La réponse socialiste au Brexit: Pour les États-Unis socialistes d'Europe

Par Chris Marsden
28 septembre 2019

Le conflit du Brexit a provoqué une crise du pouvoir pour l'impérialisme britannique qui a peu de précédents dans l'histoire. De plus en plus, la langage du Brexit est formulé en termes de violence et de conflit, y compris des références à la Guerre civile anglaise. Cette situation est lourde de dangers, ce qui rend impérieuse la nécessité pour la classe ouvrière d'intervenir de manière indépendante et dans son propre intérêt.


Le Brexit a servi à révéler la décadence terminale du régime parlementaire. La décision unanime de la Cour suprême a déclaré que la prorogation de cinq semaines du Parlement par le Premier ministre conservateur Boris Johnson était «illégale, nulle et sans effet et qu'elle devait être annulée» et que «l'effet sur les principes fondamentaux de notre démocratie était extrême». Elle visait à mettre un terme aux plans d'un Brexit sans accord qui nuirait l'accès du Royaume-Uni aux marchés représentant la moitié de tous les échanges commerciaux, mettrait en péril l'accord du Vendredi Saint en Irlande du Nord, risquerait l'éclatement du Royaume-Uni et menacerait une dislocation économique qui entraînerait inévitablement un conflit politique et social.

Au lieu de cela, les événements qui se sont produits depuis la reprise de la session parlementaire mercredi n'ont fait que prouver à quel point le Parlement est inefficace pour s'opposer à cet espèce de voyou, de gangster politique. Johnson, agissant comme un Mini-moi de son modèle, Donald Trump, a réussi à dominer les partis de l'opposition parce qu'il les connaît bien - en particulier Jeremy Corbyn, le grand lâche dirigeant du Parti travailliste.

President Donald Trump and Britain’s Prime Minister Boris Johnson (left) speak to the media before a working breakfast meeting at the Hotel du Palais on the sidelines of the G7 summit in Biarritz, France (Credit: Erin Schaff, New York Times, Pool)

Déclarant que la Cour suprême «a eu tort de se prononcer sur ce qui est essentiellement une question politique», il a insisté pour dire que rien ne le dissuaderait de quitter l'Union européenne (UE) le 31 octobre. Il a mis au défi de façon répétée Corbyn et les petits partis d'opposition d'un «parlement zombie» d'appeler à un vote de censure et de précipiter une élection générale, sachant que Corbyn ne le ferait pas. M. Corbyn a accepté l'exigence de sa droite blairiste de ne pas proposer un vote de censure contre Johnson et de se concentrer plutôt, en alliance avec les conservateurs pro-Remain (qui veulent rester dans l'EU), les Libéraux démocrates, le Parti national écossais et d'autres, pour empêcher un Brexit sans accord.

Johnson a ainsi eu l'occasion d'appeler à une campagne pour «Libérez l'Islington One!» - une référence à la circonscription parlementaire de Corbyn - le qualifiant ainsi de prisonnier de son propre parti. M. Corbyn ne pouvait pas exiger la tenue d'élections générales, a-t-il ajouté, parce que ses propres députés craignaient qu'il ne remporte une élection legislative encore plus que la possibilité qu'il la perde.

Corbyn en fut réduit à exhorter Johnson à faire la «chose honorable» et à démissionner, ou du moins à s'excuser auprès de la «reine et du pays».

Ce sont donc les députées travaillistes qui ont dû concocter une contre-attaque. Paula Sherriff a critiqué Johnson pour avoir utilisé des mots tels que «capitulation» et «trahison» à l'égard des opposants du Brexit, affirmant que cela a conduit à des menaces de mort contre des députés. En réponse à cette invocation de la députée Jo Cox, qui a été assassinée par un fasciste dans les derniers jours avant le référendum du Brexit de 2016, Johnson a réagi en enflammant délibérément les tensions en disant que la meilleure façon d'honorer sa mémoire serait de «faire faire le Brexit».

Jeudi fut dominé par un débat sur ce que le Président de la Chambre pro-Remain John Bercow a qualifié de langue et de «culture» qui «étaient toxiques». Un député après l'autre s'est aligné pour dénoncer moralement Johnson, après quoi Johnson a fait une déclaration pro-forma s'opposant aux menaces contre les femmes parlementaires tout en insistant sur le fait qu'il avait raison de décrire le projet de loi Benn qui obligeait le gouvernement à demander une prolongation du délai du Brexit si aucun accord n'avait été conclu – en tant que «projet de loi de remise». Il a été salué comme un héros par des personnalités d'extrême droite comme Katie Hopkins, Tommy Robinson, qui a dénoncé les «traîtres au Parlement», et Jayda Franzen, de Britain First. Le meurtrier de Jo Cox, Thomas Mair, a crié Britain First quand il l'a tuée à coups de poignard et de fusil.

Le chauvinisme de Johnson, sa rhétorique sécuritaire et sa prétention à mobiliser le «peuple» contre le parlement et le pouvoir judiciaire sont l'expression la plus ouverte d'un virage croissant vers un régime autoritaire. Mais il n'est pas à l'origine de cette menace. Partout dans le monde, on voit des processus similaires, y compris les propos fascistes de Donald Trump, desquels Johnson s'inspire.

Le moyen de riposter est un nouveau tournant politique basé sur la lutte des classes. Le Parlement est en effet un cadavre pourri, sans qu'aucune faction de la classe dirigeante ne se préoccupe réellement des droits démocratiques. Les députés pro-UE qui se font passer pour les défenseurs de la souveraineté parlementaire et du recours aux tribunaux ne sont motivés que par une âpre lutte intestine entre factions sur la meilleure façon de mener une guerre commerciale et un conflit militaire pour promouvoir les intérêts impérialistes prédateurs de la Grande-Bretagne - soit en s'alignant avec l'administration Trump soit en maintenant le Royaume-Uni dans un bloc européen.

On ne peut pas s'opposer a l'agenda nationaliste réactionnaire du Brexit par un tournant vers l'UE, qui est en train de développer ses propres capacités militaires et qui, cette semaine encore, a manifesté son soutien aux préparatifs de guerre américaine contre l'Iran, et qui construit des murs frontaliers et des camps de concentration pour migrants et poursuit des mesures d'austérité aussi brutales que celles prévues par les pro-Brexit. Quelle que soit la forme que prenne la lutte pour la domination mondiale, elle doit exiger une nouvelle attaque contre la classe ouvrière ce qui requiert des mesures d’État-policier.

Mercredi, le Parlement s'est penché sur le plan pour faire face à un Brexit sans accord l'Opération Yellowhammer, qui tient compte de pénuries alimentaires, de médicaments essentiels, de hausses massives des prix et de bouleversements économiques dont la faillite de Thomas Cook donne un avant-goût. Pourtant, personne sur les banquettes de l'opposition n'a dit un mot contre les plans de mobilisation de 50.000 soldats soutenus par 10.000 policiers anti-émeute pour faire face au "désordre public" et aux grèves. C'est parce qu'ils sont en plein accord avec les préparatifs de la répression.

Corbyn, dont la seule fonction depuis quatre ans est de veiller à ce qu'il n'y ait pas de lutte politique organisée contre la classe dirigeante, ne s'opposera pas à ces plans. Aujourd'hui, il parle ouvertement comme la figure de proue potentielle d'un gouvernement caretaker [provisoire, acceptant de ne pas mener de grands changements] et sauveur potentiel de l'impérialisme britannique. Ce faisant, M. Corbyn a clairement indiqué, avant de mettre les pieds au 10 Downing Street, qu'il servirait loyalement les intérêts de la City de Londres.

Ce qu'il faut maintenant, c'est que la classe ouvrière commence la lutte pour prendre le pouvoir de l'Etat, pour un gouvernement ouvrier et le socialisme. La réponse à la crise de Brexit n'est pas l'unité avec l'UE, mais l'unité de classe dans une lutte à l'échelle du continent contre tous les gouvernements européens pour les États-Unis socialiste d'Europe.

Les conditions objectives d'une telle lutte mûrissent chaque jour. Les travailleurs d'un pays après l'autre entrent en guerre, par des grèves et des manifestations, pour mettre fin à l'offensive des grandes entreprises qui dure depuis des décennies: La grève en cours des travailleurs de General Motors aux Etats-Unis, la grève massive des transports en commun en France et dans l'éducation contre l'offensive du président Macron sur les retraites, l'éruption de mouvements anti-gouvernementaux au Soudan, en Algérie, à Hong Kong, les manifestations mondiales pour le climat qui touchent des millions de personnes et le retour en Égypte des manifestations sociales et politiques contre le régime militaire, après les revers sanglants qui avait suivi le «printemps arabe».
Cela trouve maintenant son écho au Royaume-Uni, avec les grèves des pilotes de British Airways qui ont touché 1700 vols, et les votes de grève en cours de 120.000 postiers et de plus de 100.000 universitaires. Tous ces mouvements ne peuvent se développer que s'ils deviennent une rébellion politique consciente contre la bureaucratie travailliste et syndicale, s'appuyant sur la perspective socialiste et internationaliste avancée par le Parti de l'égalité socialiste.

(Article paru en anglais le 27 septembre 2019)