Manifeestations après au moins une mort dans un incendie au camp de concentration de Moria en Grèce

Par Robert Stevens
2 octobre 2019

Des politiques anti-migrants brutales ont coûté la vie à au moins une femme et peut-être à un enfant lors d'un incendie dans le camp de Moria, sur l'île de Lesbos située à l'est de la mer d'Égée.

Le camp de Moria est un enfer, créé par le gouvernement de pseudo-gauche syrienne entre 2015 et 2019, où les réfugiés et les demandeurs d'asile sont détenus dans des conditions intolérables, en attendant leur expulsion. Officiellement construit pour abriter 3000 personnes, il en abrite aujourd'hui 12.000 dans des conditions sordides.

Selon les reportages, après des mois de protestations et de répression par la police anti-émeute, deux incendies ont éclaté. L'un a été contenu, mais l'autre s'est rapidement répandu, de grandes parties du camp étant en flammes.

Dimanche, les autorités n'ont d'abord signalé aucun décès. Mais le HCR (l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés) en Grèce a tweeté, «Nous avons appris avec une profonde tristesse que les vies d'une femme et d'un enfant ont été perdues dans un incendie à Lesbos aujourd'hui». La BBC a rapporté plus tard: «On dit que le corps carbonisé d'une femme a été retrouvé au camp de Moria. Mais des informations non confirmées disent qu'il y a eu une autre victime, un enfant.»

Des migrants et des réfugiés se tiennent à côté de conteneurs en flammes dans le camp de réfugiés de Moria, sur l'île de Lesbos, dans le nord-est de la mer Égée, en Grèce, le dimanche 29 septembre 2019[InTime News via AP].

Le Guardian a rapporté: «Le corps de la femme a été transporté à l'hôpital général de l'île tandis que le corps de l'enfant a été remis aux autorités par les migrants.»

«Le bilan des morts n'était pas clair» a-t-il ajouté. Selon un témoin, trois personnes sont mortes des suites de l'incendie, qui s'est propagé à six ou sept conteneurs utilisés comme abris. «Nous avons trouvé deux enfants complètement carbonisés et une femme morte. Nous avons donné les enfants dans des couvertures aux pompiers», a déclaré Fedouz, 15 ans, un migrant afghan.

«Un correspondant de l'AFP a vu deux corps, l'un entouré de membres de sa famille en pleurs.»

D'autres sources ont cité lundi le ministère grec de la Santé selon lequel une seule personne est morte. Sur le site Web du Greek Reporter, on peut lire: «Un enfant que l'on pensait avoir été tué, est blessé, mais se rétablit dans un hôpital local après avoir subi des brûlures.»

On ne sait pas très bien comment les incendies ont débuté. Le quotidien grec Kathemerini rapporte: «Le feu à l'intérieur du camp a commencé peu après 17 heures, environ 20 minutes après un autre incendie dans une oliveraie juste à l'extérieur de l'établissement où des centaines de demandeurs d'asile qui ne peuvent être hébergés dans le camp surpeuplé vivent dans des tentes et autres abris de fortune.»

Pour illustrer les conditions épouvantables endurées par des milliers de personnes dans le camp, le feu principal s'est déclaré dans l'un des conteneurs transformés dans lesquels vivent les migrants, dans des conditions de surpopulation extrême.

Après que certains migrants eurent protesté contre le fait que les pompiers étaient trop lents à réagir à l'incendie, la police anti-émeute est allé à leur rencontre en leur lançant des volées de gaz lacrymogènes. Des photos et des vidéos déchirantes montrent le camp qui brûlait avec en arrière-plan des hommes, des femmes et des enfants cherchant désespérément à fuir l'incendie et l'attaque aux gaz lacrymogènes.

Une vidéo accompagnant un reportage de Reuters montre des scènes de l'incendie et de ses conséquences, révélant davantage les conditions horribles dans lesquelles vivent les habitants du camp, entourés de hautes clôtures et de barbelés. Parmi les scènes choquantes du clip, il y a celles qui montrent des conteneurs brûlés empilés les uns sur les autres avec des migrants entassés autour d'eux comme des sardines.

Une photo d'un homme à moitié nu portant un enfant vêtu de la même façon - à la fois englouti dans du gaz lacrymogène et fuyant devant des cabines en bois délabrées qui servent d'abris, avec des sacs poubelles éparpillés autour de ses pieds - fut prise par Giorgos Moutafis de Reuters. D'autres photos peuvent être vues ici.

Le gouvernement conservateur du parti Nouvelle Démocratie prévoit d'autres mesures de répression: le Guardian a rappporté que «des policiers supplémentaires ont été envoyés d'Athènes dans des avions C-130 de l'armée, bien que des sources policières locales aient déclaré que le calme était revenu dans le camp avant 23 heures GMT[dimanche].»

Ce camp est construit sur un terrain qui abritait autrefois un camp militaire, les réfugiés et les demandeurs d'asile y sont retenus captifs dans un lieu que Human Rights Watch a qualifié en 2017 d'«inadapté aux animaux». Les migrants du camp réclament depuis longtemps leur transfert dans des conditions de vie plus hospitalières et civilisées sur le continent grec.

Ce n'est qu'en août que les autorités ont lancé la dernière attaque brutale contre les migrants dans le camp, la police anti-émeute a attaqué brutalement une manifestation d'environ 50 enfants demandeurs d'asile. Les manifestants scandaient, «Athènes-Athènes», demandant à être déplacés hors du camp et sur le continent

Lundi, l'UE a réagi aux événements de Moria avec les larmes de crocodile de la porte-parole adjointe de la Commission européenne, Mina Andreeva. Déclarant que le décès de la femme était un «événement vraiment tragique», Andreeva a poursuivi: «L'augmentation des arrivées en Grèce ces dernières semaines a mis à rude épreuve un système déjà très tendu et crée des conditions insoutenables.»

C'est de la pure hypocrisie. Le camp de Moria est le produit de la politique visant à créer une «Forteresse Europe» imposée par les grandes puissances européennes. Au cours de la dernière décennie, des dizaines de milliers de personnes ont péri en tentant d'entrer en Europe par la Méditerranée et la mer Égée. Près de 1000 personnes se sont noyées en Méditerranée cette année seulement.

Plus de 70.000 réfugiés sont internés en Grèce dans des camps surpeuplés sur le continent et dans les îles à la suite du sale accord conclu entre l'UE et la Turquie en 2016 par le gouvernement Syriza.

La majorité des réfugiés viennent de Syrie, d'Irak et d'Iran et ont fui leurs pays d'origine qui ont été dévastés par la guerre soutenue par les impérialistes et les sanctions économiques. L'accord gréco-turc stipule que tous les réfugiés en provenance de Turquie qui entrent en Grèce doivent être internés jusqu'à ce que leur cas soit traité, le plan étant la déportation finale vers la Turquie.

Comme l'indique cette étude (study) publiée le mois dernier par le WSWS sur le sale bilan anti-immigration du gouvernement Syriza, «Contrairement à ses promesses électorales, Syriza a non seulement poursuivi les politiques migratoires inhumaines de son prédécesseur, mais les a intensifiées de manière dramatique.»

Les élites dirigeantes grecques ne se soucient guère du sort des personnes piégées à Moria et dans ses autres camps. Dans deux courts articles publiés dans ses éditions en ligne du dimanche et du lundi, le journal conservateur Kathemerini a consacré seulement 362 mots à ces événements. Le premier avait le gros titre dégoûtant: «Les migrants du camp de Moria allument des feux, affrontent la police.»

Malgré les préoccupations nauséabondes de Bruxelles, la seule réponse du gouvernement grec et de l'UE à la terrible situation des réfugiés détenus dans des camps de concentration comme celui de Moria et à ceux qui cherchent à entrer en Europe est encore plus répressive. Kathemerini a rapporté lundi après-midi: «A la suite d'une réunion du cabinet à Athènes, le gouvernement a annoncé qu'il allait renforcer les contrôles aux frontières en augmentant les patrouilles maritimes, mettre en place des centres fermés avant le départ pour les personnes entrées illégalement en Grèce et sans droit d'asile (ou dont la demande d'asile a été rejetée), et créer une liste de pays sûrs pour ceux qui y sont entrées illégalement.»

Le site Web du Greek Reporter note que «la Garde côtière grecque a envoyé une nouvelle demande - la deuxième dans les trois semaines - d'aide supplémentaire de Frontex, l'Agence européenne des gardes-frontières et des garde-côtes [...] La Grèce a demandé à Frontex de fournir des équipements de surveillance de pointe, principalement des radars et des caméras thermiques.»

(Article original paru le 1er octobre 2019)