle de nouvelles et de perspectives pour la lutte à venir.

(Article paru en anglais le 7 septembre 2019)