Cinq morts lors d’une attaque au couteau à la préfecture de Paris

Par Anthony Torres
4 octobre 2019

Hier, en début d'après midi, un employé de la Direction du renseignement de la préfecture de police âgé de 45 ans a attaqué plusieurs policiers, tuant quatre personnes avant d'être abattu. Un autre policier, gravement blessé a dû être évacué en «urgence absolue».

L’assaillant, Mickaël H., qui était d’origine martiniquaise, travaillait dans le service informatique et présentait un léger handicap de surdité, a attaqué les policiers avant de descendre dans la cour du Palais de justice. C’est alors qu’il a été abattu par les policiers. La police a ensuite mis en œuvre un important dispositif de sécurité, bouclant le quartier autour de la préfecture de police et fermant la ligne 4 du métro.

Des témoins qui déjeunaient à côté ont raconté la scène au journal 20 Minutes: «En sortant, on a entendu les policiers dire 'C'est un attentat! C'est un attentat.' Et on a été virés...» Selon un autre témoin, des dizaines de policiers avaient traversé la place Louis Lépine en courant peu auparavant, pour entrer précipitamment dans la Préfecture.

Cette attaque a choqué les hautes sphères du pouvoir en France. Le Monde a écrit avec que «Jamais depuis la Libération ce centre névralgique du pouvoir n’avait connu pareil carnage.»

Loïc Travers, le secrétaire Ile-de-France du syndicat néofasciste Alliance Police, a indiqué à la presse que l'agent administratif avait «plus de 20 ans de maison. Il ne posait strictement aucun problème.»

Bien que le parquet privilégie la piste d’un conflit personnel, deux heures et demie après le crime, le parquet s'est mis en contact avec le parquet national antiterroriste. Une perquisition au domicile de l'assaillant a eu lieu et la femme de Mickaël H., qui était d'origine martiniquaise, a été placée en garde à vue. Elle souffre de surdité comme son mari. Le Figaro a rapporté que Mickaël H. s'était converti à l'Islam et sa femme serait musulmane. Toutefois, pour l’heure le parquet antiterroriste n’a pas été saisi dans l’affaire.

Peu après le drame, Macron s'est rendu sur les lieux. Le ministre de l'Intérieur a annulé ses déplacements prévus en Turquie et en Grèce. Le président du groupe parlementaire de la majorité, Richard Ferrand a twitté: «Un terrible drame est survenu à la #Prefecture de Police de Paris. Mon émotion est considérable face au bilan humain, déjà très lourd. J’adresse mes pensées solidaires et attristées aux policiers et au personnel de @prefpolice».

Bien que toutes les hypothèses sur l’origine du drame soient pour l'heure envisageables, cette attaque met surtout en relief les tensions énormes et le climat de violence et de désespoir qui règne au sein des forces de l’ordre. L’épidémie de suicides parmi les forces de l’ordre, où le taux de suicides est 36 pour cent plus élevé que parmi la population générale, a forcé l’État à mettre en place une cellule de crise spéciale.

Ce climat toxique reflète l’intensité de l’effort imposé par l’aristocratie financière afin de bâtir un État policier. Depuis trois ans les forces de l’ordre en France sont mobilisées sans relâche et en grand nombre pour réprimer l’opposition sociale des travailleurs et des jeunes. Une profonde colère se développe dans la population contre les policiers qui ont violemment réprimé le mouvement contre la loi travail du PS, celui contre la réforme des universités et de la SNCF, et les «gilets jaunes.»

Cela fait suite à la mobilisation intense sous l’état d’urgence imposé par le PS après les attentats terroristes de 2015. La police a arrêté des milliers de personnes d’origine musulmanes n’ayant aucun lien avec le terrorisme au courant les premières semaines de l’état d’urgence. Depuis, elle maintient depuis un tempo opérationnel extrêmement élevé.

L’agression à la préfecture de Paris a eu lieu au lendemain d’une «marche de la colère» des policiers inédite depuis 20 ans, qui a rassemblé 27.000 personnes, selon les organisateurs, et dans laquelle les syndicalistes néofascistes ont joué un rôle majeur. Les policiers ou leurs familles brandissaient des pancartes qui dénonçaient la «haine anti-flic» de la population française ou déclaraient «On est tous crevés.»

«La majorité des policiers ne bénéficient que d’un week-end complet [de repos] sur six et ils doivent prendre leurs jours de repos en semaine», déplore le syndicaliste Alliance Police Nicolas Vincent. «Les fonctionnaires ont cumulé des milliers d'heures supplémentaires non récupérées et non payées pour l'instant. Quant aux heures de nuit, elles sont peu rémunérées.»

David Le Bars, secrétaire du syndicat Unsa des commissaires de la police nationale (SCPN-Unsa) a dit qu'il y a «un ras-le-bol profond. Tous les syndicats ont conscience que la police est malade». Les revendications des policiers incluaient le recrutement de plus de policiers pour tabasser les manifestants; des mesures pour réduire le taux de suicides des policiers; et une exemption pour eux de la réforme des retraites qui réduit massivement les retraites des fonctionnaires.

Les forces syndicales et politiques d’extrême-droite qui prospèrent en captant les revendications des forces de l’ordre sont profondément hostiles à la classe ouvrière et aux droits démocratiques. L’épuisement des forces de l’ordre et le climat de violence généralisée qui y prédominent ont leurs origines dans l’incitation d’un climat néofasciste par les gouvernements européens afin de casser la contestation politique qui monte parmi les travailleurs.

La résurgence du néonazisme allemand et les violences politiques qui y sont liées dépendent du rôle réactionnaire des sympathisants d’extrême droite dans l’appareil d’État. Stephen Ernst, l'assassin présumé du politicien allemand de la CDU Walter Lübcke qui avait pris la parole en défense des réfugiés, a agi en tant que membre d'un réseau néonazi lié au groupe terroriste de droite Nationalsozialistischer Untergrund (Parti national-socialiste clandestin). Ce réseau avait des liens étroits avec les services de l'État et de sécurité, qui l’avaient protégé.

En France, Macron a salué et fait décorer les policiers qui ont participé aux opérations contre les «gilets jaunes» qui se sont soldées par la mort de l’octogénaire Zineb Redouane à Marseille, ou la violente agression de la septuagénaire Geneviève Legay à Nice. En novembre, lors du début du mouvement des «gilets jaunes», Macron encourageait un climat de violence policière en saluant le dictateur collaborationniste Philippe Pétain, qu’il traitait de «grand soldat.»

Les forces de l’ordre sont surmenées par l’intensité de leur propres activités répressives et incitées à des répression sauvage par la complicité manifeste du pouvoir avec le néofascisme. La violence qu’elles manient pour imposer le diktat de l’aristocratie financière aux travailleurs s’est cette fois-ci retournée contre leurs propres rangs, avec des conséquences tragiques.