Le NPD plaide en faveur de dépenses de dizaines de milliards de dollars pour les forces armées du Canada

Par Roger Jordan
15 octobre 2019

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) du Canada cherche à arnaquer les électeurs en leur promettant de modestes augmentations des dépenses sociales, tout en se préparant, si l'arithmétique parlementaire le permet, à soutenir un gouvernement libéral minoritaire propatronal.

S'adressant aux journalistes dimanche, le chef du NPD, Jagmeet Singh, a déclaré que son parti est «prêt à faire tout ce qu'il faut» pour s'opposer à ce que les conservateurs prennent le pouvoir après les élections nationales du 21 octobre, y compris former une alliance parlementaire avec Justin Trudeau et ses libéraux ou même les rejoindre dans une coalition gouvernementale. Ce sont ces mêmes libéraux que Singh ridiculise dans ses discours électoraux parce qu'ils servent les mêmes intérêts corporatifs que les conservateurs et qu'ils aident à «truquer» l'économie contre les gens ordinaires.

La réalité, c'est que le NPD est tout à fait soumis aux grandes entreprises et qu'il défend fidèlement l'impérialisme canadien. En politique fédérale, ce parti a traditionnellement été relégué au rôle de soupape de sécurité, travaillant à canaliser l'opposition sociale vers des voies parlementaires sûres. Mais dans les six provinces où il a formé le gouvernement, il a fidèlement appliqué les diktats des grandes entreprises, notamment en imposant l'austérité et en criminalisant les grèves.

Le caractère de droite du NPD est illustré par les sections de son programme électoral fédéral qui présentent ses propositions pour la politique militaire et étrangère.

Alors qu'elle est pleine de rhétorique pseudo-progressive sur les «droits de la personne», faisant du Canada une «force pour la paix» et promouvant «l'égalité des sexes», la plate-forme se fait le champion d'un programme militariste proguerre. Elle préconise de dépenser des dizaines de milliards de dollars pour équiper les forces armées canadiennes de nouveaux cuirassés, de chasseurs et d'autres armes de haute technologie, ouvrant ainsi la voie à la transformation des travailleurs et des jeunes en chair à canon de l'impérialisme canadien dans les guerres étrangères et les futurs conflits des grandes puissances.

Fait non moins important, le programme du NPD ne contient pas un seul mot de critique à l'égard de l'intégration sans cesse croissante du Canada, sous les conservateurs de Harper en 2006-15 et maintenant sous le gouvernement libéral de Trudeau, aux offensives militaires stratégiques américaines dans le monde. Cela comprend la participation du Canada à l'intensification de la guerre contre la Chine et à l'encerclement stratégique de la Russie.

Fait révélateur, même si le programme du NPD est muet sur ces déploiements et sur d'autres déploiements canadiens à l'étranger, il justifie le gaspillage de dizaines de milliards de dollars en nouvelles armes de guerre en invoquant les «engagements internationaux» d'Ottawa et la «défense nationale».

Sous le titre «Défense au pays et à l'étranger», le programme du NPD déclare: «Malheureusement, après des décennies de compressions et de mauvaise gestion de la part des libéraux et des conservateurs, nos forces armées se retrouvent avec un équipement désuet, un soutien insuffisant et un mandat stratégique peu clair. Nous devons faire mieux pour les Canadiens en uniforme et pour la défense de notre pays. Un gouvernement néo-démocrate s'assurera que les troupes ont l'équipement, la formation et le soutien dont elles ont besoin pour accomplir le travail difficile et dangereux que nous leur demandons de faire.»

En lisant ces lignes, on pourrait penser que les forces armées canadiennes survivent à peine avec un budget dérisoire. Pourtant, ces dernières années, les dépenses militaires ont atteint des niveaux sans précédent. En 2011, l'augmentation des dépenses des conservateurs de Stephen Harper a porté le budget de la défense à son plus haut niveau en termes réels depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Puis, après son arrivée au pouvoir en 2015, le gouvernement libéral de Trudeau, après avoir promis des «solutions hamonieuses» et davantage de «maintien de la paix», a entrepris un examen de la politique de défense qui a abouti au plan de 2017 consistant à accroître de 70 % les dépenses militaires d'ici 2026.

Néanmoins, des sections puissantes de la bourgeoisie canadienne voient cela comme un simple acompte. Craignant l’intensification rapide des crises capitalistes mondiales, les conflits croissants entre les grandes puissances et, surtout, l'érosion de la position économique et géostratégique de l'impérialisme américain, sur laquelle il s'appuie pour défendre ses propres intérêts prédateurs depuis plus de trois quarts de siècle, l'élite capitaliste canadienne veut une machine de guerre prête au combat.

Le NPD fait partie de ce consensus de la classe dirigeante. S’il venait à jouer un rôle dans l'élaboration de la politique gouvernementale advenant un gouvernement minoritaire libéral ou conservateur, il fera loyalement respecter le détournement de dizaines de milliards de dollars des besoins sociaux essentiels pour fournir aux Forces armées canadiennes des armements plus puissants.

Après avoir dénoncé l'absence d'un «mandat stratégique» pour les forces armées, la plate-forme du parti déclare: «Nous respecterons les délais et le budget de la construction navale». «L'acquisition d'avions de chasse, ajoute-t-il, sera fondée sur une concurrence libre et équitable pour s'assurer que nous aurons les meilleurs chasseurs pour répondre aux besoins du Canada.»

Autrement dit, les néo-démocrates appuient à fond les plans du gouvernement Trudeau d'acheter une flotte de 15 nouveaux navires de guerre et plus de 80 avions de chasse de haute technologie. Cet achat est inextricablement lié aux plans de Washington et d'Ottawa de «moderniser» le NORAD, le commandement conjoint Canada-États-Unis de la défense aérienne nord-américaine.

Le NPD fait également pression pour une utilisation plus efficace de l'importante industrie de la défense du Canada afin d'armer les militaires canadiens jusqu'aux dents. Lors de la conférence de presse de lancement de la campagne électorale du parti, Singh s'est plaint que les travailleurs de General Dynamics à London, en Ontario, produisent des véhicules blindés légers (VBL) pour le régime despotique saoudien dans le cadre d'une entente de 15 milliards de dollars négociée par les gouvernements Harper et Trudeau. Les Saoudiens ont utilisé les VBL pour réprimer dans le sang l’opposition au pays et faire la guerre au Yémen. Singh a promis d'annuler l'accord, soulignant que les travailleurs de General Dynamics devraient plutôt être employés à construire des VBL pour l'armée canadienne et d'autres puissances «démocratiques», c'est-à-dire les États-Unis et d'autres pays de l'OTAN. Juste avant le lancement de la campagne électorale, le gouvernement Trudeau a commandé 360 VBL supplémentaires pour les Forces armées canadiennes, au coût de 2 milliards de dollars.

Le programme militariste du NPD est également appuyé par ses alliés syndicaux qui, il faut le souligner, seraient de fervents partisans d'une alliance gouvernementale entre les sociaux-démocrates et les libéraux de Trudeau. Lorsque le président américain Trump a imposé des droits de douane sur les importations canadiennes d'acier et d'aluminium, le Syndicat des Métallos, qui s'aligne étroitement sur le NPD, a appuyé les efforts déployés par Trudeau pour faire lever les droits de douane. Les représentants du Syndicat des Métallos, dans une argumentation adoptée par la suite par Ottawa, ont fait pression sur Trump pour qu'il annule les droits de douane en soulignant l'importance de l'acier et de l'aluminium fabriqués au Canada pour la construction des chars, des avions de guerre et d'autres armes américains.

Conscient que le programme réactionnaire de l'élite dirigeante, le militarisme et la guerre ne bénéficie d'aucun soutien populaire, le NPD cherche à le vendre avec une rhétorique «progressiste». Le Canada devrait être une «force pour la paix» dans le monde, déclare-t-il, engagé dans le «maintien et le renforcement des institutions multilatérales» et la défense des «droits de la personne».

C'est le langage que les bellicistes impérialistes ont employé à maintes reprises au cours des deux dernières décennies pour justifier une guerre d'agression après l'autre. Du bombardement de la Yougoslavie par l'OTAN en 1999 à l'invasion de l'Afghanistan en 2001, en passant par le bombardement de la Libye en 2011 et la guerre incitée par les États-Unis en Syrie, tous ces conflits ont été présentés par leurs partisans comme des croisades de gouvernements bienveillants qui ne s'occupaient que des «droits de l’homme» et de leur «responsabilité de protéger» les populations civiles qu'ils ont massacrées à ce moment.

Le NPD a appuyé toutes les guerres susmentionnées dirigées par les États-Unis et la participation du Canada à ces guerres. Dans son entente avortée de coalition conclue avec les libéraux en 2008, il s'était engagé à poursuivre – comme Harper l'a fait par la suite – la guerre en Afghanistan jusqu'en 2011. Puis, en 2011, le NPD a voté en faveur de l'envoi d'avions de combat canadiens pour appuyer la guerre de «changement de régime» de l'OTAN en Libye, une décision qui, selon le personnel de la CAF, a conduit les militaires canadiens à servir comme «force aérienne d'Al-Qaida».

Les partis sociaux-démocrates du monde entier reproduisent le militarisme et la guerre défendus par le NPD. En Grande-Bretagne, le gouvernement travailliste de Tony Blair s'est joint aux guerres menées par les États-Unis en Afghanistan et en Irak, jouant dans ce dernier cas un rôle de premier plan dans la promotion du récit frauduleux des «armes de destruction massive» utilisées pour justifier l'invasion de l'Irak. En Allemagne, un gouvernement dirigé par le Parti social-démocrate a organisé le premier déploiement à l'étranger de son armée depuis la Seconde Guerre mondiale, lorsque la coalition SPD-Verts de Gerhard Schröder s'est jointe au bombardement de la Yougoslavie par l'OTAN en 1999. Et en France, le Parti socialiste de François Hollande a fait la guerre en Syrie et a étendu le déploiement des troupes françaises dans ses anciennes colonies africaines.

Comme les autres partis sociaux-démocrates, le NPD est un parti proguerre et pro-impérialiste. Les jeunes et les travailleurs qui cherchent une solution aux guerres sans fin de l'élite dirigeante et à la menace croissante d'un conflit mondial catastrophique ne la trouveront pas dans les néo-démocrates. Au contraire, ils doivent se joindre à la lutte pour construire un mouvement socialiste antiguerre qui combine l'opposition à l'agression et à la guerre impérialistes avec la lutte pour mobiliser la classe ouvrière internationale contre l'austérité, les inégalités sociales et le système capitaliste dans son ensemble.

(Article paru en anglais le 14 octobre 2019)