Les grèves chez Mack Truck et les mines de cuivre montrent le potentiel d'étendre le débrayage de GM à Ford et Fiat Chrysler

Par Jerry White
16 octobre 2019

La grève de 48.000 travailleurs de General Motors, qui en est à son deuxième mois, a atteint un tournant critique. Les grévistes ont démontré une capacité de combat et un don de soi énormes, et leur combat pour améliorer les conditions des générations futures a suscité le soutien populaire de travailleurs et de jeunes gens aux États-Unis et partout dans le monde.

Mais la grève reste gravement menacée par le fait que le syndicat des United Auto Workers (UAW) a délibérément isolé les travailleurs de GM et les a obligés à mener cette bataille seuls. S’opposant au soutien généralisé à une grève à l’échelle de toute l’industrie, l’UAW a contraint 110.000 travailleurs chez Ford et Fiat Chrysler à rester à leurs postes de travail depuis un mois après l’expiration de leur accord salarial.

Le caractère réactionnaire de la «stratégie» de l’UAW d’une grève isolée a été souligné dans un article paru dans le Detroit Free Press lundi, précisant que Ford et Fiat Chrysler ne seraient liés par aucun accord signé entre GM et l'UAW, mais comptent poursuivre leurs propres exigences, en particulier sur la réduction des coûts des couvertures de soins de santé.

Mais de nouvelles sections de la classe ouvrière sont entrées en lutte aux côtés des travailleurs de GM, démontrant ainsi le potentiel de briser l'isolement de la grève de GM:

• Après que l'UAW les a contraint de continuer à travailler pendant des semaines après l'expiration du contrat, 3 500 travailleurs des usines de camions Mack-Volvo en Pennsylvanie, dans le Maryland et en Floride ont débrayé dimanche pour lancer leur première grève depuis 35 ans. À l'instar des travailleurs de l'automobile, les travailleurs du secteur de la fabrication de camions font face à une campagne mondiale de réduction des coûts de main-d'œuvre et les licenciements de la part de sociétés transnationales cherchant à dominer les technologies de transport électriques, autonomes et autres.

• Plus de 2000 mineurs et fondeurs de cuivre en Arizona et au Texas, membres du Syndicat des métallurgistes unis et d'autres syndicats, ont débrayé tard dimanche et tôt lundi matin chez Asarco, le troisième producteur mondial de cuivre, détenu par le conglomérat géant Grupo Mexico. Les travailleurs ont rejeté la «dernière et seule proposition» de l'entreprise, qui ne prévoyait aucune augmentation de salaire pour les travailleurs victimes d'un gel des salaires pendant onze ans et dont les retraites ont été gelées et les dépenses de santé non remboursées ont plus que doublé.

• À Chicago, plus de 20.000 enseignants et membres du personnel auxiliaires ont décidé de faire grève jeudi contre la stagnation des salaires, l'augmentation des contributions au système de santé et des décennies de compressions budgétaires et de fermetures d'écoles. Les enseignants ont reçu des renforts des 7500 d’éducateurs spécialisés, gardiens et autres membres du personnel, ainsi que des 2000 travailleurs des parcs publics qui ont également voté en faveur de la grève.

• À minuit ce soir, les contrats de travail concernant 11.000 agents de nettoyage de bureaux commerciaux à Washington et 3000 autres employés dans le centre-ville de Philadelphie arriveront à expiration. Si les agents de nettoyage, qui gagnent aussi peu que 17 $ l'heure dans certaines des villes américaines les plus chères, sont en grève demain soir, ils seront rejoints par des ingénieurs du bâtiment et d'autres ouvriers du BTP, couverts par le même accord salarial du Syndicat des Employés de Services (SEIU).

• 2000 travailleurs de Frontier Communications pourraient débrayer samedi dans l'État du Connecticut contre la sous-traitance des emplois et les attaques contre les prestations de soins de santé. Les travailleurs ont voté massivement pour débrayer mais le Syndicat des travailleurs américains des communications (CWA) a maintes fois différé le déclenchement de la grève.

• Comme un signe précurseur des luttes à venir, un groupe de travailleurs de l'application de livraison d'épicerie Instacart organise une grève nationale du 3 au 5 novembre pour revendiquer à la société de rétablir ses anciennes politiques de pourboires. La colère grandit également contre Amazon, qui a soudainement annulé ses contrats avec trois grandes entreprises de livraison, mettant plus de 2000 ouvriers au chômage.

L’éruption de grèves aux États-Unis, qui a débuté avec les grèves sauvages des enseignants de Virginie-Occidentale en février 2018, fait partie de la résurgence mondiale de la lutte de classes. Plus de 70 000 enseignants en Croatie sont actuellement en grève, des pilotes et des membres du personnel naviguant d’Alitalia et de Lufthansa sont impliqués dans des grèves et des manifestations, et plus de 110.000 postiers du Royal Mail au Royaume-Uni votent actuellement pour faire grève pendant les vacances de Noël.

Adam Jonas, analyste de Morgan Stanley, a déclaré lundi que Wall Street était «à l'aise» avec une grève prolongée de GM, tant que la société réalisait ses objectifs stratégiques à long terme. «Les investisseurs avec lesquels nous nous sommes engagés sont à l'aise avec une durée de grève prolongée et un impact financier potentiel de plusieurs milliards de dollars tant que GM préserve les coûts à long terme et la flexibilité stratégique», a écrit Jonas aux investisseurs.

En d'autres termes, c'est la guerre de classe.

Depuis la restructuration de GM par le gouvernement Obama en 2009, le constructeur automobile, avec la pleine collaboration de le syndicat UAW, a réduit ses coûts horaires de main-d'œuvre de 16 milliards de dollars en 2005 à environ 5 milliards de dollars aujourd'hui. Mais ce n'est pas assez.

Wall Street veut réduire tous les travailleurs au statut d’intérimaires, comme ceux d'Instacart, d'Amazon et d'autres entreprises de l’économie des petits boulots. Pour l'élite financière, la main-d'œuvre de l'avenir ne sera rien d'autre que des esclaves industriels dont chaque mouvement est surveillé électroniquement et dont la rémunération et le statut d'emploi dépendraient des aléas du marché boursier.

La bulle boursière et les immenses richesses amassées par l'élite financière reposent sur une réduction de la part de l’économie revenant au travail imposée depuis des décennies par l’UAWet les autres syndicats. Mais plus d'une décennie après le krach financier mondial de 2008, qui a témoigné d'un transfert sans précédent des ressources de la société aux super-riches, les travailleurs cherchent à se libérer du carcan de la bureaucratie syndicale et à remettre en cause la répartition inégale grotesque des richesses.

«Beaucoup de gens pensaient que le ralentissement économique avait quelque peu atténué les risques liés aux agitations des lieux de travail», a déclaré Michael Ward, de la banque d'investissement Seaport Global, à l'émission sur la bourse «Closing Bell» de CNBC, mais «la question de mouvement social est de retour et pose un vrai risque à l’avenir.

Comme Marx l'a dit, toute lutte de classe est une lutte politique qui exige la plus grande unité de travailleurs de tous les secteurs et au-delà de toutes les frontières nationales pour lutter contre le système capitaliste et l'ordre politique qu’il défend. Au fur et à mesure que de nouveaux bataillons de travailleurs entreront en lutte, ils se rendront compte de plus en plus que la réalisation de leurs objectifs les plus élémentaires ne sera possible que par la formation d'un puissant mouvement révolutionnaire luttant pour le pouvoir politique, une redistribution radicale de la richesse du haut vers le bas, et la réorganisation de la vie économique basée sur le besoin humain, et non sur le profit privé.

C'est ce qui se cache derrière les discours fascisants de Trump contre les travailleurs immigrés et les dénonciations du socialisme. Il ne craint pas les démocrates - qui sont tout aussi résolus à défendre la richesse et le pouvoir des élites des grandes entreprises et de la finance que les républicains -, il craint la radicalisation croissante des travailleurs et des jeunes et leur hostilité croissante à l'égard du capitalisme et leur intérêt pour le socialisme.

Les travailleurs de GM sont à la croisée des chemins. Si la grève est laissée entre les mains de l'UAW, elle sera isolée et vaincue. La principale préoccupation de l'UAW est de maintenir ouvert les centres de formation gérés conjointement par l’entreprise et le syndicat en tant que source de pots-de-vin et de bakchich à la disposition des dirigeants syndicaux pour avoir imposé les diktats de la direction. Cela va de pair avec la négociation de réduction de peines des bureaucrates syndicales dans le cadre de l'enquête en cours sur la corruption.

Les travailleurs doivent s'organiser maintenant pour engager la voie vers la victoire. Il n'y a pas de temps à perdre. Commencer à former des comités de base et des comités de grève pour coordonner l’information et les actions de tous les travailleurs du secteur de l’automobile, étendre la grève à Ford et à Fiat Chrysler et à l’ensemble du secteur de l’automobile et des pièces détachées et s’unir à toutes les autres catégories de la classe ouvrière, y compris les enseignants, les constructeurs de poids lourd et les travailleurs des télécommunications et logistique.

En opposition au poison anti-mexicain colporté par l'UAW, les travailleurs de l'automobile doivent défendre les courageux travailleurs de GM à Silao, au Mexique, qui ont été licenciés pour avoir soutenu la grève américaine, et mener une lutte commune des travailleurs canadiens, mexicains et américains pour défendre le droit à des emplois bien rémunérés et sûrs pour tous les travailleurs.

La grève de GM peut et doit être transformée en un puissant mouvement politique de la classe ouvrière doté d'un programme socialiste, comprenant la transformation de l'industrie automobile mondiale et des banques de Wall Street en entreprises publiques, devenant la propriété collective et sous le contrôle démocratique de la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 15 octobre 2019)